SAIDA
tent un cachet tout oriental ; il n’y a rien de banal dans cette ville qui remonte à la Genèse
Nous débouchons sur le port. D’un côté, une jetée dont les arches que frappent les vagues, vont relier à la ville un château fort du temps des Croisades, assis au cœur de la mer avec ses tours et ses larges fondations; de l’autre, une ceinture de brisants noirs sur lesquels le flot exerce sa furie : il arrive puissant, rencontre le roc, jaillit, l’inonde, retombe avec le bruit d’une détonation, puis court en blanche écume le long du château , sous les arches , et vient ramener à la plage les débris qu’elle a jetés à la mer.
Les rues couvertes, étroites, arrivent perpendiculairement an port. Les habitants ont ces belles figures, ce beau costume qui nous donnent l’illusion de voyager au travers d’une galerie de tableaux des grands maîtres coloristes.
Josué traversant la chaîne du Liban, ce premier plan de montagnes et cette riche vallée, battit jusqu’à Sidon les rois qui s’étaient assemblés contre lui aux eaux de Mérom; « il les poursuivit jusqu’à Sidon la grande *. » Jèsabel en apporta le culte de Bahal à Saroarie; mais bien avant elle, du temps des Juges, les enfants d’Israël avaient servi les dieux de Sidon : « Ils recommencèrent à faire ce qui déplaît à l’É-
* Genèse X, 19. — >Josuc, \1.
LA SYROPIIBMCIËNME.
ternel, et servirent les Bahalins et Ilastaroth, savoir les dieux de Syrie, les dieux de Sidon, les dieux de Moab, les dieux des enfants de llammon et les dieux des Philistins, et ils abandonnèrent l’Éternel et ne le servaient plus'. »
Dans les quartiers de Tyr et de Sidon, peut-être sur cette plage où nous galopions ce matin , on voyait, il y a dix-huit cents ans, passer un homme : un sage, disaient les uns; un prophète, se hasardaient à dire les autres; le fils de Dieu, s'était un jour écrié Pierre. Il marchait, suivi de ses disciples, et derrière lui une pauvre femme se hâtait, étendant les mains, répétant incessamment la même prière.
« — llenvoie-la, car elle crie après nous!...
Le Seigneur se retourne : — Je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël !...
Mais elle se rapproche, elle l’adore : — Seigneur, assiste-moi !...
— II ne convient pas de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens...
— Cela est vrai. Seigneur!... » — Cela est vrai! Oh douceur, humilité! Cela est vrai, repousse-moi, je ne m’en retournerai pas moins vers loi; refusemoi, je ne m’en attendrai pas moins à toi.
« — Cela est vrai. Seigneur! Cependant les petits
‘ Juges X, 6.
LA SYnOPHKNir.lF.NNE.
chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
— Oh! femme, ta foi est grande! » et Celui
qui dit : ta foi est grande, c'est Celui qui a déclaré petite, la foi de Pierre marchant sur les eaux ! « — Ta foi est grande, qu’il te soit fait comme tu le souhaites' ! »
Le Seigneur se rappelait peut-être la Syrophénicienne, lorsqu’il disait, à propos de Chorazin et de Bethsaïda : « Si les miracles qui ont été faits au milieu de vous eussent été faits à Tyr et à Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties en prenant le sac et la cendre; c’est pourquoi je vous dis que Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement au jour du jugement que vous*. »
Nous retrouvons encore ici saint Paul. Cette fois, il revient de Jérusalem; les prophéties d’Agabus se sont accomplies; il en revient lié, livré aux Gentils*. On le transporte à Rome, car il doit être présenté à César. Le Seigneur l’éprouvera par la tempête, par le naufrage; Paul confessera le nom de Jésus devant les matelots, devant les soldats romains, devant les barbares de l’île de Malte, avant de le confesser dans la ville de Néron. En attendant, le navire s arrête à Sidon, et Jules le centenier, celui qui sauva la vie de Paul au moment du naufrage,
* Matthieu , XV. — • Ibid XI. — • Actes, XXI.
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(jiuind la cohorto proposait de tuer les prisonniers de peur qu’ils ne prissent la fuite; Jules, traitant hiiniaineinent Paul, lui permet d aller vers ses amis Sidoniens, afin qu’ils aient soin de lui\
Les prophéties contre Sidon sont presque partout unies aux prophéties contre Tjt. Les débris d’une prodigieuse prospérité qui couvrent les côtes, disent assez leur accomplissement.
Un dernier et touchant souvenir. Saint Louis qui fortifia Sidon , j apprit la mort de sa mère, la reine Blanche, régente de France, et régente aussi de ses volontés et de ses alfections. Ce fut un coup terrible, reçu comme fous les autres sur le bouclier de la foi. Le roi se met à genoux dans sa chapelle : son arsenal contre toutes les traverses du monde, dit Geolfroy de Beaulieu; il se soumet, s’humilie, et donne gloire au Seigneur.
Nous campons ce soir vis-à-vis de Sidon, au bord de la rivière d’el Hamy; elle coule paisiblement entre deux plantations de mûriers qui se mirent dans ses eaux. La mer mugit à son embouchure, nous en entendons les clameurs ; ici , tout est calme, riant, un beau figuier étend jusqu’à terre ses brandies, la pluie a rendu les montagnes plus vertes. Demain, s’il plaît à Dieu, nous entrerons dans le Liban, et peut-être...
' Actes, xxvu.
KL HAMV.
Plus tard. — Mon iiiaii avait envoyé du Carmel un exprès à Beyrouth, il nous rejoint ici; nous sommes navrés, Dieu a complètement appesanti sa main sur notre famille bien-aimée; l’épreuve à laquelle nous ne pouvions pas croire est consommée , et notis ne pouvons pas y croire. Quelle douleur, que d’avoir entre nos parents et nous cette grande mer! Mon Dieu, que tes dispensations sont mystérieuses, et qu’on a besoin de se réfugier contre les murmures dans une adoration absolue ! Les douleurs des nôtres nous déchirent; nous pleurons de notre propre douleur, nous n’avons plus qu’une pensée, arriver. — Partis avec larmes, revenus avec larmes. Et pourtant, que de grâces! mon Dieu, irais Je te guerroyer de tes dons ?
Mon âme se perd quand je vois les peines les plus amères fondre sur les âmes les mieux sanctifiées; cela m’étonne et cela me fait peur. — Mais Celui qui demande, donne; celui qui ôte, rendra. Oui Seigneur, tu rendras! tu rendras ceux que t’ont remis tant de fois des prières ardentes. Quant au reste, Seigneur, fais de nous ce que tu voudras.
Il me semble que de tous les bouts de la terre, devrait s’élever un immense: « Que ton règne vienne!... » il me semble que le cœur du Seigneur s’émouvrait au dedans de Lui, il me semble qu’il viendrait. —