I.ES UEUVRES DE LA MISSION. iS
douilis. Le cornmi'ncement esl petit, Dieu les aime tels. — Un Arabe de Jérusalem lui sert d’évangéliste, il part avec un cheval chargé de livres, et va lire la Bible au.\ habitants des villes et des villages situés au delà du Jourdain. On se rassemble en foule autour de lui, on l’écoute avec avidité, on lui adresse ce reproche qui nous couvre de honte; « Vous saviez ces choses, pourquoi n’ êtes-vous pas venu plus tôt? » Une école s’est récemment ouverte à Ramotli de Galaad.
Voici les fruits de l’œuvre : il y a six mois, la mission scientifique envoyée par l’Amérique pour étudier la mer Morte, a été volée. L’évangéliste arabe se rend dans la tribu qui a commis le vol; il la rassemble, il lui montre, la Bible à la main, qu'elle a péché, et les Arabes renvoient à Jérusalem les objets dérobés. Ce que les menaces, ce que les coups n’ont jamais arraché, la parole do Dieu l’obtient.
L’indépendance presque absolue des Bédouins vis-à-vis de la Porte, promet du succès à cette entreprise, qu’il serait à peu près impossible de tenter au milieu des musulmans assujettis au Sultan ou au Vice-roi d'Égypte.
Je reviens aux scandales du Saint-Sépulcre. Hier au soir, les Latins ont donné le leur. A la lueur funèbre des cierges, en présence des pèlerins, du clergé; les moines ont cloué sur la croix une figure en bois, île quatre n cinq pieds de haut : le .‘-eigneur
MA FISCIl SULTAN.
Jésus. Ils l’ont clouée, ils ont dressé ot planté la croix; les plaies étaient peintes en rouge, de même que le sang qui en coulait. Après, on a retiré les clous avec précaution, on a essuyé les blessures, on a étendu le corps sur la pierre de l’onction, on l’a
frotté, on l’a plié dans le linceul Je ne sais pas
comment j’ose même écrire ce qu’ils ont fait! — A Jérusalem! dans le Saint-Sépulcre!.. Oh! oui, ils le crucifiaient une seconde fois.
Un Juif s’était glissé dans le temple; on l’a reconnu, on l’a saisi, on l’a battu. Il s’échappait, les moines l’ont repris et l’ont rendu à la rage des pèlerins; sans un soldat turc, qui l’aemportéau péril de sa vie , qui a reçu d’un moine grec le coup de couteau destiné à l’Israélite, celui-ci était assassiné. On l’a jeté en prison , il se verra dépouillé de tout ce qu’il possède, heureux de s’en tirer à si bon marché. — Ce matin, un moine latin saisit le sabre d’un janissaire et fond sur un Turc avec lequel il avait quelque différend; le chancelier du consulat se place devant le Turc, arrache le sabre des mains du moine, et le moine irrité, se plaint hautement de son intervention! — L’homme à Jérusalem,
l'homme à Paris, est effrayant Eh! quand je
regarde à mon propre cœur, ne suis-je pas effrayée, moi aussi?...
Les journaux de France, arrivés hier, nous pénètrent de tristesse. L’enthousiasme s’abat, la dé-
MA FISCH SULTAN.
fiance, racine de toute méchanceté, naît; la détresse est au comble ; on sent , même ici, le contrecoup de la tourmente politique.
— Mà fisch SùUùn, mà fisch Sùltàn I — dit le pacha en montrant l’Europe, et il lève les épaules. — Mùch tayb ! — Plus de sultan, plus de sultan ; mauvais. —
La réponse de M. Jorelle est jolie.
— Aujourd’hui, mà fisch Sùltàn ! c’est vrai. Mais quand Buonabardi débarquait en Syrie: mà fisch Sùltàn ! quand il prenait l’Égypte : mà fisch Sùltàn, mà fisch Sùltàn!
Le pacha a paru très étonné.
Les pachas de Syrie s’inquiètent en général fort peu des ordres de la Porte. L’année dernière, un respectable médecin anglais fut appelé chez le commandant de Jérusalem. Le corps de logis qu’habite le commandant touche à la mosquée d’Omar. On laisse entrer le docteur; c’était de jour; la nuii tombe pendant qu'il donne ses soins au malade ; il se présente à la porte pour soriir, escorté d’un janissaire. Les noirs qui gardent la mosquée lui tombent dessus et le tuent presque sous leurs coups'. Plainte est portée au Sultan; le Sultan enjoint au pacha de châtier les noirs ; le pacha n’en fait rien, et le Sultan s’en tire en envoyant au docteur la décoration du Nitchan.
L’an dernier encore , les Arméniens du Liban,
‘ Il n’cst pas permis aux chrétiens d’entrer dans la mosquée d’Omar
UIMANCIIIi DE l'AUUEÏ.
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évangélisés par la mission Américaine, obtiennent à Constantinople un firman protecteur. En vertu de CO firman remis à l’un deux, le pacha de Damas est tenu de leur prêter aide et soutien. L’Arménien, tout joyeux, se rend à Damas, il montre son firman; le pacha porte le firman à son front, le parcourt, fait immédiatement collier l’Arménien, court au Liban, et met la congrégation sous les verroux. Constantinople s'est fâchée; on a rendu la liberté aux Arméniens, et c’est tout.
Les clergés Grec, Arménien et Latin soudoient les pachas, cela est de notoriété publique. Les pachas appartiennent en tout et pour tout au plus oil'rant et dernier enchérisseur.
Dimanche de Pâques, 23 avril 1848. — Ce beau jour s’est levé radieux sur Jérusalem. Nous en avons passé les premières heures avec nos frères; nous avons communié avec eux au corps et au sang du Seigneur. C’est une grâce immense.
Au matin d’une journée toute pareille, Marie et Marie-Madeleine se hâtaient vers le sépulcre. En marchant, elles se demandaient avec inquiétude : «Qui nous ôtera la pierre'?» — Qui m’ôtera la pierre? qui me tirera de celle obscurité? qui mettra mon cœur au large? qui me délivrera de mon égoïsme?
• Marc XVI. 3.