‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 145 sur 199 · LE LAC DE GÉNÉZAEETH. 3S · texte numérisé non relu

LE LAC DE GÉNÉZAEETH. 3S

à faire le fond du tableau. Gebel Scheik avec sa base immense et bleue, son cône tronqué couvert de neige, domine l’amphithéâtre des montagnes qui s’arrondissent entre scs racines et le lac. Parfois un Bédouin à cheval, sa longue lance appuyée sur l’épaule, galope au travers des herbes ou suit lentement, en se dessinant sur l’horizon clair, la crête du plan qui s’incline vers le lac. Onol abandon, et quelle puissance de production! Deux Arabes: un homme dans la force de l’âge, avec son beau costume, sa grande barbe, ses traits purs; sa femme la tête ornée de bandelettes de pièces d’argent, la robe retenue à la taille et formant des plis droits qui s’allient merveilleusement avec le caractère noble et saint de la figure ; leur petit enfant, presque nu, beau comme tous les enfants de Palestine, sortent d’un champ qu’ils viennent de labourer; leurs outils, qu’ils chargent sur un âne, disent tout sur la légèreté du sol ; ce sont de petites pelles et de petites pioches, qui chez nous serviraient de jouet.

Nous arrivons à l’extrémité du dernier plateau. Voici le lac! le voici dans sa pureté, le voici dans sa solitude. Pour premier plan, une prairie qui descend vers les eaux avec ses épis d’orge, de folle avoine, ses scabieuses roses, ses ombellifères blanches et jaunes; très bas à nos pieds, le lac, bleu, calme, limpide comme une glace. Vis-à-vis, une rive

LE LAC DE GÉNézABETB.

étroite, basse, verte par place, le dentelle en formant des caps et des anses ; derrière se relève une côte rapide que sillonnnent des ravins, sa couleur dorée indique des prés dont les fleurs commencent à jaunir; une chaîne de montagnes à sommets allongés s’étend un peu aii-dessus; le grand Gebel Scheik — l’Hermon — pose ses larges assises sur la tête de ce dernier contre-fort. A notre gauche, vers l’ouest, une pente verte descend du plateau , s’avance dans le lac, et nous cache Magdalà ; cette pente laisse entre elle et le versant sur lequel nous sommes arrêtés , une fertile vallée qui va mourir dans les eaux. Voilà ce que nous voyons, et nous restons pensifs devant cette mer de Galilée où se sont presque entièrement écoulées les trois années du ministère de Jésus.

Capernaüm, dont il ne reste plus rien, c’est ce petit promontoire vert, en face de nous : le Capernaüm du centenier, le Capernaüm de Pierre, le Capernaüm du paralytique. Après Capernaüm, plus au nord, on place Chorazin. « Malheur à toi Chorazin! malheur à toi Bethsaida! * Après Chorazin, touours en marchant vers le nord, Bethsdidà; mais il y a deux Bethsaida, on ne sait où se trouve celle du Seigneur. Au fond du golfe, Magdala, la ville de cette Marie dont le Seigneur chassa sept démons, de cette Marie dont on a fait je ne sais pourquoi, le type des pécheresses repentantes, de celte Marie à

JkB LAC DB eéKÉZABEtti.

laquelle Jésus apparut le jour de sa résurrection.

Mais ces localités particulières qu’on ne saurait déterminer avec une parfaite exactitude, me touchent moins que l’ensemble du tableau, que ce lac si tranquille, que ces rives dont chacune redit un souvenir.

Où que je me tourne, sur quelque bord que j’arrête mes yeux, je trouve tnon Sauveur. Il marche le long de la mer, il appelle quatre pêcheurs; ces pêcheurs quittent leurs fdets, leur barque, leur vieux père, et vont après lui. Il cherohe avec quelques disciples un lieu solitaire, il monte par une de ces échancrures sur ce premier plateau de mon* tagnes, et la foule qui sait que le Maître est là, lui amène ses malades : tu les regardes, Seigneur, ttt dis un mot, ils sont guéris, ils sont sauvés. Puis, tu les fais asseoir sur celte pelouse, en face de la mer, tu fais approcher l’enfant qui porte cinq petits poissons, les milliers qui te suivent se rangent en longues bandes sur l’herbe, tu remercies ton Pèré de ce qu’il l’exauce toujours, et lu nourris la multitude : on remporte des corbeilles pleines. — .Si mon regard descend de ces montagnes sur ces belles eaux, je t’y rencontre encore. Seigneur! Tu es assis sur la barque de Pierre, là, dans cette zone paisible, huilée, et les troupes se pressent sur le rivage pour l'entendre. Tu es vêtu comme ces pêcheurs, comme ces laboureurs qui t’entourent, comme ceux

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qui passent près de nous; tu portes cette ample, cette simple robe qui depuis des siècles — rien ne change en Orient — a dû former le vêtement des gens de la campagne; tu as en face de toi ces champs verts que je vois d’ici, et tu récites la belle parabole du semeur.

Mais il fait nuit, le ciel est noir, le vent se dévale sur le lac par toutes les gorges, les eaux fouettées par ce courant qui vient des montagnes de Galilée, balayées par cet autre qui descend de l’Hcrmon, s’entre-choquent et se soulèvent. Une barque flotte à l’aventure, elle plonge, elle tourne, les vagues la recouvrent, les pêcheurs qui la montent, tout habitués qu’ils sont aux fureurs du lac, se regardent effrayés; un homme dort sur la proue. « — Maître, Maître, sauve-nous! nous périssons!...» Cet homme se lève, il tance les vents et la mer : les vents rentrent dans les montagnes, la mer s’abaisse, il se fait*un grand calme ; « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi?»

La mer est encore houleuse, les ténèbres ensevelissent encore les rives et le lac dans une même ombre, une barque vogue encore sur les flots; mais cette fois, personne ne sommeille, ceux qui la montent font effort contre l’ouragan; leur Maître, leur Seigneur, celui auquel les vents mêmes et la mer obéissent, leur Maître les a laissés. Et voici, sur la quatrième veille de la nuit, comme un fantôme

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