III
LA MER MORTE
nous ne pouvons nous empêcher d’admirer et de nous réjouir.
L’eau est pesante, une cravache garnie de métal y surnage; quant à la saveurj elle est la plus amère, la plus détestable que j’aie jamais goûtée.
Les plantes poussent auprès de la mer Morte; les insectes y prospèrent : des troupes de sauterelles volent autour de nous. Les oiseaux n’y tombent pas en syncopes : à preuve les deux pélicans, ou grues, ou oiseaux de la mer, comme les appellent nos Bédouins, qui respirent tranquillement ses pestilentielles exhalaisons. Il n’y a pas de poissons dans cette eau saturée de sel, au point que le sel luimême y reste suspendu sans se dissoudre : les rares coquillages qu’on y a trouvé proviennent évidemment du Jourdain.
Cette réalité si belle, ne nous empêche pas de regarder avec un saint effroi les abîmes qui cachent Sodome et Gomorrbe. — La mer doit recouvrir aussi les puits de bitume ou tombèrent les rois mis en fuite par Kédor Lahomer.
— Esmou èdé? — qu’est cela? comment appelezvous cela? — demandons-nous à nos Bédouins en leur montrant la mer.
— Baar Lot ! — la mer de Lot.
Nous passons le gros du jour sur les rives du Jourdain, assis au pied des peupliers, sous les lianes à feuilles en fer de lance, auprès de ce fleuve
Diçji’ by Goii. d'
LA MER MORTE
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cher et sacré, qui ne sortira jamais de notre mémoire. En lui tout est splendide : le passé, le présent, et aussi l’avenir. — Oui , les jeunes filles d’Israël reviendront sous tes saules; elles n’y viendront pas en cohortes effrayées, poussées plutôt que gardées par une bande de soldats turcs : elles y viendront paisibles, joyeuses, elles rempliront leurs urnes dans tes eaux, elles y baigneront leurs pieds, elles se reposeront dans tes bois ombreux ; elles reviendront non plus en esclaves mais en princesses, car elles auront reconnu ce Roi de gloire que les mains de leurs pères avaient percé.
Jéricho, près de la fontaine d’Élisée. Le soir. — Nous quittons le Jourdain. Son courant sans rapides proprement dits, est d’une grande vitesse. A quelques pas au-des.sous de l’endroit ou nous étions placés, l’eau se précipite avec violence dans une espèce de trou. Le plus habile nageur, dit-on, ne résisterait pas à ce tourbillon ; c’est là que périssent chaque année plusieurs pèlerins de la grande caravane.
La chaleur est extrême ; nous garnissons nos chapeaux de feuilles, Bétùni plante sur sa tête une forêt de saules, Habib disparaît dans la ramée. Antonio'se perd sous une triple couronne de liane.s.
Nous traversons quelques monticules d’argile, puis la plaine sans bornes qui s’étend du Jourdain
guilcal.
à Jéricho. Elle est grise, deserte ; des br3s, et elle deviendrait admirable de fertilité ; les champs de blé et d’orge qui croissent à une lieue de Jéricho, en témoignent.
GuUgal devait être dans cette plaine, sur la route que nous suivons. GuUgal, le premier campement des Israélites après le passage du fleuve, la première localité où ils trouvèrent du blé, celle où la manne cessa ’ .
Là Saül fut sacré roi, et là il commit un de ces péchés dont je parlais l’antre jour ; petit péché aux yeux de ceux qui ne regardent qu’à la superficie, grand péché aux yeux de Celui qui pénètre les cœurs. — Samuel ordonne à Saül de l’attendre sept jours à Guilgal ; ce temps écoulé le prophète reviendra, il offrira des holocaustes; Dieu bénira les armes de Saül. Saül attend sept jours, le prophète larde, le peuple s’écarte de Saül, et Saül ose sacrifier lui-même: rébellion par défiance, un des crimes que l’Éternel pardonne le moins. Samuel paraît, le roi se hâte à sa rencontre. « — Qu’as-tu fait?...
— Parce que je voyais que le peuple s’écartait d’avec moi, et que tu ne venais point au jour assigné, et que les Philistins étaient assemblées à Mic- »nas, j’ai dit: Les Philistins descendront maintenant contre nous à Guilgal , et je n’ai point supplié l’Éter-
' Joüué, V.