‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828Chapitre 5 sur 22 · A TE M JH) CT OU · texte numérisé non relu

A TE M JH) CT OU

(Vabord [)Our un clircHicn il.ui’eiiyagoa .ciisiiiU' à accepter une poule pour mon sou])er.

Je vis dans ce village une l'einm^ de Scgo qui faisait le conuiicrce ; elle achetait du coton et le laisait fder par ses esclaves. J’allai visiter le marché, qui me parut bien triste; il était peu approvisionné, et nous eûmes de la peine à trouver du mil pour notre souper : il y avait cependant du coton, des pots en terre ^ un peu de tabac du pays, et quelques marchandes de maumies, dont la malpropreté- n’était guère attrayante pour les amateurs de leurs galettes. Ce marché se tenait sous un gros bombax; il pouvait y' avoir tout au plus une trent^aine de femmes. Quoiqu’il y eût dans ce village quelques bestiaux , nous ne pûmes nous procurer du lait. J’ai vu dans plusieurs cases de ces mallieureux , un lit formé de trois ou quatre troncs d’arbre un peu élevés de terre , sur lesquels ils se couchent. Nous en avions un dans notre case; je m’y posai un instant dans une des cavités qui existaient d’un tronc à f autre ; mais j’étais si mal à mon aise, que je ne pus y rester ; je me trouvais mieux sur la terre, enveloppé de ma couverture.’ •

Le -26 janvier, à six heures du matin, nous nous mîmes en route, nous dirigeant à i’E. N. E. : nous traversâmes un petit marais desséché, où les naturels ♦font paître leurs troupeaux; ensuite ij fallut passera gué un qrosM'uisseau qui va se perdre dans le Dliio- II. d

ll/i VOYAGE

liba; nous avions de l’eau jLiscfii’aLi-dessus des genoux. Nous conliimâines à niarclier sut du sable gris mêlé de’ gravier, la campagne oflrant toujours le même aspect cruuiformilé pendant quatre à cinq milles. Vers huit heures du matin, nous arrivâmes à Sounibara, petit villaqe muré contenant deux cent cinquante ou trois cents babitans, où nous ne pûmes nous procurer de vivres, et nous fûmes obligés de continuer notre route. Au sortir du village , nous passâmes près de deux puits cpii pouvaient avoir quinze à dix-huit pieds de profondeur, creusés dans un sol composé de sable rouqeâtre mêlé de beaucoup de gravier; j’y aperçus des veines de terre ^ grise argileuse, ^uissi mêlée de gravier, d’environ deux pieds et demi d’épaisseur: la terre plus ])rès de l’eau paraissait également argileuse, mais contenant quelques cailloux. L’eau de ces puits

est très- abondante et délicieuse à boire; mais elle conserve une teinte blanche quelle tient de f argile: il y avait autour une quantité de femmes occupées à nettoyer leurs pagnes.; elles puisaient de feau avec une petite calebasse attachée à une corde faite d’écorce d’arbre, et en avaient d’autres pliis grandes, dans lesquelles elles lavaient. Je vis cpi’ elles se servaient de savon, qu’on nomme dans le pays sahouiie ou safiian : ce nom est connu dans tout l’intérieur , par les Sénégalais, jusque dans le Bondou, le Caarta» et Cason ; les Maures Braknas le nomment sahou ;

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noms qui ont beaucoup de raj)port avec notre mol savon b Les laveuses bambaras étaient toutes nues, et ne paraissaient éprouver aucune bonté de paraîlrc ainsi devant les liornmes de la caravane.

