‹ Journal d'un voyage à Temboctou et à Jenné, dans l'Afrique Centrale, précédé d'observations faites chez les Maures Braknas, les Nalous et d'autres peuples; pendant les années 1824, 1825, 1826, 1827, 1828Chapitre 7 sur 22 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Coton herbacé ou annuel. — Coloni. — Les lolas, tribu de Foulahs. — Bancousso. — Garabara. — Pays marécageux. — Cordes d’hibiscus. — Fabrication des l)ri({ues. Construction des habitations. — Kérina. — Foudouca. — Médina. — Pain de lotus. — Toumadioman. — Manianan. — Arrivée le lo mars à Galia, sur les bords du Dhiolibâ, en face de Jenné.

Le 1 y février , à six heures du matin , nous fîmes route au N. La caravane, intimidée par.les bruits anticipés de la guerre de Séqo , et se trouvant dans les environs de cette ville , se mit sur ses gardes. A peu de distance du village, nous fîmes balte pour nous rallier. On divisa en deux parties les hommes chargés , gui étaient tous armés d’arcs et de flèches ; on plaça les femmes entre ces deux corps; les vieux marchands et les chefs de la caravane qui coiiduisaient leurs ânes fermaient la marche. Je m’assis un instant pour les voir défiler, ce qui dura au moins un quart d’heure. Cette marche , bien observée , donnait à la caravane un air iin])osant : lors([u’on voulait prendre du repos , l’avant-garde s’arrôlail avec les femmes, et l’arrière-

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garde continuait à marcher jusqu’à une certaine distance , puis s’arrêtait à son tour , attendant que ceux qui s’étaient reposés les premiers eussent passé devant. Les vieillards eonducteurs des ânes se trouvaieiit alors à la tête, et s’arrêtaient aussi jusqu’à ce que toute la caravane eût défdé ; alors ils reprenaient leur place habituelle à l’arrière-garde. Nous fîmes cp^iatre milles au N. N. E. , même sol que la veille. Vers onze heures du matin, on s’arrêta à Saraelé, petit village muré, où il y a un marché très-bien fourni. A feutrée , nous vîmes un puits ereusé dans un sol de terre grise mêlée de sable et debeaueoup de gravier; il pouvait avoir de quinze à dix-huit pieds de profondeur ; feau en est claire et délicieuse à boire : ce puits n’est pas entouré ; il est au niveau du sol , eomme tous ceux que j’avais vus jusqu’alors; mais il y a auprès un grand trou formant une mare, où les négresses jettent feau dans laquelle elles ont lavé leur linge. Quoique cette eau soit trèssale , les hommes et les femmes s’y lavent la hgure tous fes matins ; plusieurs personnes de notre caravane suivirent cet exemple. Il y a dans la campagne quelques mimosas , beaucoup de cés et de nédés. Il vient à ce marché un grand nombre de marchands de Ségo et d’autres pays environnans ; plusieurs qui en arrivaient me dirent que la capitale du Bambara se ti'ouve à quatre jours au N. N. O. de Saraelé. Je vendis au marclié (fuelques verroteries , et des mor-

ceaux d’indieime de couleur de dix -huit ‘à vingt pouces de long sur quatre de largeur, à trois cents cauris pièce, valeur d’un franc cinquante centimes. Ll?s femmes se* servent de ces étoffes pour se les nicilre autour de la tête , en les inclinant un peu sur le front; elles n’ont pas d’autre genre de coiffure.

Le 1 8 février, au moment de notre départ, un des liommes du vieux Kai-mou prit mon bagage avec dédain, le mit de côté, et, m’adressant la parole d’une manière très -brusque , me dit que désormais il fallait que je le portasse moi -même. Je ne fis aucune attention à son impertinence , et tournai la tête de fautrecôté, n’ayant nullement aflaire à lui; mais son intention était de m’bumilier. Pendant tout le temps que je suis resté chez les Mandingues , je n’ai ])as vu d’homme semblable à celui-ci : il était plein de sulfisaiice , fier et insolent ; il insultait souvent les Bambaras , en leur vendant ses marchandises ; il les méprisait et se croyait très-supérieur à eux. Il s’en trouva cependant un qui lui* tint tête , et lui mit le* poing sous le nez , en le menaçant de punir son insolence. Notre arrogant , qui , comme tous les poltrons , n’était brave que quand il se croyait le plus forl , se tut sur-le-cbamp , et parut même épouvanté; une dispute eût attiré en effet une foule nombreuse de Bambaras, et aurait peut-être amené une affaiit? grave. An moment do notre départ , Kai-mou ordonna d’ar-

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Tanger les charges , et celui qui avait l’habitude de porter mon sac le mit dans son bagage. Cette scène avait été occasionnée par une petite discussion que j’avais eue à Ouattouro avec mou vieux guide, et voici comment : étant au marché , j’achetai pour vingt cauris de riz ; je priai ce dernier, qui en avait acheté aussi pour ce prix , de le mettre avec le sien ; il s’y refusa , et me donna quelques raisons que je ne compris pas. Je m’aperçus qu’il parlait un peu eu maître ; je lui répondis sur le même ton. Il resta plusieurs jours sans m’adresser la parole, et il conserva mêmf' une sorte d’animosité contre moi.

