‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 122 sur 199 · BÉTHANIE · texte numérisé non relu

BÉTHANIE

leurs autrefois, car pendant plus de deux heures nous suivons les restes d’un aqueduc.

Bientôt nous rencontrons des troupeaux : troupeaux de chamelles et de chamclets sur les crêtes des montagnes, troupeaux de moutons à queue phénoménale dans les replis du terrain, troupeaux de chèvres et de biquets sur les pentes : les mères à part, les chevreaux à part, d’une façon toute soâaliste.

Lorsque le Seigneur se rendit pour la dernière fois de Jéricho à Jérusalem pour y être reçu en roi, quelques jours après, cruciüé, il montait par ce chemin. Il montait à pied, la foule se pressait sur ses pas, les disciples le suivaient étonnés, craintifs, sachant que quelque chose de solennel et de terrible allait se passer.

La forteresse de montagnes au milieu de laquelle siège la ville sainte, se dresse devant nous. Notre caravane la gravit par un sentier raide. Près de la dernière cime, sur le revers du mont des Olives, doit se trouver Béthanie : on ne la découvre qu’en y arrivant. Béthanie se cache au fond d’un repli. Quelques maisons modestes que dominent deux tours ruinées, un ancien couvent fortilié, la maison ou plutôt le château do Lazare, — suivant la tradition— se groupent au milieu des oliviers et des grenadiers.

La situation parle au cœur. Tout y est paisible.

RKTHAME.

abrité. C’est bien là que nous aimons à placer les plus doux souvenirs de l’Évangile; c’est bien là, sous ces vergers, dans ce petit coin vert, que le Seigneur se reposait; c’est bien là, dans quelques pauvres maisons pareilles à celles que nous voyons : grises, avec un escalier en dehors et une terrasse que caressent les branches des amandiers. Là, il goûtait les plus pures joies des hommes, le bonheur par lequel ils touchent au ciel. 11 entrait chez Lazare, et Marthe affairée disposait tout pour recevoir le Seigneur, et Marie s’asseyait à ses pieds pour l’écouter mieux. Il entrait chez le lépreux Simon, et Simon lui faisait fête; on dressait la table, Lazare s’y asseyait, Marthe servait, et Marie venait répandre sur la tête, sur les pieds du Maître, du Seigneur, du frère, le précieux parfum de nard pur*. Ici le Seigneur était plus homme qu’ailleurs. Ici, oh! oui; devant cet humble village, nous voyons le lils de Dieu descendre des lointaines hauteurs où notre indifférence le relègue; Il entre chez nous, Il vient s’y délasser: nous sentons pour Lui des mouvements que nous n’avions jamais épi ouvé.

Un jour, Jésus passe sous les vergers, 11 s’approche du village: Marthe va seule au-devant de Lui,

^ Je ne sais pourquoi l’on confond Marie avec la femme pécheresse, dont un trait pareil nous est raconté par saint Luc. C’est dans la ville de Nain, chez un pharisien nommé Simon comme le lépreux, que la pécheresse de saint Luc a dû oindre les pieds du Seigneur d’une huile odoriférante, les baigner de ses larmes et les essuyer de scs cheveux.

HÉTHAMB.

elle est triste.. Il y a presque une semaine que Marthe et Marie ont envoyé dire au Seigneur : Celui que tu aimes est malade! Mais le Seigneur n’est pas venu, et pourtant il aimait Marthe, et sa sœur et Lazare. Or, Lazare est mort, et on l’a mis au sépulcre.

Marthe ne prononce que ces mots : « Seigneur, si tu eusses été ici, mon frère ne serait pas mort; mais je sais que maintenant même, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.

— Ton frère ressuscitera!

— Je sais qu’il ressuscitera en la résurrectfon, an dernier jour.

— Je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; quiconque vit et croit en moi ne mourra point pour toujours!... Crois-tu cela?...

— Oui, Seigneur! Je sais que tu es le Christ, le fils de Dieu, qui devait venir au monde! »

Elle court chercher Marie : « Le Maître est ici, il l’appelle. » Marie se lève; les Juifs qui la con.solaient pensent qu’elle retourne au sépulcre, ils la suivent ; elle se jette aux pieds de Jésus.

Quand Jésus la vit pleurer, il frémit en lui-même: « — Où l’avez-vous mis?

« — Seigneur, viens et vois’ ! »

' Jfean XI.

B^.THANIE.

Et Jésus pleura! — Oli! larmes de Jésus, sur combien de cœurs n’êtes-vous pas tombées comme une rosée bénie! Les consolations des amis nous froissaient, mais les larmes de Jésus! elles nous ont dit tout ce que nous voulons savoir: homme de douleur, sachant ce que c’est que la langueur.

Les Arabes appellent encore aujourd’hui ce village, village de Lazare. On nous montre son tombeau; nous n’y échappons pas. Une voûte creusée dans le roc aboutit à un terre-plein; là se trouve une espèce d’autel. Lazare — dit la tradition — s’assit sur ce bloc pendant qu’ou le dépouillait du linceul. Les chrétiens et les musulmans viennent lorsqu’ils sont malades, s’y étendre une nuit dans l’espoir d’y recouvrer la santé ; profondément séparés quand il s’agit de croyance, unis quand il s’agit de superstition. Ce phénomène n’est pas si surprenant qu’il semble; le cœur naturel ne bat- il pas sous le Croissant comme sous la Croix?

Quelques marches nous conduisent à un caveau situé plus bas : c’est le tombeau proprement dit.

La condition, de Lazare parait avoir été médiocre; les soins auxquels se livrait Marthe, ces paroles : « ne considères-tu pas que ma sœur me laisse servir toute seule', » l’humble altitude qu’elle prend

< Luc X, kO.

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