Nous nous dirigeâmes â l’E. , trois milles , sur un sol composé de sable gris mêlé de petit gravier; nous arrivâmes, vers une heure du soir, à Fara, ou nous fîmes halte. La campagne que nous venions de parcourir était couverte de cés ; ce n’était qu’une forêt immense : c’est l’arbre qui domine. dans toute cette partie ; aussi les naturels font-ils un grand commerce du beurre qu’ils en retirent; ils le portent à Jenné, ou le vendent aux caravanes qui s’y rendent. Dans tous les lieux habités où je passais, je voyais des femmes portant de ce beurre dans des calebasses ; j’en achetais souvent pour mettre dans mes alimens. Une livi'e coûte dans le pays quarante cauris ( quatre sous de France ). Le nègre chargé de faire la provision du mil pour les repas de la caravane , alla au marché pour s’en procurer; il nous dit qu’il était bien plus cher que les jours précédons. On ne dépensait ordinairement pour un repas que quatre-vingts cauris pour quinze ou seiz'e personnes que nous étions; et dans ce village de Fara, il en coûta trente de plus. Oii' me prévint que plus nous avancerions vers Jenné , plus les 'co-

(i) En araho, ce mot ilil snhniin.

mesliblcs deviendraient chers ; la cjuantité de caravanes de marchands qui passent continuellement dans ce pays, causent cette augmentation.

Le 27 janvier, à six heures du matin, nous prîmes congé de nos hôtes, et nous fîmes route au N. N. É. , sur du sable gris; puis nous arrivâmes sur les bords du Bagoé, Bivière IBanche des nègres : elle vient, de l’K. N. K. , et coule à fO. S. O. ; ses rives , très-boisées , sont élevées de trente ou qCiarante pieds, et composées d’im sable jaune mêlé d’argile, avec quelques veines de terre grise argileuse , qui ont de dix-huit pouces à deux pieds d’épaisseur. Cette rivière déborde dans la saison des pluies, inonde la campagne et rend ses environs marécageux. Il y a des pirogues qui y naviguent : elle est à-peu-près de la largeur du Alilo à Kankan ; elle est profonde et navigable pour de grandes embarcations; elle fait beaucoup de sinuosités; après avoir parcouru f espace de cinq à six milles à f O. S. O., elle tourne vers la partie du N., et va se perdre dans le Dbioliba. Suivant le rapport des naturels çt des voyageurs mandingues , le Bagoé vient du S. , passe à Tenté, où ils vont acheter des noix de colats, et va se perdre dans le Dliioliba, un peu plus bas que Séqo. Son passage nous retint très-long-temps , tant ])our la quantité du bagage que poui' la discussion du' prix qu’il fallut payer en cauris.

Les nègres, naturellement frileux, allumèrent du

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l’eu et s’assirent autour pour régler le prix du ])assage. Le Bambara chef de la pirogue donna à chaque individu de petits morceaux* de bois qu’on lui rendait en passant, pour éviter de se tromper sur la grande quantité de personnes. Nous traversâmes cette rivière dans une qrande pirogue ; il était près de midi lors-, que nous eûmes atteint la rive droite. Le courant était lent, et filait à-peu-près un nœud et demi à l’heure.

Nous continuâmes notre route au N. E. , et nous arrivâmes vers deux heures à Courounina , joli village , où nous fîmes halte à cinq heures du soii\ pour dîner. Après avoir mangé un peu de bouillie , avec une mauvaise sauce aux herbes , et payé au chef le droit de passe, nous fîmes route en nous dirigeant au N. E. Nous traversâmes un petit ruisseau , et nous arrivâmes, un peu avant la nuit , à Missabougou. Le sol parcouru pendant la journée était semblable à celui des jours précédons, et très-bien cultivé eii mil, pistaches, etc. Les habitans vinrent en foule me voir; ces bons BarUharas ne pouvaient se lasseixde me regarder, et dirent qu’ils n’avaient jamais vu de Maure aussi blanc que moi.

Comme je me tenais auprès du feu, un peu après le coucher du soleil, et faisais bouillir quelcpies morceaux d’écorce d’arbre pour me laver la bouche, qui me faisait encore soidfrir, un jeune nègre de notre caravane, (|ui ii’ avait cessé, pendant toute la route,

de me donner des marques d’intérêt , vint me prévenir qu’il ne fallait pas m’exposer à rester dehors trop tard , parce que , si les lous me rencontraient , ils me frapperaient impitoyablement. Je ne savais ce qu’il voulait dire ; je le priai de s’expliquer. Il m’apprit que, dans tou l le Bambara , il y a des bommes qui se tiennent le jour dans les bois; ils logent dans des cabanes faites de brandies d’arbre , et ont avec eux de jeunes enfans qu’ils instruisent dans les mystères de leurs cérémonies. Toutes les nuits ils sortent des bois, et vont,