A six heures du matin, nous fîmes route au N. E. sur un sol très-uni, composé dé sable : la campagne est très-découverte ; cependant il y a des cés , des nédés, des mimosas, et quelques rliamims lotus. La caravane observa pour la marche le même ordre que’ la veille. La chaleur, plus forte qu’à fordiuaii’e , était accablante : après avoir marché pendant quatre milles, nous fîmes halte au village de Bamha, ombragé par des baobabs. Pendant que j’étais au marché, je remarquai que les femmes avaient une boucle de verroterie au nez ; quelques-unes font en or, et d’autres en cuivre. Ce village peut contenir trois à quatre cents hahitans. Ou m’assura qu’à trois jours au N. O., on trouve le Dhioliha, et que le quatrième joui', à midi, on arrive à Ségo.

Dans la soirée, nous fûmes importunés par plusieurs chanteuses; ces femmes fatiguent les voyageurs, pour en obtenir quelque chose. Le vieux Kai-mou leur donna deux colats pour se débarrasser d’elles ; puis , m’apercevant dans lin coin, elles vinrent m’étourdir: mais, comme je n’avais rien à leur donner, je quittai la chandire; elles ne parurent pas très -satisfaites de cette conduite. Ces chanteuses sont suivies de plusieurs petites filles bien habillées;. elles ont chacune une petite calebasse pour recevoir ce qu’on leur donne, tan- *dis que le concert continue. Un peu plus tard, nous fûrnes de nouveau importunés par de semblables rnendians, qui chantaient à haute voix des prières du Coran ; ils restèrent à la porte , et on leur donna quelques noix de colats.

Le 19 février, à six heures du matin, nous nous mîmes en route dans la direction du N. E, Nous fîrnes trois ihilles sur un sol de même nature que les jours précédens, et bien découvert. Je vis plusieurs champs de coton d’une très -petite espèce. En route, une j^auvre femme , portant un lourd fardeau , fut prise du mal d’enfant, et, sans- secours, accoucha dans un champ de coton. Nous continuâmes à marcher, laissant cette malheureuse avec deux de ses camarades. Le lendemain , je fus fort étonné de la voir suivre la caravane , avec une calebasse vide sur la tête; ses traits étaient altérés.

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Nous fîmes halte à Sanço, où nous .passâmes le. reste du jour. 11 y a, aux environs de ce village, beaucoup de cultures de coton, d’une espèce que je n’ai jamais vue sur les bords du- Sénégal ni aux environs de Sierra -Leone; il est herbacé, et ne croît qu’à cinq ou six pouces au-dessus du sol ; il ne jette que très-j^eu de branches ; la plante a le même port que le grand colon. Parvenu à sa crue, il produit; mais sa laine est d’une qualité bien inférieure ; elle est très -courte et pas d’un très -beau blanc. Ils ont aussi un cotonnier. qui croît à quatre ou cinq pieds; il est en petite quantité autour de leurs habitations. Le coton nain est cultivé dans des terrains éloignés du village ; il est très-répandu : ils le sèment à la volée parmi leurs champs de mil, comme dans le Ouassoulo ; ce coton est annuel. Ils. en vendent beaucoup aux femmes des caravanes qui continuellement passent dans leur pays : ils en font aussi des toiles étroites , comme dans tout fin térieur; car, à mesure que j’avançais vers les bords du Dbioliba, j’apercevais un grand changement dans findustrie des naturels. Ici ils sont beaucoup mieux habillés ; ils s’adonnent au commerce; leurs marchés sont mieux approvisionnés , leurs cultures mieux soignées. Tous les comestibles y sont très-cbers ; souvent on a bien de la peine à s’en procurer, ce qui vient de la grande quantité d’étrangers ([ui passent, et (|ui font une foi'te consommation. Dans cette partie

du Bambara, ils nont pour nourriture que le gros et le petit mil. Le' riz n’y vient qu’en très-petite quantité. Les ignames, d’un si grand secours dans le S. , sont dans cette partie si petites et d’une qualité si inférieure, qu’on en cultive très-peu : dans les marcliés , j’en voyais quelquefois une douzaine au plus ; elles étaient extrêmement chères. Les voyageurs en achètent , et les font griller sur des charbons , pour les manger le matin de leur départ, ou en route lorsqu’ils se reposent. Les environs de ce village sont boisés en eés et en néclés; on récolte heaucoup.de fruits des premiers, dont on extrait le corps gras, qui est vendu ensuite à Jenné , ou aux caravanes qui passent. La plus grande partie des liabitans ne brident cpie le chaume du mil ; le bois est si rare , que ceux qui en ont vont le vendre au marché.

Le 2 0 février, à six heures du matin, nous nous mîmes en route, en nous dirigeant au N. E. pendant six mdles , sur un sol composé de sable gris , très-dur. La campagne est généralement ujiie et découverte. Je vis quelques naaclea et des nédés , mais en petite quantité. La chaleur, déjà très-forte, fut augmentée par un vent bridant venant de fE. Vers onze heures du matin, nous fîmes halte à Saga, joli petit village ombragé ])ar des bombax. On continuait désormais à ne plus faire aucune, attention à moi; on me regardait comme un Maure ; mes belles étoilés de couleur

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et mes verroteries, que j’élalais au marché eu petite quantité , occupaient entièrement les esprits. Dans toute cette contrée , le costume est à-peu-près le même que clans le S.; à l’exception c[u’on y est beaucoup plus- propre. Les femmes portent aussi leurs cheveux en tresses. On peut les comparer aux femmes mandingues de Timé et de Tangrera , mais non aux femmes bambaras, c[ui vont prescpie nues. Elles ont, de plus cjue celles-ci, une boucle au nez, comme je fai dit plus haut.

