‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 165 sur 199 · III · texte numérisé non relu

III

r.Es nÉSEiWüiRs.

(le sepl niüuliiis : cinq dans le village, deux aux bords de la mer. Les ruisseaux se répandent par le hameau; les chardonnerets aux ailes jaunes, aux casques rouges s’y baignent en y trempant le bec, en faisant couler les gouttes le long de leurs plumes dorées. A quelques pas de Ras el Ain : deux réservoirs encore et deux rivières.

Quel pays que ce pays de Canaan , que ce pays des Philistins: des montagnes cultivées ou cultivables jusqu’au sommet; des plaines qui ont été, qui seront quand on le voudra des jardins; des sources sortant de la terre à chaque pas!

Je ne sais si ce bord de la mer , avec les villes d’Ako', de Tyr et de Sidon, a jamais appartenu aux Israélites. Ils laissèrent vivre les habitants d’Ako’, qui devinrent leurs ennemis comme tous ceux qu’ils avaient épargnés en désobéissant à l’Éternel. Lors du dénombrement ordonné par David, Joab va bien jusqu'à Ti/r’, mais ce mot jusqu’à, semble indiquer que les villes et leur territoire n’étaient pas comprises dans l’opération.

Nous retrouvons la plage unie; l'île de Tyr et ga ville sortent des eaux, la digue en sort aussi, les sables qui s’y sont accumulés l’ont élargie, la finesse de la ligne s’est perdue, nous ne voyons plus qu’un isthme large el empâté.

* Ako, Saiiu-Jean-d’Acre.

* Juges I, 31. — *2 Samuel XXIV, 7.

SAIMT PALI,.

L’année dos croisés (|ui marchait sous Godefroy de Bouillon a passé par ces plaines. Mais il est un souvenir qui me touche plus: celui de saint Paul.

Saint Paul revenait de Macédoine, il se rendait à Jérusidem où il n’était pas retourné depuis sa conversion, où il lui tardait d’aller, lui, le persécuteur des chrétiens, confesser publiquement le nom de Christ. De ville en ville, le Saint-Esprit l’avertit que des tribulations et des liens l’attendent ; saint Paul marche toujours. Le vaisseau qui le porte avec saint Luc devait laisser sa charge à Tyr, l’apôtre et ses compagnons .s’y arrêtent sept jours; les chrétiens de Tyr le supplient de ne point monter à Jérusalem , mais Paul : « Que faites-vous en pleurant et en m’attendrissant le cœur? pour moi je suis tout prêt, non-seulement d’être lié, mais encore de mourir à Jérusalem , pour le nom du Seigneur Jésus- Christ. »

Je suis tout prêt; et moi, mon Dieu! Ah ! il est facile de tout oIVrir quand le Seigneur ne demande rien; mais quand l’heure est venue!

Les sept jours sont écoulés, le navire repart, les voyageurs sortent de la ville, les disciples, leurs femmes, leurs enfants les conduisent; ils arrivent sur la plage, sur celte plage de sable où nous marchons le long des vagues; ils se mettent à genoux, ils font la prière, ils s’embrassent, et Paul marche à la rencontre des persécutions.

4ül sm.

De ce cùlé la cité moderne est cachée; on ne voit que les vieux murs et deux fontaines. Une fois sur l’islhme, les minarets, les maisons blanches se détachent derrière les murailles; un bel arbre ombrage la porte unique par laquelle tout entre et tout sort.

A.U midi de l’isthme, désert; ce n’est plus le temps où les navires du roi Hiram allaient chercher les cèdres et les sapins du Liban pour les apporter à Salomon. Au nord, vie; douze à treize vaisseaux marchands flottent dans les eaux de Sûr, les drapeaux européens ondoient sur les vices - consulats , des ruisseaux coulent sur le sahle de sa plage, et ses femmes enveloppées de voiles éclatants, viennent y plonger leurs cruches.

Nous entrons dans la ville; elle ne remplit pas la moitié de son enceinte, et la moitié de ses maisons sont inhabitées, mais elle a du caractère : le caractère oriental le plus marqué; costumes la belle coupe, aux chaudes couleurs; têtes de femmes encadrées dans des voiles qui ne cachent que le front, que la bouche, et qui laissent deviner les nobles contours de la ligure ; bazars couverts de feuilles de palmier, gaies boutiques, jolis enfants aux cheveux bouclés qui nous crient Senàra, Senôra; et puis cette lumière, cette architecture, ces palmiers, cotte magnilicence de teintes, ces groupes qui toujours font tableau.

SlîR.

Il y a un autre caractère encore, celui de la destruction : grandes places vides, maisons abandonnées ou ruinées à demi , toutes bâties de ces pierres carrées qui s’entassent sur le rivage; colonucttcs élégantes servant d’appui à des croisées modernes, rues désertes jusqu’au moment ou le bruit de notre caravane fait entre-bâiller une porte qui laisse passer des visages d’enfants, quelque poétique figure de femme vêtue de la longue veste, de la Juppé flottante, du large pantalon avec les sequins ou les piastres brillant sur les cheveux noirs.

Des piles de maçonnerie dressées au milieu des eaux, quelques colonnes de granit couchées sur le rivage restent seuls du vieux port. La ville se baigne au nord dans la mer. Nous suivons extérieurement le mur au midi; là, désolation complète; la muraille déchirée laisse tomber ses débris dans un cimetière. Le chœur de la vieille cathédrale s’ouvre au vent, les coquillages s’attachent aux colonnes éternellement lavées par le flot ; des débris de marbre blanc brillent çà et là parmi les chardons, et la mer mugit et se lamente sur cette grande infortune.

Les femmes et les enfants s’accumulent sur l’isthme pour me voir dessiner. Il faut que j’aie l’air bien absorbée, car l’une de ces femmes demande à Antonio si je prie ; je lui explique en lui montrant mon esquisse , que ceci est une maison , cela un arbre, ceci la mer: « Masch Allah! Masdi Allah! —

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ZUSI.

Dieu puissant, Dieu puissant. — » Elle a dû être parfaitement belle : des dents éelatantes, un nez droit, de grands yeux noirs, des bras et des mains d’une forme exquise, couverts d’anneaux et de bracelets. Tout le corps est drapé dans le voile blanc, qui de la tète descend jusqu’aux pieds en dessinant largement la taille.

Nous galopons sur la plage au grand déplaisir de Zosi ; Zosi a peur de se mouiller les pieds, et Zosi s’oublie jusqu’à faire un écart, fl regarde venir la mer, de côté, en avançant les oreilles, puis quand le mur bleu se brise, qu’il glisse en bruyante écume, qu’il s’élargit sur le sable et court après Zosi, Zosi fuit de travers, secoue la tête, et poussé dans ses derniers retranchements, fait un saut de carpe.

Deux gazelles traversent le chemin devant nous-, nous n’en avons jamais vu de si prés; elles vont au petit trot, s’arrêtent dans un champ pour nous regarder et continuent. Antonio dit que la contrée- en est remplie; elles affectionnent le bord de la mer, où elles trempent leurs pattes dans l’eau et jouent sur le sable.

Nour traversons Nar el Kamirh pour venir camper sur la liauteur. La mer ferme notre horizon; ses grandes clameurs montent jusqu’ici. Dans la vallée, à nos pieds, la rivière toute bordée de lauriers roses en Heurs déroule ses replis, unie comme un miroir; on la perd et on la retrouve sous l’iierbe;

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