accompagnés dés enfans initiés, courir dans le village en poussant des cris affreux et faisant mille contorsions. A leur approche, chacun se renferme dans sa case pour éviter leur rencontre , qu’on a sujet de craindre. Il y a beaucoup d’hommes, ajouta le jeune nègre, qui n’ont pas peur de ces lous. Je compris que ces bommes étaient initiés, et que c’était une institution dans le genre- de celle des simos, qu’on voit chez les peuples qui habitent le Rio-Nunez, et meme chez les Timannés ; institution dont j’ai déjà parlé. C’est ce qu’il me confirma, en me disant que les jours de ré-

jouissance , ils faisaient prévenir qu’ils se montreraient à tout le monde ; qu’ils venaient partager les plaisirs du jour et de la nuit, et rentraient dans leurs bois ’ chargés de présens de toute espèce que chacun à fenvi s’était empressé de leur offrir. Les femmes sur-tout venaient en l'oule au-devant de lui. Le jeune nègre

qui aie donna ees détails , 'avait fait plusieurs voyaqes, et avait acquis , sur les mœurs de ces peuples, des connaissances qu’un étranger qui ne fait qi|e passer ne se procure qu’imparfaitement. 11 m’assüra qu’on fournissait de la bière à ces hommes , et qu’ils s’enivraient souvent.

Dans la soirée, j’entendis des hurlemens .aux environs du village : j’eus la curiosité de voir^ces lous, me doutant bierl que c’étaient eux qui commençaient leur vacarme ; je sortis de ma case avec beaucoup de- précaution , et me plaçai derrière une petite palissade, d’où je pouvais les apercevoir. Je vis bientôt un homme, la tête couverte d’un haillon, le corps entouré de sonnettes et de petits morceaux de fer qui faisaient un tintamare horrible : cette, espèce de simo s’annonçait én poussant des hurlemens épouvantables, courant autour du village avant d’y entrer, et agitant bien fort son bruyant attirail. Il était suivi d’une quantité d’enfans vêtus delà même manière que lui. J’aperçus trois ou quatre vieillards assis devant leur porte , faisant la conversation ; ils crièrent au lou de ne pas approcher de ce côté , parce qu’il y avait du monde : aussitôt ils prirent une autre direction. Une partie de la nuit, je ne pus dormir à cause des hurlemens de ces sauvages.

A six heures du matin, nous quittâmes l^s habitans de Missabougou , marchant au N. E. pendant l’es-

j)acc de six milles. Le sol est roiivei‘1 de pierres ferriicjineLises, Nous fîmes balte, vers neuf heures du matin, a Badiarana, village qui peut contenir 'huit à neuf cents liabitans. Le marché , très-bien fourni , offrait en abondance tout ce qui est nécessaire à la vie. Les babitans font beaucoup de commerce ; il y vient de Ségo et Yamina des marchands qui apportent du sel qu’ils échangent contre dés étoffes du pays et des cauris. Les Mandingues , en revenant du marché de Jenné , y trafiquent aussi afin de se procurer des cauris pour faire leur, route. Je questionnai plusieurs marchands sur la distance de Badiarana à Ségô ; ils s’accordèrent tous à dire que Kayaye, grande ville très-commerçante , se trouvait à neuf jours au N. de Badiarana , et que Ségo se trouvait à neuf jours de Kayaye, dans la meme direction. A notre arrivée au village, le chef fit arrêter la caravane dans un champ , pour compter les charges. Afin de ne pas se tromper en recevant les droits de passe , il remit à chaque marchand autant de petits morceaux de bois plats et pointus qu’ils avaient de charges , dont chacune payait vingt noix de colats, valant ; dans le village, quinze à dixdiuit cauris pièce. Le chef nous fit donner de grandes cases pour nous loger. Je m’empressai , aussilot apres notre arrivée, d’aller au marché, où j’achetai ([Lielques piaumies et du lait aigre. Ce marché était bien lenu . les marchandes, placées sur deux rangs,

