‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 16 sur 199 · LE CAMPEMENT DE LA MER ROL'GE · texte numérisé non relu

LE CAMPEMENT DE LA MER ROL'GE

l’eau qui battait leurs genoux ; ils la faisaient jaiU lir sous leurs larges pieds, et n’y marchaient qu’avec une sorte de répugnance. Après avoir eu tant de sable sous les yeux, nous sommes heureux de les reposer sur ce bleu de saphir.

OÜADI FEYRAN.

Mercredi, 22 mars 1848. — Douze heures de marche ! Elles m’ont paru longues. Il fait une chaleur clouffante, le vent du midi souffle, nos pauvres chameaux ont des plaies qui exhalent une odeur infecte, la cérémonie de la salaison des nez, répétée hier en arrivant à la mer Rouge, n’a pas réussi.

Ce matin, après avoir traversé la plaine d’el Kalia, nous entrons dans le massif des montagnes du Sinaï par Ouadi Ilalal. Ouadi désolée s’il en fut, ravine de sable, parsemée comme la plaine d’elKaha, de blocs de granit tombés d’un grand pic qui se redresse à notre gauche derrière les entassements de grès. En voyant cet aspect , en relisant les paroles de la Bible, « Étant partis de la mer Rouge, ils campèrent dans le désert de Sin » je me sens invinciblement poussée à laisser l’opinion de liobin-

» Nombres, XXXOl. *

EL BOOBA.

son, qui fait de la plaine A’el Kaha située au bord de la mer, le désert de Sin.

Ces mots : « Étant partis de la mer Rouge • disent clairement que les Juifs, pour s’enfoncer dans le désert de Sin, quittèrent le bord de la mer. Le désert ne longeait donc pas le golfe; d’après l’Exode’, il était situé entre Élim et le Sinaï ; selon toute probabilité, dans l’intérieur du massif.

M. de Laborde le voit dans Ouadi Mokatteb, que nous trouvons beaucoup plus haut. Si j’osais avoir un avis en cette matière, je dirais que la gorge aride d’Omdi Ilalal, encaissée dans des grès de couleurs sombres, terminée par une masse de granit rouge foncé, doit être ce désert de Sin qui arrache du cœur d’Israël un cri de désespoir et de reproche. Je le comprends ici , ce cri ; et que de fois déjà je l’ai compris ! Que de fois j’ai sympathisé , tout en reconnaissant qu’ils étaient coupables, avec ces découragements et ces douleurs! Il faudrait ne pas sentir battre en soi le cœur naturel, ce cœur exigeant, incrédule, attaché de tout près au bonheur dans ce monde et par ce monde, pour accabler d’un blâme orgueilleux Israël qui se lamente au désert.

Après les deux heures de marche qui font le début de notre journée, nous gravissons à pied le pas

A’el Bùdrà, petit sentier qui nous amène sur les

* Exode XVI, 1.

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