‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 103 sur 199 · DIMANCHE DE PAQUES · texte numérisé non relu

DIMANCHE DE PAQUES

« Et ayant regardé, elles virent que la pierre était ôtée. Or elle était fort grande »

Les diverses apparitions de Jésus après sa victoire m’émeuvent toutes. C’est qu’elles sont empreintes d’une inefïiible tendresse. Ce seul mot; Marie! est peut-être l’appel le plus puissant qui ait été adressé, la consolation la plus touchante qui ait été donnée.

Et les disciples d’Emmaüsl... Jésus faisait semblant d’aller plus loin, mais ils le contraignirent de s’arrêter*. — C’était à soixante stades de Jérusalem; probablement au travers de ces larges, de ces tristes ondulations du sol qui s’étendent vers l’ouest et vers le nord. Mais alors une belle verdure, les oliviers, les myrtes, les champs et les villages couvraient la campagne.

Après le culte, nous avons été nous asseoir sous un vieux arbre, non loin du cimetière turc qui entoure l’étang supérieur de Guihon, en face des murs crénelés de Sion et de sa forteresse. Des pierres antiques, des tronçons de colonnes restent incrustés dans la muraille; on ne voit qu’elle, le château de David et la flèche des minarets La vallée se creuse autour du mont de Sion; quelques chemins montent ou descendent; il n’y passe personne, on n’y entend pas une voix : quatre paysannes pauvrement vêtues qui venaient de vendre du lait, ont seules traversé le sentier,

•Marc XVI, S.— «Luc, XXIV.

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Que de douleurs au pied de celle colline de Sion! Dans la vallée, pleurs de ceux qu’on emmenail en caplivilé; sur les remparls, pleurs de ceux qu’assiégeail l’ennemi, que lourmenlail la famine; derrière les murs, cris de ceux qu’égorgeait le fer des Assyriens, des Romains, des Croisés, des Arabes!... Je ne crois pas qu’il y ail une place au monde , plus abreuvée de larmes el de sang. A présenl, c’est un silence, c’est une solitude qui tiennent du prodige, aux portes d’une ville de vingt mille âmes; de vingtcinq mille si l’on compte les pèlerins.

A côté du Juif prosélyte baptisé avant-hier, se trouvait ce matin, au temple, un autre Juif, converti depuis plusieurs années. La rencontre de ces deux chrétiens a quelque chose de frappant. L’un d’eux , le plus ancien dans la foi, avait connu jadis le Chaucheil à Londres; il lui avait parlé selon que son cœur lui disait, puis il l’avait perdu de vue. Il l’aperçoit dans une rue de Jérusalem, il le retrouve disciple de Jésus, croyant, baptisé! — Chaque semence, si petite soit-elle, porte avec elle son germe fécondant : il y a dans la moindre comme dans la plus grosse, des racines, des feuilles, des fleurs et des fruits. Qui nous dit que ce n’est pas de celte parole prononcée à lèvres tremblantes, mais prononcée pour ramour du Christ, (|ue sortira la bénédiction ?

Nous partons demain matin |)Our faire une excursion de trois jours à la mer Morte.

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