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étaient habillées proprement et paraissaient très-alfables envers ceux qui achetaient leurs marcbanclises , composées de produits du pays ; leurs boutiques étaient garnies d’étoffe, coton, sel, mil, piment , poivre long , pistaches, zambalas, fruits du baobab, et de feuilles • sèches de cet arbre, qui s’emploient pour mettre dans les ragoûts. J’étalai aussi ma petite • boutique , et je débitai quelques verroteries et de jolis morceaux d’in7 dienne de couleur qui attiraient f admiration de ces bons nègres. Ensuite, j’allai , avec mon guide , voir le chef ;. je le trouvai assis dans une grande case , entouré de marchands mandingues discutant leurs intérêts. La femme de ce chef avait vu mes verroteries ; elle pria son mari d’en acheter pour ellb : je lui en cédai «une vingtaine de grains , à trente cauris pièce. Plusieurs femmes firent emplette d’un petit morceau d’étoffe de couleur, de dix -huit à, vingt pouces de long sur quatre de large, qu’ elles me payèrent trois cents cauris, valeur de vingt-quatre sous; c’est tout au plus si cet objet valait trente centimes. L’un des’affidés du chef , qui recevait les colats, m’en fit cadeau de dix trèsbeaux, qu’il me pria d’accepter; cet homme avait les mains et les pieds couverts de lèpre. Mes. compagnons trouvèrent le débit de quelques colats. A flieure du souper, étant dans la cour à prendre le frais, je vis le chef du village étendu sur une natte, la tête appuyée sur un petit banc, ayant à côté de

lui une jeune négresse occupée à le inacer. Bientôt six ou sept de ses femmes lui apportèrent tour à tour une calebasse de tau pour son souper; il goûta un peu de chacun de ces mets , en distribua à quelques Bambaras couchés auprès de lui., et les cuisinières emportèrent successivement le reste. L’habitude , dans ce pays, est que les femmes d’un homme riche fassent chacune leur souper en jiarticulier et le portent au chef de la famille avant d’y toucher ; celles des pauvres font à souper à tour de rôle pour toute la famille. Je me trouvais assez près du chef, et je fus

très-étonné de f impolitesse qu’il eut de ne pas mhn-

viter à partager son repas , habitude si commune dans ces contrées. LeS" puits sont de sept à huit pieds de profondeur, creusés dans un sol mêlé de sahle et de gravier, et le fond est de terre grise argileuse. L’eau , quoique hlanchâtre est délicieuse à boire.

Le 29 janvier, à six heures du matin, nous’ nous mîmes en route au N., en cheminant sur un sol couvert de pierres ferrugineuses et de gravier rouge. Nous traversâmes un gros ruisseau pour arriver à Timbala , où nous passâmes le reste de’ la journée , tout le monde étant fatigué.

Le 3o janvier, à six heures du matin, nous nous dirigeâmes au N. N. O. On nous fit remarquer dans cet endroit la route qui conduit â Ségo et Yainina : nous tournâmes vers le N. N. K. , route de Jeûné, et

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nous fîmes huit milles dans celte direction. Nous trouvâmes dans les bois , à peu de distance de Timbala , plusieurs femmes faisant cuire des maumies qu’elles vendaient aux gens de la caravane ; elles avaient peine à suffire, car chacun desirait en acheter , parce que nous devions faire une longue route : cependant ensuite on eiî décida autrement, car nous fîmes halte, vers dix heures, à Touriat , petit village non muré. La route de la matinée était composée d’un sable gris très-dur, où il croît quelques bombax et baobabs ; le cé y est très- répandu. Un homme de la caravane se trouvait indisposé'; ses compagnons achetèrent entre eux un petit cabri pour se régaler, car depuis notre départ, ils n’avaient presque mangé que du. tau à la * sauce aux herbes , sans sel'. Mon guide m’en fit présent d’un morceau à-peu-près de la grosseur d’un œuf -,118 étaient tant de monde à partager ce petit régal, qu’ils n’en eurent pas chacun autant.

Les environs de ce village sont très-découverts ; le sol est très-uni, et les arbres les plus répandus sont le cé et le nédé. 11 peut contenir trois à quatre cents habitans.

