NOTRE ESCORTE
sons jamais aux exigences du diable. L’Éternel au mont de Morija arrête le bras d’Abraham levé sur son fils unique ! Lequel de ces rois, qui dans la vallée de Hinnom faisaient passer leurs fils par le feu, Satan a-t-il jamais arrêté î
Notre escorte nous attend vers le puits de Néhémie, là où le lit desséché du Cédron prend son chemin vers la mer Morte.
L’an dernier, les Bédouins dépouillèrent radicalement un Anglais qui s’était écarté de la grande caravane du Jourdain; ces maîtres voleurs, la fidélité même lorsqu’on les prend pour gardiens, épient sans cesse le voyageur sur ces routes solitaires.
Notre escorte se compose de six Arabes armés de fusils et de poignards ; ils portent pour vêtement unique la chemisç blanche que retient une ceinture de cuir, et le mouchoir jaune et rouge que fixe autour de la tête une ccirde en poil de chameau. Ils courent comme des lièvres, sautent comme des chèvres; ils ont le regard franc, le rire droit. Nous vivons, cela va de soi, dans une parfaite harmonie avec eux.
Bétùni, le pendant d’Hassanin; Bétünià la veste de nécromant, Bétùni notre Mùkre à toujours, pilote la caravane. Il est posé sur son âne, raide, les jambes et les bras écartés : on dirait un homme de bois. L’âne trotte en tordant un peu les oreilles ; Bétùni qui dort dessus, se maintient par une espèce de tour
Digilized by Googlc
TBKOnA.
de force inconscient et perpétuel; sa lôte va et vient comme la tête branlante d’un lapin do plâtre, et Bctùni n’ouvre pas les yeux, pas même quand Antonio l’appelle d’une voix de tonnerre, pour lui procurer des émotions. Le Noir de Bctùni vient après, soigneusement plié dans son étui rouge à pointe de perles. Nous avons encore un haut et puissant personnage : le copropriétaire du patron de Bétùni; mais celui-là ressemble à tous les Arabes.
Les montagnes conservent quelque temps une apparence de fertilité: des champs dans les vallées, des chèvres avec des brebis éparpillées sur les pentes ; cela ne dure pas. — Au loin, vers le sud-est, nous découvrons Tekoha, la patrie d’Amos; « Amos était parmi les bergers de Tekoha*. — Nous quittons la végétation près d’un campement de Bédouins, placé sur la limite des plantes et des cail- /oux. Leurs tentes noires, allongées, s’étagent dans un ravin; les vaches, les chameaux, les ânes paissent plus bas; les femmes se tiennent debout à la porte des tentes, et les enfants crient :«Eddi/ii Bakschich! « — A partir de là, sauf les mille-pieds noirs qui se traînent sur les rochers, nous ne trouvons plus un être vivant. Il n’y a que de la craie, des tubes de graminées desséchés, et quelques rudes plantes de l’espèce des chardons, des immortelles ou des sauges odorantes.
> Amos I, 1.
NEBI HÜSSÀ.
Des piles de pierres s’élèvent près du sentier. Les Bédouins les construisent lorsqu’il y a un malade dans la tribu. Si un passant renverse le tas, la maladie quitte le malade pour s’emparer du passant : nos Bédouins se gardent bien d’y toucher.
Do hautes montagnes blanches, arides et désertes se dressent des deux côtés du sentier; nous suivons le fond des vallées; parfois, nous trouvons un réservoir d’eau le long des rochers. Ces eauxlà, qui proviennent comme celles de Jérusalem des pluies de l’iiiver , valent mieux : on n’y voit pas tourbillonner des myriades de rotatoires et de petits poissons. — A.U milieu de la chaîne, vers le nordest, se dessine la mosquée de Nebi Mùssa: le tombeau de Moïse, d’après les musulmans. Ils le vénèrent et y font des pèlerinages qui , cette année, se plaçaient précisément au moment de la semaine sainte.
A notre droite, voici le chemin de Mar Saba — couvent de Saint-Saba. — Antonio nous propose d’envoyer les bagages vers un puits situé sur la route directe qui descend à la mer Morte; nous monterons au couvent, je l’esquisserai, nous rejoindrons la caravane au campement, et ce sera une heure d’épargnée pour la journée de demain.
Approuvé.
Habib prend avec les Bédouins le chemin du puits, et nous celui du monastère, sous la direc-