Le 2 1 février, à six heures du matin, nous fîmes route vers le N. E. , fespace de cincj milles et demi , la caravane observant toujours le même ordre de marche. Le sol est semblable à celui des jours précédens, à un peu de gravier près! La campagne est bien cultivée en mil. Je vis cjuelques rliamnus loius. Nous arrivâmes 4 dix heures du matin à Coloni, joli petit village situé dans une grande et belle plaine fertile et bien cultivée ; il est entouré cfiine infinité de gros bombax, A mon arrivée , j’allai m’asseoir par terre, à f ombre d’un arbre où il y avait c|uelc[ues marchandes ; j’achetai des pistaches bouillies jiour mon déjeiiner, et j’y joignis cj[uelc|ues galettes. Comme je prenais mon frugal repas, je. fus accosté par un Foulab du Massina, cjue j’avais déjà vu à Sanasso; il s’assit auprès de moi par terre, et fut bientôt imité par beaucoup de ses camarades. Ce nègre était déjà

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instruit sur mon compte ; il leur débita mon histoire, leur dit (jiie j’étais chérif, et que je sortais de chez les chrétiens , pour lesquels ils témoignèrent une grande aversion : ils me fatiguèrent par leurs questions imporUmes , et me conseillèrent , lorsque je serais à Jenné, d’aller voir Ségo-Ahmadou, qui certainement me ferait de grands présens, et me donnerait un guide pour me conduire dans mon pays. Tous ces Foulahs étaient établis à Coloni et natifs du Massina , pays qui se trouve un peu au N. O. de Jenné. Le village de Coloni est le premier de la dépendance de Ségo- Ahmadou , leur chef, et il fait partie du petit royaume de Jenné. Ce pays fut conquis sur les Bamharas par les Foulahs: Ségo-Ahmadou y a établi des mosquées; les Bamharas , qui ne professent pas le culte de Mar homet, paient un léger tribut à ce chef. Il y a beaucoup de Mandingues établis dans le pays ; on ne leur donne pas communément ce nom, mais on les appelle Jaiilas ou Diaiilas ou lolas. Ce sont eux qui font la plus grande partie du commerce. Les Foulahs qui habitent ce pays n’ont d’autre occupation que f étude de la religion; ils ont beaucoup d’esclaves qui cultivent les terres et pourvoient aux besoins de leurs maîtres. Ces Foulahs ont le même costume que ceux du Foula-Dhialon , et ils sont aussi propres qu’eux : leurs cheveux, leur teint et les traits de leur visage, sont les memes; ils sont grands, bien hiits, et ont un port majestueiix ; ils

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parlent la langue du Fouta et celle des Mandingues: ils sont tous armés de trois ou quatre lances qu’ils tiennent d’une seule main; les hampes en sont tresminces et de cinq pieds de long. Le village de Coloni est entouré de deux murs en terre ; il peut contenir quàtro cents habitans , Foulahs , Bambaras et- Mandingues; il est ombragé par de grands mimosas et quelques bombax. Nous fûmes logés dans une cabane située dans la cour du Foulah de ma connaissance, qui m’y vint voir souvent : il était presque toujours accompagné de quelques-uns de ses camarades, qui me donnèrent quelques noix de colats, fruit qu’ils paraissent aimer beaucoup. Quant à mon bote , il se borna’, dans scs fréquentes visites, à m’accabler de questions, et ne me fit aucun cadeau. Il me demanda si j’avais de for à lui vendre : selon lui, puisque je venais de Bouré , où il- y en avait beaucoup, je devais en avoir. Quoique je lui eusse assuré à plusieurs re prises que j’étais pauvre, et que je n’avais pas d’or, il ne cessait de me faire la même interpellation. Dans la soirée , un homme de notre caravane acheta un cabri qu’il tua par spéculation; il en fit de petits lots d’une valeur de quatre-vingts cauris, que ses camarades achetèrent : j’en achetai aussi pour mon souper, car depuis plusieurs jours je faisais assez mauvaise chère; je partageai cette viande aA^ec mon guide et ses gens. La chambre où nous étions pour passer la

nuit, était si incommode, à cause de la fumée, que je me décidai à coucher dans la cour. J’étais tellement enrhumé , que je ne pus reposer ; la continiiité de la toux m’ affecta la poitrine au point de me faire cracher le sang.

