LA VALLÉE DE SICUEH
trée; elle est encore belle au travers. Ce matin le soleil qui se lève, détache pour ainsi dire les unes des autres, toutes les nuances de ces profondeurs de verdure. La teinte bleuâtre du micocoulier, le vert pourpré du grenadier, la couleur franche et vive du mûrier, le vert foncé des noyers, la vigne jetée par-dessus en épaisses guirlandes ont des effets d’une indicible splendeur.
Vingt grands gaillards enveloppés de couvertures se rassemblent autour de nous, ils se cachent la figure pour ne pas laisser voir leurs joues rebondies, et tendent la main sous prétexte de misère. Mon mari leur donne une petite somme à partager entre eux tous; iis acceptent, s’en vont, et cinq minutes après reviennent chacun isolément, présenter de nouvelles requêtes. Faute de mieux, ils nous volent nos piquets.
Nous continuons à suivre la vallée; tantôt des forêts d’oliviers dont le vent argente les feuilles et sous lesquels miroitent les blés, descendent les montagnes et se répandent au fond des plaines; tantôt des flguiers au tronc séculaire tordent leurs fortes branches, étalent leurs feuilles vigoureuses sur les orges qui mûrissent. L'eau murmure partout, elle pleure le long de cet aqueduc dont les arceaux traversent la vallée, couvert de plantes parasites qui rompent la régularité de ses lignes; elle se répand au pied de ces grenadiers , elle court sous ces hautes