DE QUELQUES RESULTATS DU VOYAGE DE M. CAILLIÉ
De tous les résultats que fon doit au nouveau voyage , celui qui excite sans doute le plus la curiosité est la connaissance de la ville de Temhoctou; mais, pour la géographie , le plus important peut-être était le cours du grand fleuve central. Quoique M. Caillié n’ait pu le connaître au-delà de Temhoctou, il a rendu un service réel à la science, puisqu’il nous décrit ses
wi
c (i) Voyez, dans le S V ci-dessous , plusieurs autres remarques sur la nomenclature.
REMARQUES
rives avec des circonstances détaillées, depuis Djenné jusqu’à cette ville , et nous donne une idée de ce même cours au-dessus de Djenné. En le traversant à Couroiissa et s’avançant à plus de deux cents milles anglais (en ligne droite) dansl’E., puis marchant jusqu’à Djenné sur la rive droite, il a fourni le moyen de conclure qu’il n’existe point là de rivière parallèle au Dhiolibâ, comme on l’a tracé sur les cartes. Le fleuve reçoit au contraire de ce côté des aflluens assez nombreux, dont l’importance annonce une source éloignéeb Nous voyons aussi, par la description, que les deux rives du fleuve, peu après Bamakou, sont trèsdécouvertes, et que la pente en est modérée, ce qui explique l’existence de vastes amas d’eau, dont le lac Débo ou Dhiébou est le plus considérable. Quelque idée que l’on eut de la présence d’un lac dans cette partie de l’Afrique, on était dans l’ignorance de sa position, de son vrai nom, de sa forme et de son étendue. Les îlots auxquels notre compatriote a cru pouvoir donner un nom, seront peut-être un jour des points remarquables. Leur occupation sufîirait pour intercepter la navigation supérieure ou inférieure, l'endre maître du fleuve, et par conséquent influer sur le commerce de l’Afrique intérieure; corn-
ai) Sur la rive gauche, le Tankisso et plusieurs autres; sur la rive flroite, le Kouaraha, le Bagoe, etc.
ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. ‘io5
inerce qui comprend, d’un côté, i’or des riches mines de Bouré et les produits du Kan-kan , du Ouassoulo et du Fouta-Dhialon , les marchandises des Mandingues , et tous les articles de Djenné ; de l’autre, les productions que Temboctoii reçoit de la côte septentrionale, et tout ce que les Maures v apportent du N. et du N. E.
Les observations faites sur le fleuve devant Djenné , modifient les idées reçues d’une manière encore plus notable : il faut reconnaître aujourd’hui que Djenné est dans une grande île, et cette île est double; ce qui, pour le dire en passant, peut servir à expliquer plusieurs rapports contradictoires des voyageurs ou des indigènes. Le nouveau récit n’est pas lui-même, je l’avoue, sans quelques difficultés, et je n’ai fait en conséquence que ponctuer le tracé des branches du fleuve autour de Djenné. Quoi qu’il en soit, il résulte des routes de M. Cailiié, par terre et par eau, dans la partie orientale, et des renseignemens qu’il a pris sur la partie occidentale , i qu’un grand bras se ^ détache aux environs de Ségo , à une quarantaine de lieues (en ligne droite) au-dessus de Djenné, et qu’il rejoint le fleuve à ïsaca, à vingt-sept lieues au-dessous ( première ou grande île qui enferme Djenné) ; 2 que devant Galia ( ou Cou-Gaiia ) est une autre communication, ayant elle-même deux bras, et formant une seconde ou plus petite île , dont Djenné occupe une
REMARQUES
des extrémités; de plus, un autre canal joint Tile avec la branche orientale.
Cette description paraît d’abord assez compliquée; mais la complication s’éclaircit beaucoup, si l’on admet le tracé ponctué sur la carte. Le bras oriental n’a pu être traversé par Mungo-Park, et ii n’en a pas eu connaissance ; ii en est de même de M> Dochard. Et quant au second voyage de Park , la relation est tronquée : il est vraisemblable que la branche qu’il a suivie la première fois, celle où se trouvent Silla et six autres villages depuis Sansanding, est cette branche même qui va , selon M. Caillié , des environs de Ségo à Isaca ; mais il faut que Djenné soit porté à la droite , tandis que, sur la carte de Park, on l’a placé sur la rive gauche. On savait déjà cette circonstance par M. le baron Roger mais les nouvelles découvertes expliquent bien cette contradiction , qui n’est qu’apparente; car, si Djenné est à la droite du bras occidental, il est en même temps à la gauche du bras oriental.
Celte discussion fait voir que fimmense volume des eaux du Dhiolibâ est encore beaucoup plus puissant qu’on ne f avait cru. En effet, Park, qui ne vit qu’une branche, resta en admiration devant ce fleuve majestueux; or, celle que M. Caillié a franchie devant
(i) Tome II des Mémoires: de la Socièlè de (jéo(fraphie , pa(|e 5'i.
ET RECHERCHES GEOGRAPHIQUES. 2 5 y
Djemié, et qu’il a suivie jusqu’à Isaca , ne lui cède pas en importance
On montra à M. Gaillié la jonction de l’île avec le fleuve , visible du haut des maisons de Djenné. Est-ce avec le bras du coucbant ou avec un rameau de celui du levant? J’incline à croire que c’est avec ce dernier, l’autre étant trop loin pour ne pas échapper à la vue.
Je ne puis rien dire de positif sur l'île de Jinbala, que les cartes représentent entre le lac Dibbi et Cabra, le port de Temboctou^. Toutefois , rien n’ empêcherait de croire à son existence, puisque M. Gaillié n’a pu voir tous les contours du lacDébo, ou Dhiébou, d’où un bras pourrait sortir à droite, et aller rejoindre le bras qui se détache près de Cabra vers l’orient.
Sous le rapport des communications commerciales, il résulte encore du voyage de M. Gaillié que la navigation du Dhiolibâ est presque par-tout praticable: il est déjà navigable à Couroussa, et sans doute encore plus près de sa source; rien n’annonce qu’il y ait un obstacle sérieux à Bamakou , b'ien qu’il y existe , à ce qu’il paraît, trois principaux rapides, mais non des cataractes. Park y a navigué ; le courant, selon
(1) Eu parlant de la vue du fleuve, qu’il aperçut des hauteurs de Toniba, à quatre lieues de distance, Park s’écrie : « I once more saw « the Niger rolling its immense streams along the plaln. » [The Journal of a mission, etc. London, i8i5, page i43. )
(2) Voyez § HT ci-aprés.