Le '2 2 février, à sept heures du matin, comme nous nous disposions à partir , la scène de Saraclé se renouvela. Le meme nèqre eut l’insolence de jeter mon sac en cuir devant la ])orte , et il me dit d’un ton brusque et insolent qu’il fallait que je le portasse sur ma tète; que f homme qui en était chargé était malade*; je ne f écoutai pas , et m’éloignai de lui ; mais tous les jours il cherchait à m’insulter , et il me fallut appeler la prudence à mon secours pour ne pas lui répondre. Je restai un instant auprès d’une marchande de maumies; j’en achetai quelques-unes pour mon déjeuner : on m’avait prévenu que nous avions une longue route à faire. Je vis tous nos gens défder avec leurs charges sur la tête, laissant là mon bagage. Comme mon^mdc

ne disait rien au nègre insolent, je crus qu’il ne vou-

lait plus se charger de mes effets ; reprenant ‘donc une natte et quelques hagatelle^s que j’avais mises sur la tête d’une négresse , je me décidai à rester dans le village et à changer de guide. Le vieillard, qui conduisait son âne, n’était pas encore parti; il me dit que j’avais eu tort de reprendre ce que portaient les femmes qui étaient déjà bien avant; qu’il ne fallait pas faire

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attention h ce que le nègre me disait , qu’il n’y^avait ici d’autre maître que lui ; que celui qui avait habitude de porter mon bagage avait èirectivement mal au cou , mais qu’ü avait son âne qui suppléerait à ce petit malbeur. Enfin il ajouta que, s’il avait voulu que je portasse mon bagage, il me l’aurait dit lui- même : toutefois je crois que si je m’étais mis en devoir de le porter, il ne s’y serait pas opposé , car son âne était assez chargé. Je lui déclarai que si cette scène se renouvelait, je changerais de guide ; qu’en payant comme je le faisais, j’en trouverais toujours. Je lui avais fait un joli cadeau en indienne de couleur et en papier, et je devais le payer en arrivant à Jenné. Je me plaignis qu’il u’eût pas réprimé finsolence de son esclave : il paraissait de très -mauvaise humeur-, toutefois, il mit en murmurant mon bagage sur son âne , et nous continuâmes à marcher. Je le suivais ayant à la main la natte sur laquelle je couchais, un pot en terre et mon parapluie; lorsque nous eûmes rejoint- les gens de notre suite, je fus quitte de cet embarras , car les femmes s’en chargèrent. Plusieurs Foulahs de Coloni vinrent me conduire à une petite distance; et lors de notre sépa^ ration , ils me prièrent de leur donner ma bénédiction : fun d’euK mit une de ses mains dans la -mienne, les autres f imitèrent ; je marmottais tout bas quelques versets du Coran; puis, quand je voulus terminer, je leur soufflai sur les mains, qu’ils s’empressèrent de

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porter à loiir figure, en s’écriant d’un air dévot , Alam- (loiil-illahi, puis ils s’en allèrent satisfaits.

Nous atteignîmes la caravane, qui s’était arretée un peu pour disposer la jnarclic comme les jours précédens. Nous fîmes cinq milles vers l’E. ; la route était très-belle, la campagne plus boisée que la veille et couverte de ])aille sècbe, le sol composé de sable ti'ès-dur. Nous traversâmes un ruisseau qui nous retint long-temps : les hommes et les femmes se mirent tout nus pour le traAmrser ; l’eau leur venait à la ceinture. Ceux qui n’étaient pas chargés le passèrent sur un pont chancelant construit de |)lusieurs piquets plantés perpendiculairement dans le ruisseau , et de quelques perches en travers assez mal liées ; on posait les pieds sur ces perches , et f on se tenait aux piquets ; on courait à chaque instant les plus 'qrands risques de tombera feau. Cependant il n’arriva pas d’accidens; tous gagnèrent la rive droite. Les bords de ce rnis seau sont bien boisés. Nous continuâmes notre route, et fîmes au S. E. cinq milles , sur un sol composé de sable couvert de gravier ; la chaleur était très-forte , et rendait la marche pénible. Nous arrivâmes , vers onze heures du matin , à Bancousso , grand village de cinq à six cents habitans , qui est situé dans une belle plaine bien cultivée et ombragée de beaucoup de baobabs. Il y a dans ce village un grand marché l)ien fourni de toutes les productions du pays. J’y

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lOüiarquai beaucoup de toile de colon et de j)ots en terre fabricpiés sur les lieux.

Le 2 3 février, à six heures du malin , nous fîmes six milles au N. E. Nous traversâmes un ruisseau presque à sec, et continuâmes à faire sept milles dans la même direction. Le. sol est uni, composé de sable gris, et , dans quelques parties, de terre rouge mêlée de gravier : la campagne est très- découverte ; je n’aperçus qu’un petit nombre de nédés et- de cés. La chaleur était accablante , et nous incommodait beaucoup : nous fûmes d’autant plus malheureux , que nous ne trouvâmes que très -peu d’eau sur la route ; il n’y en eut même pas pour tout le monde. Nous arrivâmes vers deux heures du soir à Gniapé ; nous étions tous très-allérés , et épuisés de fatigue. Les environs de ce village sont assez bien cultivés. Le vieux Kai-mou , mon guide, eut une dis[pute sérieuse avec une de ses femmes , qui lui tenait tête ^ il la menaçait souvent de la frapper: elle eut fimprudence de le délier ; alors le vieillard en colère la battit impitoyablement. La mallieureuse se saisit d’un bâton ])our se défendre ; mais elle en fut einpêcbée ])ar plusieurs Mandingues de la caravane , qui , attirés par le bruit, vinrent les séparer. Ne. pouvant se venger, elle eut recours aux ])leurs , et se frappait le sein ,de rage. C’est la seule fois (juc j’aie vu une lemine se défendre contre son mari et même lui résister. La brouille dura

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encore loinj - temps : il régna entre eux une animosité très-grande ;• ils ne se parlaient 'même plus; la paix fut très-longue à se faire : enfin un nègre mandingue vint pendant trois ou quatre jours de suite s’interposer pour les raccommoder .; ses 'discours eurent quelque influence , et finirent par ramener le calme entre les deux époux ; la femme fut obligée de convenir qu’elle avait tort, car le mari n’aurait jamais cédé. Pour cimenter la paix , celui-ci cassa une noix do colats , et en donna la moitié à sa femme , puis mangea fautre : dès ce moment tout ressentiment disparut. Les femmes de ces contrées oublient facilement ces sortes de querelles ; elles y sont habituées.

