‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 123 sur 199 · BÉTHANIE · texte numérisé non relu

BÉTHANIE

cliez Simon le lépreux, « et Marthe servait', » tout le donne à croire. Le tombeau qu’on attribue à Lazare, ne peut être, si c’est un tombeau, que le sépulcre d’un homme opulent; il suppose des frais de construction • qu'un riche seul se permet. La définition que nous en donne l’Évangile s’appliquerait mal d’ailleurs au caveau dont nous sortons. Le tombeau de Lazare était une grotte et non pas une cave. « On avait mis une pierre dessus. » il n’y a pas moyen de mettre une pierre sur le caveau, qui a dû se fermer par une porte dont on voit encore les rainures : « Lazare, sors dehors. » Et le mort sortit, ayant les mains et les pieds liés de bandes, et le visage enveloppé d’un linge. Jésus leur dit : « Déliez- le, et le laissez aller*. » Il aurait été matériellement impossible à un homme lié de bandes, le visage enveloppé d’un linge, de monter les trente ou quarante marches que nous venons de gravir.

Laissons la tradition, et suivons ce sentier, qui va franchir la croupe du mont des Olives. Le village de Lazare disparait sous les bosquets. — N’y a-til pas quelque chose d’humain et de profondément tendre, dans ce fait, que Jésus ramène ses disciples à Béthanie pour les rendre témoins de son ascension : que c’est de là qu’il veut se séparer d’eux, quitter la terre, comme pour réunir sous un seul regard ce qu’il y a possédé de plus cher?

'Jean XII, 2. — * Ibid, XI.

BETHPHAGB.

A notre gauche s’ouvre un vallon tout vert d’amandiers, d’abricotiers et de grenadiers. Je ne sais, mais nous aimons à nous représenter là, couronnant celte petite vallée, tourné vers la chaîne de montagnes qui s’abaisse jusqu’à la plaine de Jéricho, ce Bethphagé, dont le nom est presque toujoiirs uni à celui de Béthanie. Peut-être est-ce un figuier pareil à ceux-ci, admirable de feuillage, exubérant de sève, qui sécha sous la malédiction du Seigneur’.

Dés que nos pieds touchent le sommet du mont des Olives, la gloire de Jérusalem éclate dans sa splendeur. Nous descendons le regard fixé sur cette cité reine. A mesure que nous nous abaissons elle se rétrécit, jusqu'au moment où l’on n’ajjerçoit plus que la mosquée d’Omar et les murs crénelés. Ce que nous voyons d’en haut, c’est la promesse; ce que nous voyons d’en bas, c’est la condamnation.

Les lettres que nous recevrons demain décideront de notre excursion à Damas.

Lundi matin , 1" mai 1848. — Point de courrier hier, point aujourd’hui, et il faut partir. Que nous nous rendions diiectement à Beyrouth pour nous embarquer le 16, que nous y allions par Damas pour nous embarquer le 26, il ne nous est pas permis de perdre un jour. Quelle perplexité ! Le Seigneur nous montrera notre chemin.

* Marc XI, 13, 14.

H. GOBAT, iviQUB PROTESTANT RB lÉRUSALEH. 307

Si nous nous embarquons I ’ 26 , nous voyons Damas, Balbec, les cèdres du Liban, notre voyage de Syrie est complet. Si nous nous mettons en mer le 16, nous manquons tout cela, notre voyage est mutilé... et nous ne reviendrons pas.

Nos chevaux et nous, l’ont risqué belle : le Pacha partait pour JalTa ce matin, on a fait main basse sur tous les quadrupèdes; il a fallu l’intervention du consulat pour sauver nos bêtes, retenues et payées d’avance.

Nous prenons congé de M. et M™* Jorelle. Indépendamment de tout le reste, ils ont à un haut degré cette amabilité que donne une parfaite simplicité de manières et une parfaite droiture de cœur.

11 faut nous séparer aussi de nos amis M. et M“® Gobât. Vraiment les rachetés du Sauveur sont frères et sœurs; je n’avais jamais vu M“* Gobât, eh bien je n’ai pu la quitter sans une vive émotion ; on sent en elle une de ces âmes fidèles au Maître, qui le suivent dans la crainte en même temps que dans l’amour. L’affection n’est pas le seul mouvement qu’on éprouve en présence de M. et M““ Gobât, il s’y joint un profond respect : tous deux ont souffert, souffert beaucoup pour l’amour du Seigneur. M. Gobât est allé deux fois en Abyssinie , une fois célibataire, l’autre fois marié; il y a toujours confessé son Maître dans la maladie et dans les privations. Voici quelques épisodes de son premier sé-

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