LES CROISÉS
tiens bronzés, déserteurs de l’armée d’Ibraliim, poussent leurs ânes vers ses portes désertes. Qu’il y avait plus de bruit autour de tes remparts, Ptolémaïs, alors que Richard, que Philippe, que Léopold d’Autriche t’étreignaient de leurs bras de fer, alors que Saladin, que Malek Adel te défendaient, qu’on proclamait les trêves, et qu’émirs et chevaliers portant la croix, joùtaient sous tes murailles! Querelles entre les rois chrétiens, hauts faits d’armes, foi, débordement de vices, luxe effréné chez les serviteurs du pauvre charpentier, simplicité noble chez les sectateurs du faux prophète, cruautés au nom de Jésus; on y rencontre tous les contrastes qui se heurtaient dans l’exécution de l’entreprise, comme ils se heurtaient dans son esprit.
Là, Richard et le conseil des chefs de l’armée font sortir le vendredi après l’Assomption, 2700 Sarrasins auxquels on tranche la tête. Avant l’arrivée des rois, alors que Guy de Lusignan assiège seul Ptolémaïs, Saladin fait décapiter, dans sa propre tente, le Grand Maître des templiers. Que de souffrances au sein de cette armée sans chef, sans discipline, où chaque nation ne relevait que d’elle, où bientôt la disette devint telle, que les intestins d’un cheval se vendaient dix sous d’or!
Ceci se passait en H89. Soixante ans plus tard, il y a encore une armée de croisés à Ptolémaïs ; pauvre armée, décimée, malade; elle arrive d’É-