Le 2/1 février, à six heures du matin, nous nous mîmes en route à f E. S. E. , et nous fîmes trois milles sur un sol semblable à celui de la veille. On rencontra une caravane de marchands mandingues , venant de Jenné ; et la nôtre fit balte à huit heures du matin à Couriban-Sanço , où nous passâmes le reste du jour.

Le 26 février, nous nous mîmes en route au lever du soleil, et nous dirigeâmes à fE. N. E. pendant huit milles ; le sol , le même que les jours précédens , continue d’être très-découvert. Nous arrivâmes vers dix heures du matin à Kimpana , petit mais joli village où nous passâmes la nuit.

Le 26 février, à six heures du matin, nous nous

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mîmes en route au N. E. , et fîmes six milles sur un sol couvert de petit cjravier ; il y croît queOpies rliamtiiis lu tas, et d’autres arbres que je ne connais pas. A dix heures, nous fîmes halte à Garahara, village contenant cinq à six cents hahitans , où il se tient un grand marché : les puits sont situés hors de f enceinte ; ils peuvent avoir douze ou quatorze pieds de prolondeur; feau en est trés-honne.

Le 2-7 février, à six heures, nous nous mîmes en route au N. N. O. ; nous fîmes six milles dans cette direction. Le sol est couvert de petit gravier ; les cés et les nédés commencent à n’être plus aussi communs ; il y croît quelques hombax et mimosas. Il était près de onze heures , lorsque nous fîmes halte à Nenesso, village dont les environs sont bien cultivés en mil, coton, etc. : il y a aussi quelques baobabs.

Le 28 février, à six heures du matin, nous fîmes au N. N. O. quatre milles , sur un sol composé de sable dur et bien cultivé , où il croît beaucoup de gros baobabs. Nous fîmes balte à Nomou , joli village situé dans une belle et grande plaine très-découverte , où Ton aperçoit beaucoup de belles cultures de coton , ainsi que de beau tabac dont les feuilles sont trèslongues et se terminent .en pointe ; il ne manque aux bal)itans que la manière de le bien préparer ])oui' (|u’il soit aussi bon que le nôtre. Ils donnent à cette culture des soins particuliers ; ils sèment la graine sur

couche; et lorsque la plante a acquis une croissance convenable , ils préparent leur terre , en lui donnant deux labours, la divisent en petits carrés, et y transplantent les pieds de tabac à dix-liuit pouces les uns des autres. îis ont soin de les arroser deux fois par jour; ils creusent, pour cet effet, des puits près de leurs plantations. Ils ne récoltent les feuilles de tabac que lorsque la plante est en graine , car ils ne connaissent pas f usage de fétôter. Ils font de cette substance une grande consommation ; ils en prennent en poudre, fument beaucoup; c’est la seule distraction des vieillards : ils ont des pipes aussi grandes et de même forme que ceUes des peuples du Ouassoulo ; pour le prendre par le nez, ils se servent d’un petit pinceau. Le costume de ces peuples , leurs mœurs et leurs habitudes sont par-tout les mêmes.

Le 2g février, à six heures du matin, nous prîmes notre dnection au N. E. , et marcliâmes pendant quatre piilles sur le même sol que la veille, toujours aussi découvert. Nous fîmes halte à Tamero : comme j’étais au marché pour acheter quelques galettes, une femme assez bien vêtue vint m’accoster, et, me prenant pour un Arabe , me dit qu’il y avait dans le village un Maure malade, quelle m’engagea cà venir voir; je la suivis, et je trouvai ce malbeurcnx assis à f ombre d’un baobab , occu])é à se débarrasser de la vermine qui le lourmentait. Il me parut très -pauvre; d était aussi

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mal velu que moi, et avait une plaie au jûed qui l’empêchait de marcher. Il me fit asseoir par terre , auprès de lui, et me demanda d’où je venais : il fut étonné d’apprendre que mon pays était Alexandrie-, il me, dit en avoir entendu parler, mais que c’était très-loin ; il m’apprit alors qu’il était de ’fafilet et qu’il desirait bien y retourner, mais que dans ce moment, étant dans l’impossibilité de marcher, il était logé chez un bon nègre mahométan qui le nourrissait pour l’amour de Dieu. Son état de misère me fit coin passion; je lui donnai quelques verroteries. De retour à notre logement, j’annonçai à mon guide que j’avais rencontré un Ai'abe qui connaissait mon pays; il en fut enchanté, et parut plus gai qu’à fordinaire.

Je trouvai au marché d’assez bon poisson sec que j’achetai pour mon souper; j’en fis part à mes compagnons de voyage. Le village de Tamero est composé , comme tous les autres , de plusieurs enclos murés , il est ombragé par une infinité de baobabs , et peut contenir trois ou quatre cents babitans. On recueille avec soin le fruit et les feuilles de cet arbre , dont les babitans font un grand commerce.

