BEYROUTH
Dimanche, W mai 1848. - - Mon nl.^ri s’ost rendit ee malin à la chapelle américaine. Leculle des missionnaires ressemble bien plus au notre que celui de l’église anglicane; il se compose de la Iccliire do la nible, de prières improvisées, du chant des cantiques et d’une explication de la Parole de Dieu.
Il a plu presque tout le jour; nos regards seuls se sont promenés; sur la mer, où passaient à toutes voiles un brick cl de grosses barques marchandes; sur la terre, dans ce fouillis de verdure entremêlé de maisons blanches; le long des pentes du Liban, qui cachait sa tôle dans les nuages.
Nous avons eu quelques visites intéressantes.
La ])opulation de la Montagne — et la Montagne s’étend de Sidon à Tripoli — n’excède pas 19.3,000 âmes. On se l’est fort exagérée en France; des recensements nombreux ont toujours amené ce ebiftre; il ne nous étonne pas; les cultures vont partout,
Digiti by Gr‘- i
LKS HAHOMTfcS ET LES DAUSES.
mais les villages qui couvrent le penchant occidental, sont très rares à l’intérieur.
Le Liban se divise en deux portions : la partie purement chrétienne, et la partie mixte.
La partie chrétienne, gouvernée par un Caimakan chrétien, par des Mokatagis ou chefs de districts chrétiens, embrasse le territoire compris entre lai rivière du Chien, — située à deux lieues au nord de Beyrouth — et Tripoli. La partie mixte, gouvernée par un Caïmakan druse et par des Mokatagis druses, embrasse le midi de la montagne, à partir de la rivière du Chien jusqu’à Sidon. La partie chrétienne est de beaucoup la plus considérable ; le Liban contient de 100 à 130,000 chrétiens. Les Caïinakans nomment les Mokatagis. Il y a dix, vingt Mokatagis par district; il y en a autant que le Mokalagi principal possède de frères, d’oncles et de cousins. Ce luxe de Scheiks n’entraîne pas de grands inconvénients dans la partie chrétienne, où l’esprit, où les intérêts sont communs; il ne produit de vexations que dans la j)artie mixte.
La Porte lève un impôt do trois mille bourses sur le Liban, il faut y ajouter les exigences des Mokatagis ; ces exigences doublent ou triplent la somme. La portion chrétienne du Liban, portion qui s’administre elle- même, et ne relève en quelque sorte que d’elle, n’a rien à désirer. Les Maronites de la portion mixte tout moins heureux, bien
.Lts MARONITES ET LES DRCSES.
que dans cette portion même ils forment la majorité: — 30,000 Chrétiens pour 25,000 Druses. —
M. Bourrée, consul français à Beyrouth, a provoqué, dans l’intérêt des Maronites et dans celui de la justice, une mesure que la Porte va exécuter et qui remédiera à tous les maux du Liban. Cette mesure est l’organisation du cadastre. Chaque propriété sera reconnue, fixée-, l’impôt sera proportionnellement réparti entre tous ; on aflichera les listes dans chaque couvent, dans chaque église, de sorte que le propriétaire mis au fait, fort de son droit, fort de la protection du gouvernement, ne se laissera plus arhitrajrement imposer.
Les couvents, possesseurs de biens immenses, libres jusqu’ici de toute imposition, rentreront dans la condition commune, et l’impôt, ainsi divisé, sc réduira à quelques piastres par individu. Ceci fait, la Porte exilera les plus mauvais Mokatagis, les Mokatagis sangsues, incorrigibles: le pays alors, vivra de sa vie propre.
11 est à cette heure cent fois plus prospère que du temps de l’Émir Béchir. L’Émir Béchir levait vingt à vingt- cinq mille bourses sur la Montagne, l’Émir Béchir ne se faisait faute, ni de têtes, ni de nez , ni d’oreilles coupées. Les Maronites ont gagné le cent pour cent à son départ.
Le désarmement s’est opéré d'une manière inégale dans la partie mixte. Les Druses ont en général