Le 3 1 janvier, ’à six heures du matin, nous fîmes route au N. N. E., sur un sol composé de sable dur et couvert de pierres ferrugineuses ét de gravier. Nous arrivâmes à Magna- Gnounan , où nous fîmes halte pour dîner. Aux environs du village, il y a de jolis

petits polayers d’oyiioiis et de Haricots que les iiabitaiis soignent très -bien : ils se servent des feuilles pour faire leurs sauces. Je vis aussi quelques champs de tabac : ils ne le cultivent pas mieux qu’à Timé , mais il est d’une plus belle espèce; les feuilles sont larges et très - longues ; et s’il était bien soigné, il serait aussi beau et aussi bon que ceiiü'qu’on cultive en. Europe. Le village est muré, et peut contenir deux cent cinquante babitans ; les environs sont boisés de quelques mimosas et de gros baobabs. Je vis aussi plusieurs champs de coton mal soignés. Je m’assis, hors du village, à l’ombre d’un baobab, et. je fis griller des pistaches* pouf mon déjeûner, que je partageai avec quelques-uns de mes compagnons.

A environ un mille au S. E., il y a deux petites* montagnes élevées d’environ cinquante ou soixante brasses : elles paraissent couvertes d’une belle végétation. Sous les baobabs, hors du village, il se tient un petit marché maï approvisionné ; on n’y trouve que quelques pistaches et un peu de mil. Vers deux heures et demie, après avoir dîné, nous quittâmes Magna- Gnounan , et fîmes au N. six milles sur un sol couvert de pierres ferrugineuses et de gravier. L’arbre à beurre continue d’être aussi commun. Nous traversâmes ([uatre ruisseaux qui tous paient tribut au Dhioliba. Un ])eu avant le coucher du soleil , nous lîrnes lialle à Kboukbola, où nous passâmes la nuit.

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Ce joli village est ombragé par une infmité de baobabs : lea habitans eu réeollenl avec soin les fruits et les feuilles , dont ils fout commerce. Je remarquai quek[ues cases construites eu briques cuites au soleil.

Nous fîmes route, à six heures du matin, au N. N. E. , sur un sol comporsé de sable gris très-dur, entremêlé de quelques pierres calcaires de couleur blanche et d’uuTose pâle. Après avoir fait quatre milles, nous ti'ouvâmes un gros ruisseau; puis nous arrivâmes à Kiébala , petit A^Ulage où f on paya les droits sans s’arl'èter plus d’une heure. Je aùs dans ce village plusieurs puits qui pouvaient avoir quinze à dix-huit pieds de profondeur ; on avait mis autour quelques morceaux de bois pour empêcher les terres de s’ébouler. Il y avait, aux environs, quelques cultures de tabac. La caravane s’était arrêtée, un peu hors du village , dans un champ. Non loin de cet endroit, j’aperçus un arbre tout couvert de bouts de corde, de cuir,

d’étoffe, etc., attachés aux branches; sous le même

arbre, il y avait des pots en terre vides et rangés symétriquement. On m’apprit que c’était un lieu de sépulture : les barnbaras, par superstition , mettent dans la fosse de chaque défunt , des vivres , des elfets et diverses bagatelles ; ils prélèvent quelques parcelles de tous ces objets , suspendent les unes à un arbre du cimetière, et déposent les autres, c’est-à-dire, ce 'qui est comestible , dans des vases. Si , durant la nuit , des

chiens ou des animaux sauvages ont mangé ces dernières offrandes, îes parens se persuadent que c est le génie ])rotecteur du mort gui est venu s en repaître. Ces idées superstitieuses ne sont répandues gue dans guelgucs parties du pays.

Continuant notre route au N.*E. , sur un sol comme celui de la matinée, nous arrivâmes à Sérasso , vers dix ou onze heures du matin, et y passâmes le reste de la journée. Ce joli village, gui peut contenir trois cents hahitans , est situé dans une belle plaine de sable gris très-dur, couverte de cés, nédés, bombax, baobabs, et de guelgues mimosas; cette plaine est bien cultivée. En avançant dans cette direction , depuis le dernier village de Fara , les ignames et le riz deviennent très-rares : on en cultive peu , ce gui tient sans doute à la sécheresse du terrain ; car les pluies n y sont pas aussi communes cfue plus au S. On y cultive beaucoup de mil des deux espèces et un peu de maïs.

