MAR SARA
lion de Bétùni, séparé pour la première fois deso« Noir.
Ici le Cédron s’encaisse tout à coup entre deux parois de rochers, parois vives, percées de cavernes prodigieuses de hardiesse. Nous suivons la crête de cette muraille; le torrent d’air roule ses vagues au fond, il a les rumeurs, la voix précipitée, les bruis-^ semcnts de l’eau; telle est l’identité des sons, qu’à chaque instant nous nous penchons sur le gouffre, pour nous convaincre que ce lit de gravier n’est pas lavé par les flots.
Le site est désolé , mais empreint de ce caractère de grandeur qu’on retrouve partout autour de Jérusalem. Le couvent nous apparaît derrière une sauvage arête : assises formidables, qui prennent pied au niveau du torrent et qui s'élèvent droites, appliquées au roc, jusqu’à mi-hauteur; terrasses pardessus terrasses, corps de logis par-dessus corps de logis, tout cela grimpant le long de la montagne et s’accrochant aux parois de pierre, comme les loges des abeilles maçonnes. Quelques tours carrées protègent le corps entier du monastère ; un mur crénelé l’embrasse d’une double enceinte; des fossés, des contre - forts , des épaulements en font une imprenable citadelle : c’est du roc sur du roc. Cette masse grise, solitaire, se profile sur le précipice gris comme elle, sur la montagne solitaire aussi ; pas un murmure, pas même le cri des gril-
LDOGO SANTO.
lets ou lo gazouillement de l’alouette : au grillet, il faut les sillons, à l’alouette, il faut les blés. Quelques cigognes, qui planent dans les airs, se laissent emporter çà et là par les courants. De longues figures passent sur les terrasses, sortent par une porte et rentrent par l’autre. Dans un lossé, cinq ou six figuiers étendent leurs branches sur une terre brûlante; deux nopals élargissent leurs tristes raquettes auprès d’un escalier taillé dans le roc. C’est tout.
Les moines appartiennent à la communion Grecque; ils gardent la clôture et reçoivent de Jérusalem les provisions nécessaires à leur subsistance.
Nous nous arrêtons au pied d’une tour bâtie depuis peu pour recevoir les pèlerines. Le couvent est luogo santo; les femmes, par conséquent, n’y entrent pas : cette conséquenceAk m’a toujours paru d’une souveraine outrecuidance.
Des restes de maçonnerie garnissent les cavernes qui s’ouvrent sur le torrent; elles ont servi de retraite aux premiers solitaires.
Cette courte contemplation ne me réconcilie pas avec h vie monastique; cette vie peut être un supplice, elle peut être l’erreur d’une âme très dévouée, très pieuse; elle est souvent une hypocrisie, plus souvent encore un mensonge à la conscience : mais ce qu’à coup sûr elle sera toujours, c’est la plus déplorable des vanités : la vanité spirituelle.
LES EIVES DU JOUBDAIN.
Nous redescendons, préparés à marcher une heure et demie encore, lorsque nous découvrons nos tentes. 11 a fallu s’arrêter auprès du premier puits venu , celui qu’on avait en vue est fermé, les Arabes en réservent l’eau pour les mois de juillet et d’août.
Le soleil est couché; un merle, le seul oiseau qui charme ce désert, chante à plein gosier : cela vaut une cascade et sa brillante pluie.
Au bord du Jourdain, vendredi, 28 avril 1848. — U faut, avant tout, que je parle de ce que je vois.
Après avoir passé six heures dans les montagnes d’argile et de craie, dans les plaines éblouissantes de sel; une ligne verte, d’un vert frais, de ce vert du printemps, verni, tendre au regard, nous apparaît entre deux profonds ravins. On n’aperçoit que la cime des arbres; on entend déjà le gazouillement des oiseaux; nous courons vers cet oasis: c’est le Jourdain! Le Jourdain, profondément encaisse, roulant ses eaux abondantes et jaunâtres sous un fourré de saides, de peupliers, de trembles et de tamarisques’ ! Des lianes aux larges feuilles s’entrelacent à toutes les branches, passent d’une cime à l’autre,
* Les saules et les peupliers du Jourdain , je l’al appris depuis, ne sont qu’un môme arbre : le peuplier. La jeune feuilie du peupiier affecte la forme élancile de la feuille du saule : de la naît l’erreur.