• Le i.*"” mars, partis à six heures du matin, nous fîmes au N. N. E. cinq milles ; nous avions traversé , un peu après le village , un grand marais inondé , où f on avait de f eau jusqu’à la ceinture : cc marais est peuplé d’une infinité d’oiseaux aquatiques , tels que

le pélican, l’aigrette , l’oiseau trompette, le marabou, le plongeon, le canard de J3arbarie, la sarcelle, et une infinité d’autres espèces que je ne pus distinguer. Les naturels ne font pas la chasse à ces oiseaux , car la poudre est chez eux un objet très-rare. Après avoir traversé le marais , nous marchâmes sur du sable mouvant ayant cependant quelque consistance. Il y croît des tamariniers , des samps en quantité, des rhamnas lotus, le cé, le nédé, et quelques baobabs. Vers neuf heures du matin, nous fîmes balte à Syenço;- les liabitans étaient occupés à serrer les fruits du baobab : Ils en cassent la coque avec un gros morceau de bois , retirent la jmlpe. qu’ils font bien sécher au soleil , puis la pilent légèrement pour en extraire la fécule, qui est très-estimée dans le pays; ils en mettent dans leurs sauces, et s’en servent à la place du miel, pour préparer leur doklmoLi ou provision de campagne. On fait dans ce village beaucoup de cordes avec le chanvre ( hibiscus cannahinus ) découvert à Gambie par un Français du nom de Baudry , et qui s’emploie au même usage dans le Sénégal. Ici on ne se sert pas de métier pour fabriquer ces cordes; onles'tord à la main ; aussi ne sont-elles pas fortes; ce qui peut venir encore de ce que ce chanvre n’a pas été mis à beau avant d’être employé , et qu’il est récolté trop sec. J’achetai deux de ces cordes, qui pouvaient avoir trois brasses de long et un pouce de grosseur; je les payai quinze

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cauris pièce, valeur de sk iiards. Je fis rçucoulre d’uii lioiiiiiie de Jeniié, qui me parut doux et alVable: comme je me plaignais de la fatigue de la route , il m’engagea à prendre patience , en me disant que nous n’avions que peu de cliemin à faire pour nous rendre à cette ville.

Le 2 mars, à six heures du matin, nous quittâmes Syenço, et nous marchâmes entre le N. et l’E. l’espace de sept milles; un peu après le village, nous avions traversé un marais, ayant de l’eau jusqu’aux genoux. Le sol est couvert de gras pâturages. Vers onze heures, nous fîmes halte à Somou, village situé dans une plaine très-découverte et hien cultivée. En visitant le marché, je fus étonné de la grande quantité de poisson qui s’y trouvait ; j’en achetai un pour mon souper, que je trouvai délicieux. J’achetai en niênie temps de petits pains de lotus , qui me parurent avoir un fort hou goût ; ils ressemblaient par la couleur au pain d’épice , mais étaient un peu acides : on les fait avec les fruits du rhammis lotus, dont parle Mungo- Park. .11 y avait à ce marché des femmes qui vendaient du chaume de mil, attendu la rareté du bois dans ce pays. Je vis aussi, mais en petite quantité, du soufre en bâton, qui se tire des ‘ïnarchés de Jenné, Ségo, Sansanding et Vamina; je n’ai pu savoir quel usage on en fait ici. Tous les villages sur cette route, depuis Oulasso jusqu’à Jenné, sont construits en hrkgies séchées au soleil. Ces briques , longues d’un pied , larges

de huit pouces, et épaisses de deux et demi, sont laites sans le secours d’un moule : la terre étant délayée à une consistance convenable , les fabricans en étendent sur le sol des couches très-longues; et à moitié sèches, ils les coupent, et les tournent de côté et d’autre pour en terminer la dessiccation. Leurs maisons , ou plutôt leurs cahutes, sont élevées de huit à neuf pieds, longues de douze à quatorze, et larges de huit; les murs ont dix-huit pouces d’épaisseur, et sont faits sans art ; ils ne se donnent pas la peine de les crépir. Les maisons sont toutes à terrasse ; la charpente est soutenue par de gros piquets plantés intérieurement et à des distances con venables ; au milieu de la chambre , on met aussi des piquets qui soutiennent le toit. Le tout est si mal construit, que le mur ne pourrait soutenir long -temps la charpente, qui est très-lourde, faite en branches d’arbre non façonnées et recou-

vertes enterre. Ces cabanes n’ont, en général, qu’une porte , pas de cheminées ; et quand on y fait du feu , ce qui arrive tous les soirs, il y fume tellement qu’il est presque impossible d’y rester: pour moi j’aimais mieux coucher dehors. Les entrées ont cinq pieds de haut, et une largeur ordiftaire ; elles ferment par le moyen d’une porte en paille, peu solide et mal jointe. Chaque habitant a plusieurs de ces maisons; tous oui dans leur cour de. ])etits magasins ronds, en terj-e, rouverts en paille, où ils serrent leurs provisions de

A TEMBOCTOII.

J’aiiiîéo. Les villages de eclte ('Oiilréc sonl de la ])Uis ([rande monotonie, et bien loin d’être aussi gais que ceuv qui sont situés au S. ; je n’avais plus le plaisir de voir les habitans danser et s’amuser.