Le 2 février, à six heures, nous guiuâmes le village de Sérasso; nous fîmes route à fE. pour passer un pont gui se trouve à une petite distance du village. Ce pont est construit dans le genre de celui de Gambaya sur le Tankisso; mais il est recouvert de paille, puis.de terre par-dessus, et a des rampes de chague côté , précautions gue je n’avais pas encore vu obsefvei’ cbez les nègres : ce pont est le plus commode gue j aie renconiré dans tout l’intérieur. On y avait établi,

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à l’entrée, deux Bambaras qui, étaient assis auprès d’un petit feu , quoique certainement il ne fît pas froid. La chaleur est tà-peu-près la même qu’au Sénégal; mais elle varie un peu. Les deux nègres percevaient les droits de passe; ils exigeaient jusqu’à vingt cauris pou^ chaque charge de colats. Les Mandingues auraient préféré payer le double en nature, car ils étaient peu chargés de monnaie. Les hommes et les femmes passèrent gratis. Les ânes nous retinrent très-longtemps par leur obstination : les nègres eurent des peines infinies à les faire passer; ils en portèrent deux jusqu’au milieu du pont, qui prirent aussitôt le galop pour traverser. Les naturels du pays ne sont pas obligés de payer au passage; il n’y a que des étrangers gu’on exige une rétril3ution. Je demandai à plusieurs personnes le nom du ruisseau : ils me dirent qu’il se nommait Koiia; mais je sais que ce nom est commun à tous les ruisseaux. Nous continuâmes notre route, et nous fîmes quatre milles à fE. N. E. , sur un Ijeau chemin et à travers une campagne très -unie, couverte de grands arbres. Le sol pst composé de sable dur, gris. Il y a quelques blocs de granit noir, isolés.

Vers neuf heures du matin, nous fîmes halte à Mouriosso. Peu avant d’entrer dans ce village, dont les maisons so’nt surmontées de terrasses construites en briques cuites au soleil, nous traversâmes un joli ruisseau, sur lës bords duquel je vis des jardins où

croissaient cle’J)oaii.x. ocjnons ; ce sont les lennnes qui les soignent; elles étaient occupées h sarcler; elles ont soin (l’arroser sou vent. On trouve , A des distances rapprocliécs , des puits de deux pieds environ de profondeur, dans lesquels ces femmes j^uisent avec des calebasses, sans corde. La terre de ces jardiiif est d’une couleur jioire; elle est grasse et très-productive. Ils sont entourés d’une haie d’épines sèches, pour les garantir (les poules. Plusieurs de ces. femmes, couvertes seulement d’une mauvaise pagne passéQ autour des reins, vinrent nous vendre des feuilles d’pgnon, pour mettre dans notre sauce; nous les payâmes (le (pickpies cauris, avec les(|uels elles achètent des verroteries pour leur parure. Elles ont (quelques colliers de rassades couleur marron : c’est celle (jui est préférée dans le pays , parce quelle est à meilleur compte.

A notre arrivée, le marché s’installa de suite sous un gros arbre dont les branches étaient couvertes de racines, comme celui que j’ai décrit plus haut. Ce marché était approvisionné de mil , d’un peu de riz , de pistaches, ognons et zambalas. Il s’y établit aussi des marchandes de maumies : nous en achetâmes en attendant notre mauvais dîner.

Le village se compose de plusieurs petites enceintes, occupées chacune par une seule famille ; il peut contenir deux cents habit ans : ils cultivent , autour de leurs

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habitations , des citrouilles , des giraumons et des calebasses dont ils font grimper les tiges jusque sur les toits ; les champs environnans sont ensemencés de petit mil. Je remarquai quelques tisserands : les forgerons, s’il y en a, n’y sont pas communs, car je n’en ai pas aperçu un seul.

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