LA TYR ANTIQUE
la têle de leurs caravanes. L’Égypte lui envoyait son fin lin travaillé en broderies, et elle s’en faisait des voiles; les îles de Kitlim lui envoyaient leur ivoire, et elle en faisait les baiirs de scs vaisseaux; Dan et Javan lui apportaient le fer et les roseaux aromatiques; les Arabes et les principaux de Kédar lui amenaient leurs moutons et leurs boucs; ceux de Séba les pierres précieuses et l’or; les facteurs de tous les pays la fournissaient de drap de pourpre, d’escarboucles, de caisses pour les vêtements précieux, de corail et d’agate. Mais tes matelots, 0 Tyr, t’ont amenée en de grosses eaux, le vent d’orient t’a brisée au cœur de la mer, et au jour de ta ruine, tes mariniers, tes pilotes, ceux qui réparaient tes brèches, tes gens de guerre, la multitude qui était au dedans de toi, qui te faisait riche, belle, et que tu nourrissais; celle multitude est tombée avec toi au cœur de la mer, et ceux qui sont restés ont jeté de la cendre sur leur tête, prononçant une complainte et faisant ouïr des lamentations. Parce que ton cœur s’est élevé, ô Tyr, et que lu as dit: « Je suis le Dieu fort, et je suis assise dans le siège de Dieu! » Tu as été jetée hors de la montagne de Dieu, tu as été détruite, car lu as perdu ta sagesse, à cause de ton éclat'.
Que d’autres Prophètes ne faudrait-il pas citer à
•Ëiécbiel, XXVU, XXVIU.
LA TVR antique.
propo.s (le Tyr! il n’y a pas une sentinelle qui no l’ait avertie que l’ennemi s’avançait.
Nous nous élevons sur un dernier cap de craie, il jette ses arceaux dans la mer, elle bondit contre eux et jaillit en fusée; comme nous le tournons, nous voyons la plage décrire un cirque immense, et vis-à-vis de nous, détachée en apparence de la terre ferme : Tyr, la Sur moderne. C’est là cette île dont parle la Bible, cette île qui faisait un avec l’antique cité: « Hurlez, ô navires de Tarscis, car elle est détruite, tellement qu’il n’y a plus de maisons et qu’on n’y viendra plus... Vous qui habitez dans l’ île, taisez-vous'.»
Où se trouve l’emplacement de la Tyr maudite? nul ne le sait. Les uns le mettent vis-à-vis de l’île; d’autres aux sources de Ras et Ain, un peu plus vers le midi, de notre côté par conséquent. Ces derniers s’appuient sur un passage de Diodore de Sicile, qui donne la distance et la position de Tyr à l’égard de l’île. Salmanazar l’a conquise, Nabuchodonosor l’a conquise, Alexandre l’a conquise, les Croisés l’ont prise, et les Vénitiens l’ont gardée jusqu’au bout. — Mais gare l’érudition , l’érudition des ignorants surtout, la pire espèce; celle qui a le souflle assez long pour marcher d’un air pédant au travers des souvenirs historiques, mais qui l’a trop court
< Êsale XXIII , 2.