JERICHO
nel; et après m’être retenu ([uelque temps, j’ai enfin offert l’holocauste.
— Tu as agi follement, en ce que tu n’as point gardé le commandement que l’Éternel ton Dieu
t’avait ordonné maintenant ton règne ne sera
point affermi : l’Éternel s’est cherché un homme selon son cœur'. »
La caravane suit le lit d’un ruisseau maintenant tari, planté d’arbrisseaux parmi lesquels se trouve le Nùgùb, l’arbre à fruits ronds de Ouadi Feyrnn.
Nous voici dans Jéricho. — A notre gauche, une vieille tour que la tradition n’a pas manqué de nommer Mauon de Zachée, quelques lentes noires remplies d’Arabes et d’armes liées en faisceaux, quelques masures bâties de pierres anciennement taillées, s’élèvent au milieu des champs verts, des champs dorés, des aires couvertes de javelles, des figuiers et des Nùgùbs : c’est là Jéricho, la ville qui comptait cinquante stades de tour, et que remplissaient les théâtres, les cirques, les palais!
La plaine, qui pourrait devenir une autre Égypte si l’on prenait pour l’arroser les eaux de son Nil : le Jourdain; la plaine est malsaine; les champs sont cultivés par les Bédouins des montagnes ; ils descendent pour ensemencer et pour réeolter, ils donnent aux quelques familles qui habitent Jéricho
‘ 1 Samuel , Xllt.
LA FONTAINE d’ÉLISÉE,
un quart du produit, un autre quart au gouvernement, et gardent la moitié qui reste. On a attribué ce fait de la culture par les Bédouins à l’extrême paresse des gens du pays ; mais il n’y a peut-être pas vingt hommes valides dans les masures qui se groupent au pied de la tour. Et puis ce qui se passe à Jéricho, n’est que ce qui se passe dans les raaremmes romaines. Là comme ici , les gens de la montagne viennent semer et recueillir ; mêmes conditions, même procédé.
Une demi-lieue plus haut, nous rencontrons un ruisseau limpide, qui se perd sous un fourré de grands arbres, de hautes plantes, de joncs et d’arbustes. Nous venons camper près de la source : la fontaine dont Élisée adoucit les eaux amères. —
« La demeure de cette ville est bonne comme mon Seigneur voit; mais les eaux en sont mauvaises; et la terre en est stérile*. » — Élisée les purifia mira- » culeusement en y jetant du sel.
Sur la colline s'étagent des ruines évidemment fort anciennes. Les restes d'un aqueduc traversent la vallée*. On pense généralement qu’ici se trouve le véritable emplacement de Jéricho.
‘ 3 Rois, II.
* Cet aqueduc portait ses eaux à un mouiin dont on voit ies murs sur la hauteur. Ce moulin , qui se nomme encore aujourd'hui moulin des Cannes, a fait penser qu’autrcfois, au temps des Arabes, la canne à sucre était cultivée dans la vallée du Jourdain. Ce pourrait bien être le roseau mielleux dont parlaient les pèlerins, qui y voyaient le miel découlant du pai/s.
:»0CVEN1RS BIBLIQUES. i95
Comme Josué sort devant Jéricho, — les Israélites venaient décamper à Guilgal — un homme se présente debout près de lui, son épée nue dans la main : « — Es-tu des nôtres, ou de nos ennemis ?
— Je suis le chef de l’armée de l’Éternel. »
Josué se jette sur le visage.
« — Regarde, j’ai livré entre tes mains Jéricho et son roi, et ses hommes forts et vaillants »
L’armée fait sept fois le tour de la ville; au septième, les sacrificateurs sonnent le cor en long... les murs s’écroulent. « Par la foi les murs de Jéricho tombèrent,.... par la foi Rahab, rhôtelièrene périt point avec les incrédules... »
Par la foi aussi, les deux aveugles qui criaient assis au bord du chemin : < Jésus, fils de David , aye pitié de nous *, » recouvrèrent la vue.
C’est encore par la foi que ce pauvre petit Zachée, qui était monté sur un Sycomore pour mieux voir le Seigneur, de péager, d’homme de mauvais renom qu’il était, devint un racheté de Christ ’. 11 n’y a plus de Sycomores à Jéricho.
« Maudit sera devant l’Éternel , l’homme qui se mettra à rebâtir cette ville de Jéricho. Il la fondera sur son premier-né, et il mettra ses portes sur le plus jeune de ses enfants*. » Hiel de Béthel, qui reconstruisit la ville condamnée, la fonda sur Abiram
‘Josué, V, VI.— •Matthieu, XX. — » Luc, XIX. — ‘Josué VI, 26.
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son ainé, et posa les portes sur Ségub son pniné
Plus tard , obéissant à la parole du prophète Hoded, Samarie qui s’était levée contre Juda et qui emmenait ses frères prisonniers, « les couvrit de vêtements, leur rendit le butin, et les reconduisit à Jéricho *. »
Jésus a passé sur la route que nous venons de parcourir. Il y a passé après son baptême. Il y a passé au retour de sa prédication du Jourdain , lorsque, marchant devant ses disciples, il prenait à part les douze et leur annonçait qu’il fallait qu’il souffrit beaucoup
Saisissant contraste que celui des paisibles visites du Seigneur à Jéricho , avec la mort horrible d’Hérode; d’Hérode en proie aux furies, d’Hérode qui veut marquer son dernier soupir par le massacre des milliers de Juifs renfermés dans l’hippodrome.
Élisée suivait ce sentier avec Élie, alors que les fils des prophètes sortant de Jéricho , lui criaient : « Ne sais- tu pas bien que l’Éternel va enlever aujourd’hui ton maître d’avec toi? » — «Je le sais bien aussi; taisez-vous *. » — Dieu nous garde de ces malencontreux amis, qui, lorsque notre cœur est plein de tristesse, lorsque la prévision d’un grand malheur l’accable, viennent nous exprimer avec des mots, ce qu’à peine nous osions effleurer de la pensée.
1 Hois, XVl^ ‘Chroniques, XXVIIl.— 3 X. — * 2 Rois, II.