‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 167 sur 199 · SIDON · texte numérisé non relu

SIDON

Mardi, 10 mai 1848. Au bord de la rivière El Hamy. — Deux grosses averses aujourd’hui; mais, entre deux , un beau soleil. La mer bat les côtes avec violence, une vaste ligne d’écume couvre les brisants et la plage; après, une zone vert glauque, et puis, à l’horizon, une zone indigo; les moissons arrivent jusqu’aux Ilots , elles dorent un premier plan de montagnes basses, derrière lesquelles se montre la chaîne du Liban.

Des ruisseaux abondants courent à la mer sous les lauriers-roses ; les réservoirs antiques, un vieux château, quelques tours ruinées s’élèvent de loin en loin au milieu des blés ou sur les rochers du rivage. De grands troupeaux de vaches broutent le chaume; la vague qui se brise sur le bord leur jette quelques gouttes d’eau; les unes paissent tranquillement, les autres sont couchées et ruminent ; pâtres et troupeaux se profilent sur les horizons de la mer; la

SAHEPTA.

plage est couverte de décombres : tantôt des amas de grosses pierres carrées , tantôt des colonnes de granit. Trois gazelles qui reviennent de la plage traversent le sentier; elles bondissent, s’arrêtent pour nous voir, et, lorsque nous avons passé, retournent à la mer. Des crabes se traînent de travers sur le sable. C'est bien la grande nature laissée à ellemême, avec sa vie originale et ses aspects magnifiques.

A moitié chemin entre Tyr et Sidon, au-dessous du village de Sarfan , nous remarquons une assez grande accumulation de ruines; on fixe dans ce lieu l’emplacement de Sarepta. Élie, sur l’ordre de l’Éternel, y vint pendant les trois années de famine qu’il avait prédites au roi Âchab. 11 y vint du torrent de Kéritb, lorsque celui-ci fut tari. La pauvre veuve à laquelle Dieu l’envoyait, ramassait du buis à la porte de la ville : — « Apporte-moi un peu d’eau dans un vaisseau, et que je boive... » Elle y court; Élie la rappelle : « — Je t’en prie, prends en ta main une bouchée de pain pour moi. » Et la pauvre veuve, dans l’amertume de son cœur : « — L’Éternel est vivant que je n’ai aucun gâteau; je n’ai qu’une poignée de farine dans une cruche et un peu d’huile dans une fiole, et voici, j’amasse deux bûches, puis je m’en irai, et je l’apprêterai pour moi et mon fils, et nous le mangerons, et après cela nous mourrons ! »

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