Le 3 mars, au lever du soleil, nous nous mîmes eu route, et fîmes au N. E. cinq railles. A un mille et demi de Somou, nous traversâmes un grand marais; nous y avions de l’eau jusqu’au-dessus du qcnou : ce marais, qui nourrit beaucoiq^ de poissons, est couvert d’oiseaux aquatiques; dans la partie du N. O., il forme un grand lac , et dans celle du S. O. , il est rempli de grandes berbes. Nous fîmes encore sept milles au N. N. E. : le sol est en général très-uni, découvert et composé de sable dur. Il pouvait être midi lorsque nous arrivâmes bien fatigués à Kinina, village contenant environ deux cents babitans, et qui est entouré d’une infinité de ronniers.

Le k mars, à six heures du matin , nous nous remîmes en. route au N. N. E. Après deux milles dans cette direction, nous tournâmes à VE. N. E. ; puis nous reprîmes le N. N. E., et fîmes en tout dix milles. Le sol a un aspect très -aride; il est couvert de pierres volcaniques et de gravier rouge. Vers onze heures, nous arrivâmes à Kirina, joli village environné d’une infinité de bombax et de baobabs, qiii peut contenir cinq à six cents babitans ; la majeure partie sont cordiers; ils vendent leurs cordes aux caravanes qui pas-

fient dans le pays; ils en portent aussi Jenné; on s’en sert pour la construction des pirogues gui font le voyage de Teuiboctou. Quelques-unes de ces cordes étaient faites de chanvre; mais la plus grande partie étaient en écorce d’arbre et en feuilles de ronnier. On nous olfrit aussi de nous vendre des couteaux ferinans; ils étaient assez bien faits; c’était la première fois que j’en voyais dans finlérieur : ils n’étaient pas de fabrique européenne; je présume qu’ils venaient de Tafilet.

Il y a dans le village quelques puits qui peuvent avoir douze ou treize pieds de profondeur, creusés dans un sol aride , plein de gravier et de petits cailloux; feau en est claire et très -bonne.

Le 5 mars, è six heures du matin , nous quittâmes lejoli village de Kirina , et fîmes au N. R. quatre milles, sur un sol le même qiie celui de la veille. Nous fîmes balte àFoudouca, autre village ombragé par quelques nédés et baobabs. Les vivres y sont tr(36-cbers. 11 . peut contenir cinq à six cents habitans ; c’est à-peuprès le terme ordinaire de la population des AÛllages que j’ai visités, même jusqu’à Jenné. Ils sont , comme je fai déjà dit, murés, mais partiellement ; car le village est quelquefois composé de quatre à cinq petites enceintes, qui servent cbacune à loger deux ou trois familles. Les puits qui s’y trouvent ont sept ou huit pieds de profondeur.

A TEMimCTOU.

Le 6 mars , au lever du soleil , nous nous mîmes en route , en nous dirigeant au N. E., puis au N. O., l’espace de six milles. Le sol est toujours le même , mais la campagne plus découverte que les jours précédens. Je remarcpiai beaucoup de cliam])s de mil , qui avaient été cultivés dans la saison des pluies; une partie du chaume restait encore sur le sol. Vers onze heures du matin , nous fîmes halte à Médina : les environs en sont très-bien cultivés; le marché est petit, mais assez fourni: j’y ai vu de .très-beau poisso'n frais et d’autre séché à la fumée ; ôn nV assura que le poisson frais, qui avait deux pieds et demi de long et un pied de circonférence , la peau sans écailles et la tête un peu alongée , se pêche dans le Dhioliba. Ce poisson a -une très-grosse arête, sans aucune petite; j’en achetai lin morceau pour inon souper : je le trouvai délicieux; on n’en mange pas de meilleur en Europe. Il y avait à ce marché beaucoup de pain de lotus, pain qui a un goiit un peu sucré et acide , ce qui provient du fruit, qui n’est jamais récolté en maturité : il est très-commun dans cette partie du Soudan, 1o<b hahitans vont en vendre à Jenné ,~ d’où on le transporte à Temhoctou.

Le 7 mars, à six heures du matin, nous nous mîmes en route dans la direction du N. E. : le sol était le même que les jours précédens ; je vis cependant quelques naucléas. Nous fîmes halte è dix heures du matin

à Goiinignnn, village siliié dans une plaine couverte (le gravier, qui cependant est cultivée dans la saison deg phiies. On n’aperçoit, autant (pie la vue peut s’étendre , que quelques buissons situés à des distances peu rapprochées. 11 y a près du village des ronniers et des hoinbax. Le marché est assez bien fourni des choses de première nécessité : je vis cpiekpies bouchers établis; ils embrochent de petits cubes de viande de bœuf et de suif en guise de lard , les font griller ou simplement sécher à la fumée, et les vendent aux étrangers.

Le 8 mars, vers sept heures du matin, nous nous disposions à partir; mais, à la porte du village, nous vîmes les bouchers qui, la veille, avaient fait bouillir les têtes et les pieds des animaux (pi’ils avaient tués- 11s les vendirent à la caravane, ce qui nous retint un instant. Nous achetâmes de quoi nous restaurer en attendant le dîner cpie nous devions prendre plus tard. Nous nous dirigeâmes au N. E. , sur un sol composé de sable rouge , dur, couvert de gravier, et fîmes huit ujillcs dans la même direction; après quoi nous traversâmes, dans sa partie la plus étroite, un marais (pii là était à sec, mais inondé du côté du N. Les endroits un peu élevés de ce marais sont cultivés en riz ; les nègres y font des chaussées pour maîtriser l’inondation. Après l’avoir traversé, nous passâmes auprès d’un grand . village nommé Touma-dioman.

