‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 189 sur 199 · MALTE · texte numérisé non relu

MALTE

tiques auberges des chevaliers, et nous venons jeter l’ancre dans le second port, le port du Lazaret.

Notre temps se passe à lire, à travailler, à causer quand la mer est supportable, et quand elle s’agite, à nous demander, quarante heures durant, si

nous ou si nous ne Gela fait la plus sotte vie

du monde; on ne jouit que du quart de son intelligence, on n’a de courage à rien; et puis le soir, lorsque tout se tait, qu’on n’entend plus que le fracas des lames qui se brisent, que le craquement des parois, que le tremblement saccadé du navire sous l’impulsion de la puissante machine; on se pose dos questions plus ou moins lugubres : — Si la chaudière sautait et pourquoi ne sauterait-elle pas?

— Si le feu prenait et pourquoi ne prendrait-il

pas? — Si une voie d’eau se déclarait, si un orage éclatait?

« Icelui est bien fol, qui scent avoir aucune chose de l’autrui, et quelque pesebé mortel en son âme, et se boute en tel dangier; car si on s’endort au soir, l’on ne sçait si on se trouvera au matin au sous de lu mer *. »

Mardi, 30 mai 1848. Lazaret de Marseille. — Depuis deux jours nous sommes au port. Eh bien ! j’aimais notre cabine, je commençais à aimer la vie

*M. Petitot, Coliection des mémoires relatifs à Vhistoi^'e de France, tome II* Joinville, page 207*

LA COHSK.

de mer, même le combat contre b houle. Â notre départ de Malte, la mer était soulevée, les eaux bleu-noir se creusaient en vallées, la vague s’entro’uvrait, se dressait, et son écume d’argent glissait le long des pentes; la proue marchait victorieuse à la rencontre du vent Omis nord- Ouais , qui dans sa rage prenait le flot, le transportait tout entier sur l’avant et en inondait Marron et Noirette — notre bélier et notre brebis, — les plus douces et les plus sottes des bêtes. Ce temps-là nous aurait couchés demi -morts un premier jour de navigation; mais après une semaine et plus, nous étions à peu près imbéciles; voilà tout.

Vendredi, nous passons près des îles MaritimOf pyramides fièrement plantées dans la mer; nous voyons les côtes de Sicile à l’horizon. Samedi, nous traversons l’admirable fasse de l’ours, entre la Corse et la Sardaigne. La Corse nous montre sa longue chaîne de montagnes frangées de neige, la Sardaigne jette en avant ses îlots do rochers qui se dressent au sein des eaux tranquilles. Sainte Madeleine, petite ville blanche encadrée par deux écueils se tapit au fond d’une anse; à gauche, les rocs affectent des formes bizarres; l’ours de pierre, lourdement assis au sommet de son pic, tend sa grosse tête pendante par-dessus ses larges pattes et regarde son île. Les écueils se resserrent, le navire se trouve en face d’un mur; mais l’Osiris ne s’embarrasse pas

Digilizûd by C.

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