‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 142 sur 199 · LE SOMMET DU TIUBOR · texte numérisé non relu

LE SOMMET DU TIUBOR

sommet. L’Évangile nous dit que Jésus mena ses disciples sur une haute montagne , qu’il leur apparut resplendissant de lumière entre Élie et Moïse. Six jours avant, Jésus était dans le territoire de Césarée de Philippe’; après le miracle, il se rend dans la Galilée, à Capernaüm*; la haute montagne devait donc, il me semble, se trouver entre Césarée de Philippe et Capernaüm, prohahlement vers Banias.

Les dix mille hommes de Nephthali et de Zabulon que Débora fit marcher contre Sisera au torrent de Kiscon, se rassemblèrent sur le Thabor.

Après nous être longtemps promenés dans les bosquets qui couvrent la montagne, après nous être longtemps couchés dans l’herbe sous les grands chênes, après avoir cueilli des gerbes de chèvrefeuille à la senteur éthérée, de passeroses, d’iris bleus, nous redescendons, et Je viens écrire au pied d’un olivier, un peu au-dessus de notre cam- |)eraent; mon mari lit près de moi, de gaies rumeurs montent du village : rires d’enfants, clochettes des troupeaux, voix des mères qui rappellent les bergers, chanson arabe du laboureur qui rentre.

Sauf quelques bandes à la lisière et quelques jachères au milieu, la plaine est entièrement cultivée; elle nourrirait facilement une population décuple

‘ Msuhieu XVI. — • Marc IX 30, 33 ; Matthieu XVII, 22, 24. ni. 23

FKKTILITÉ DE LA SYKIB.

qui viendrait lui apporter la puissance fertilisante dé ses soins.

On a (lit que l’étonnante variété de chardons qui croit en Judée témoigne de sa stérilité; l’observation n’est pas juste. Le chardon , — et nous en voyons aujourd’hui de prodigieux par la dimension des feuilles» par l’élévation de la lige, par l’éclat dos fleurs, — le chardon, cousin germain de l’artichaut, ne vient que dans les bonnes terres. Du reste, tout le monde s’accorde à reconnaître que, depuis quinze ans, la face du pays a changé. Jafla, dont les abords étaient inféconds comme le désert, se perd à cette heure sous une forêt d’orangers qui remplissent de leurs pommes d’or les villes et les villages de la Judée. Beyrouth a doublé. Les cultures, par toute U Syrie, remontent de la vallée aux montagnes et descendent des montagnes à la plaine; on dirait les préparatifs d’une fête royale. Si c’était celle du Grand Roi revenant à la tête de son peuple !

Mais les cigognes se groupent sur les oliviers pour y passer la nuit. — A la tente ! demain il faut se lever avant, l’aube; la journée sera grande et belle.

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