‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 117 sur 199 · LES RIVES DU JOURDAIN · texte numérisé non relu

LES RIVES DU JOURDAIN

disait : Que je passe? les gens de Gulaad lui disaient : Es-tu Épliruïtien? Et il répondait : Non. Alors ils lui disaient : Dis un peu Schibbolelh, et il disait : Sibbolelh et ne pouvait point prononcer Schibboletli. Sur quoi, se saisissant de lui, ils le mettaient à mort au passage du Jourdain*. »

Une fois encore, les eaux du Jourdain sont refoulées au nord et au midi. Deux hommes s'approchent de ses rives : l’un d’eux est triste, inquiet, il marche après l’autre. Le fleuve est là; il barre le chemin; le plus âgé des deux, celui qui va le premier saisit son manteau, il en frappe le courant, le courant se déchire; cet homme passe à pied sec, son compagnon le suit. Quelques heures, et les eaux sont de nouveau partagées; ils allaient deux, un seul revient, un seul passe : Élisée a vu Élie monter au ciel, emporté par un tourbillon : « Mon père, mon père, chariot d’Israël et sa cavalerie! » 11 déchire ses vêtements , il emporte avec lui le manteau d’Élie; et voici, il a reçu l’esprit d’Élie, la chose difficile lui a été accordée*.

Plus tard, Naaman le lépreux descend au fleuve, il en sort nettoyé; il s’était indigné de la simplicité du remède, et le remède, lorsqu’il l’applique d’un cœur simple, le guérit : Croix de Jésus, salut gratuit, c’est là tout ton mystère.

• Juges, XII. — > 2 Rois, II.

LA HER MORTE

Près d’ici, dans une terre grasse, entre Succoüi et Tsartan, Salomon fil fondre les ustensiles de la maison de l’Éternel.

Voilà donc quels souvenirs se groupent vers ces eaux profondes que je ne me lasserai jamais de voir couler, d’entendre bruire sous l’épaisse feuillée qui rappelle à la fois et les jongles indiennes, et les savannes d’Amérique.

Levés à deux heures ce matin, nous avons traversé le massif de montagnes qui nous séparait de la mer Morte. D’abord des sommets élevés, puis un large plateau maintenant désert, qui a pu jadis et qui pourrait encore aujourd’hui recevoir des cultures. Après le plateau, deux lieues d’arêtes, de ravins blancs et secs; enfin la mer Morte, que nous avions aperçue de la cime du versant oriental.

De Jérusalem à la mer Morte, sauf la vaste plaine qui divise les montagnes en deux étages, le sol est tour à tour soulevé et déchiré; rien qui rappelle les basses et riantes montagnes de Juda. Les proportions sont ici très grandes, les replis larges, les sommets élevés, les gorges profondes : c’est solennel et triste.

La mer s’étend, longue tache bleue, entre la chaîne que nous traversons et les noirs remparts de Moab. Au bas de la dernière pente nous entrons dans une plaine couverte d’ofllorescences salines; les roseaux, les tamarisques, les bruyères y croissent.

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LA MER MORTE

C’est encadrée par celle large bordure verte, que nous apparaît la mer Morte.

Dix Arabes sortent inopinément d’une touffe de roseaux; Antonio s’avance le premier, on échange le Salam et l’on reste bons amis.

Depuis notre arrivée à Jérusalem, nous sommes Hadji pour tous les Bédouins : Salam Hadji, — salut pèlerin, ou saint.

Nous arrivons à la rive, elle est couverte de troncs, de racines desséchées que le Jourdain charrie dans la mer, et que la mer ramène sur la plage. Les eaux, d’un bleu blanchâtre, opaque, ressemblent à celles des lacs sulfureux qu’on voit entre Rome et Tivoli. De notre côté, à l’occident, de belles montagnes jettent dans la mer leurs caps qui en découpent les bords à larges coups. En face, à l’orient, les monts de Moab ferment l’horizon comme une muraille. La vallée du Jourdain, une grande plaine de sel remontent vers le nord. La mer repose dans ce vase immense. Un promontoire délié s’avance près de nous, deux oiseux pêcheurs montés sur de hautes pattes s’y dessinent. Tel est l’aspect. Je ne sais si cela lient à ce que nous sortons des déserts de Mar Saba , mais il ne nous parait ni lugubre, ni même très sévère. Le ciel rit dans ces flots mous, les tamarisques, les roseaux, des fleurs un peu sèches de tissu mais fraîches de nuances, arrivent à la mer par une large ouadi;

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