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LES ANGLAIS ET LA LOI DU TALION

men prend son fusil, l’arme, et ajuste le Scheik.

a — Do you not let go? Sir! — » dit froidement l’autre.

— No. —

Le drogman accourt « — Monsieur, que faites-vous? prenez garde! ne plaisantons pas avec ces gens-lù!

Le gentleman baisse, relève son arme, enjoue trois fois le Scheik qui ne se rend pas bien compte delà manœuvre, mais qui, la trouvant au moins étrange, finit par descendre.

— Est-ce qu’ils sont fous ces Caavaja ?

Le drogman s’adresse au gentleman ; il demande une explication.

— J’essayais mon fusil; voilà tout.

La nuit se passe. Le lendemain, comme la caravane arrive à Béthanie : « — Voulez-vous savoir, s’écrie tout à coup le gentleman, voulez-vous savoir pourquoi, hier, j’ai couché en joue le Scheik? — et il raconte son histoire.

— Mais Monsieur, si un Bédouin de Jéricho a tiré, ce n’est pas la faute du Scheik.

— N’importe, il est responsable! D’ailleurs,

un de ses Arabes avait disparu.

— Monsieur, il était allé chercher du lait.

— N’importe! le Scheik, i/ été responsabel. »

Le Scheik a eu beaucoup de peine à comprendre, et l’étendue de sa responsabilité, et celte application à la seconde puissance de la loi du talion.

L£ soin AU Bono DE LA FONTAINE d'ÉLISÉE. S99

On avait, hier au soir, dressé notre table sous le Nùgùb, au bord du ruisseau. Les étoiles sortaient une à une du ciel, l’eau courait claire sous les cailloux, là fraîcheur se répandait dans l’air, les lucioles voltigeaient autour de nous.

Nos Bédouins ont allumé de grands feux sous la feuillée, les hurlements de vingt chakals ont tout à coup éclaté sur l’autre rive. Antonio, Bétùni, la caravane entière s’est écriée, les chakals ont fait silence ; on a, quelque temps encore, entendu l’étrille d'Abdallah — le Noir de Bétùni — se promener sur le dos de Zosi — mon cheval — et de ses compagnons, en faisant gaiement sonner sa garniture d'anneaux de cuivre; et puis, l’étrille elle-même s’est tue, et le rossignol seul a chanté. — Il a chanté toute la nuit. Oh! qui dira le charme de ces belles nuits sous la tente, avec le vent frais qui l’agite, avec le bruit si doux de l’eau qui glisse à côté, avec le frôlement des feuilles, le reflet des feux ; et, quand il n’y a ni feuilles, ni eau, ni les notes tour à tour plaintives et brillantes du rossignol; le ciel au moins, toujours le ciel, et toujours la terre, sur laquelle on dort si bien !...

On nous réveille à une heure et demie; nous partons à trois. Le croissant de la lune est si brillant qu’il éteint les étoiles; il monte à l’Orient, elles se réfugient à l’Occident où elles étincellent; la grande ourse se jette |a tête la première derrière

sou LA UONTAGMi UE LA QUARANTAINE.

les montagnes; une bande claire s’étend le long de la chaîne de Moab; à mesure que vient l’aube, l’arc de lu lune blanchit jusqu’à ce que la rouge aurore lui donne la transparence d’un nuage qui flotte dans le ciel.

Nous laissons derrière nous la montagne de la Quarantaine, toute percée de cavernes que la main de l’homme a régularisées, et que les solitaires habitaient au cinquième siècle. La tradition fixe là le lieu du jeûne de notre Sauveur. Le désert où il passa quarante jours doit se trouver entre le Jourdain et Jérusalem. Est-il ici? n’est-il point dans les solitudes désolées des monts de Saint-Saba? Nous penchons vers celte dernière hypothèse. La chaîne de Saint-Saba mérite mieux que celle-ci le nom de désert. Du côté do Jéricho, les grandes déchirures des premiers contre-forts une fois franchies, les pentes se font plus douces, les croupes plus larges, les cimes plus arrondies; une herbe fluette croît partout; elle est verte en hiver, et la tribu des Samanehs — c’est le nom des Bédouins qui nous accompagnent, — y mène paître ses troupeaux, qu’elle fait remonter en Été dans les pâturages qui avoisinent Jérusalem. Une épaisse couche de terre revêt ces montagnes; les blés qui mûrissent trois lieues plus haut ne sortent pas d’un sol plus gras. Il ne manque à ce pays qu’une population et de l’eau. De l’eau... il y en a dans les citernes; il y en avait ail-

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