A TEMBOCTOIJ

Nous fîmes encore cinq milles au N. N. E.; le sol est composé de sable dur et nioins graveleux que les jours précédons, et couvert de rhanimis lotus, de mimosas, de cés et de nédés. La route était pleine de gens du pays qui allaient, d’un viljage à l’autrç, portant diverses productions, telles que mil, coton, poisvsons secs, etc., et de caravanes de marchands de sel.

Dans le Village de Touma-diqman , il y a deux grandes mares d’eau bourbeuse, où les hommes et les animaux vont s’abreuver.

Vers une heure du soir , nous fîmes balte à Manianaii , grand village où il y a un marché très-bien installé; les marchands ont des cahutes en paille pour se préserver de l’ardeur du soleil. Il croît aux environs du village beaucoup de ronniers. On y voit une multitude d’iolas étabhs : ils sont très-intrigans , industrieux, et s’adonnent au commerce; ils fabriquent des toiles. Le village est situé sur une éminence, au pied de laquelle , presque tout autour , il y a de grandes fosses creusées par la nature; elles lui tiennent lieu de fortifications : ces cavités contiennent beaucoup d’eau; quoique corrompue, cela n’empêche pas les babitans d’en boire. Je remarquai plusieurs enfans, ayant de petites pirogues faites de plusieurs morceaux de planches; ils s’amusaient à naviguer sur ces mares, au bord desquelles les femmes du village jettent les

immondices. Un de mes compagnons de voyage fit ici emplette d’un âne, gui lui coûta onze mille cauris.

Le g mars , à huit heures du matin , nous nous mîmes en mute. En sortant du village par la porte du N.., je vis plusieurs cases faites comme celles des Foulalis pasteurs, et, dans la campagne, heaucoup de troupeaux de hœufs , chèvres, moutons, et guelguesâiics. Après avoir fait trois milles sur un sol composé de sahle mouvant , et où dans hien'des endroits la végétation était la même que la veille , nous vîmes Tomga, village entouré , comme Manianan, d’excavations profondes , et de nombreux ronniers.

Le 10 mars, à six heures du matin, nous fîmes au N. deux milles , puis trois milles au N. N. O. : nous traversâmes un marais inondé , où nous avions de l’eau jusqu’à la ceinture -, je remarquai le nyinphœa hleu et le hlanc. Les naturels récoltent la graine de cette plante , qu’ils emploient à leur nourriture , ainsi que sa racine. A de grandes distances , on aperçoit, dans les marais, quelques petits arbustes trèséloignés les uns des autres. Dans bien des endroits inondés, on fut obligé de décharger les ânes pour leur faire passer l’eau. Les hommes portaient les charges sur leur tête , et ce n’est qu’en se tenant avec un bâton qu’ils pouvaient garder l’équilibre.

Vers onze heures du matin, nous arrivâmes bien fatigués à Galia ( ou Cougalia ) , situé sur le bord dn

A t1':mboctüii.

Dhiolil)a; c’est un liaiiieau de cinq ou six caluites en terre et autant en paille, delà forme de celles dos Foulalis; il est situé sur une petite élévation. Les environs , à quelque distance ne sont ])as inondés dans cette saison; il y a beaucoup de ronniers, et, sur le bord du fleuve, deux gros tamariniers, qui font diversion à f uniformité de la campagne. 11 y a dans ce petit village quelques Foulalis établis , et qui transportent dans des pirogues les nombreuses caravanes qui arrivent à Jenné. Je les trouvai assez affables : j’acbetai d’eux un peu de lait et quelques pistaches ; car nous ne pûmes nous procurer ni mil ni riz pour notre souper. Je vis, dans la soirée, passer plusieurs grosses embarcations descendant le fleuve pour aller à Temboctou. Le Dliioliba, qui paraît venir en cet endroit de fO. 1/4 N. O. , coule lentement au N. E. Sa vitesse est d’un nœud et demi par heure. Ses eaux m’ont paru assez claires , quoique ayant une légère teinte blanchâtre Ses rives , généralement découvertes et très-basses, excepté devant Cougalia , où elles ont un peu plus d’élévation , sont composées de sable gris ai'gileux. On remarque de temps en tenqis de petites veines d’argile rougeâtre. A peu de distance au N. E. , j’aperçus une petite île, â sec dans cette saison , mais inondée lors des débordemens , qui sont périodiques. Le marché de Cougalia se tient à l’ombre de deux tamariniers situés sur le bord du Heuve : il

était peu fourni ; heureusement que nous avions des provisions. Nous achetâmes quelques poissons secs. Nous étions tant de monde dans ce petit village , que nous ne pûmes tous loger dans son enceinte : la plus grande partie de mes compagnons allèrent s’installer sous diverses huttes qu’on voyait dressées dans la campagne , et qui consistaient en quelques piquets fichés en terre et recouverts d’une pagne.

A TEMBOCTOÜ.

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