‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 188 sur 199 · L.oo'dc · texte numérisé non relu

L.oo'dc

UUOIN.

jours el quatre autres nuits, jusqu’à Marseille.

La distance est immense; pour la bien mesurer, il faut naviguer à grand renfort de roues, la nuit, le jour, sans voir autre chose à l’horiion que la ligne bleu foncé de la mer jointe à la ligne bleu clair du ciel. Cela est grand, mais profondément mono* tone. Il n’y a que le fini qui fasse comprendre l’infini; Gudin le sentait lorsqu’il a jeté dans son Océan sans bornes, un homme qui se débat contre les flots.

Nous rencontrons ce matin une barque de Tunis; elle est chargée de moutons, elle a perdu sa route, elle cherche Malte, à peu près comme ce bâtiment grec qu’un négociant d’Alexandrie avait nolisé pour Malte, et qui revint au bout de deux mois de navigation, en déclarant que Malte n’existait pas, ou n'existait plus.

Hier quelques oiseaux jaunes, oiseaux de passage, quelques hirondelles fatiguées sont venues s’abattre sur le navire. Je croyais, sur la foi des élégies maritimes, que les matelots respecteraient leurs hôtes; ils ont sauté dessus comme des chats, ils ont coupé les ailes de deux pauvres hirondelles, et les hirondelles sont mortes de faim. Quand je vois l’homme si éternellement, si gratuitement méchant, j’ai envie de m’aller cacher au fond des bois. Et ceux-là ne sont pas plus mauvais que d’autres. Ils jouent à la savate, ils chantent en chœur : Jamais

U.NE IIOnT A BORD DE L'OSIRIS.

en France! jamais l’Anglais ne régnera ; NON ! et l’un des clian leurs fait des vers.

Mais cela n’est rien. Ce malin, une pauvre ouvrière phthisique qui revenait d’Alexandrieavec son mari, est expirée sans souffrance sur le navire. J'ignorais sa présence à bord, je l’ai amèrement regretté, nous aurions pu la soigner, lui lire quelque consolante parole de l’Évangile. Elle est morte, son mari va l’ensevelir à Malte, il a accepté le don d’un Nouveau Testament, il a refusé les secours.

— J’ai des bras, j’ai quelques épargnes; je vous en prie ne me contraignez pas.

Le climat brûlant d’Égypte a tué cette pauvre femme, et puis les privations.

— Voyez Monsieur, à déjeuner nous disions : lu as assez , n’est-ce pas, moi aussi ; gardons le reste

pour ce soir et le soir nous disions quelquefois :

gardons pour demain : et ainsi, elle s’est affaiblie. — » Voilà de ces choses qui empêchent d’avaler.

Nous n’apercevons do Malte qu’une terre plate, jaune, avec des fortifications lormidables, et Lava- Icllc, qui s’avance en mer flanquée do ses deux ports. Nous glissons devant le premier , une escadre anglaise y mouille, les pavillons flottent en guirlande éclatante; c’est l’anniversaire de la naissance de Victoria, reine d’Angleterre. Nous glissons autour du fort Lavalcltc, de ses batteries à fleur d’eau, des an-

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