‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 28 sur 199 · OD SST U VBAI «NAÏ P · texte numérisé non relu

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corps ; que ce corps tout entier, distinct des autres par la configuration, par la couleur, par la situation, est la montagne de Dieu, le Sindi. — Oui, tout entier, avec ses deux pics, il tremblait sous les tonnerres; tout entier il 'était enveloppé de fumée et de flam> mes , le son terrible du cor faisait vibrer ses flancs de granit, et le peuple campé dans la plaine du Raha, dans Otutdi Scheik, dans Ouadi Sebatjeh, sur le plateau supérieur, embrassait toute la montagne, voyait de partout le feu , l’obscurité, entendait de partout la voix de l’Éternel. Il n’est dit nulle part qu’Israël ait été témoin des entrevues de Moïse avec Dieu. Moïse montait, et le peuple ne savait plus rien , si ce n’est que Jéhovah se tenait dans la montagne, que Jéhovah parlait, que le prophète était avec Jéhovah. Moïse a gravi le Sinaï plusieurs fois; Moïse a passé quarante jours et quarante nuits en la présence de Dieu. L’Éternel lui avait-il assigné un lieu fixe de rendez-vous? L’Éternel n’a-t-il pas pu converser avec lui, et sur le pic de Gebel Mùssà, en face du campement de Ouadi Sebayeh; et sur le Sufgafeh, en face du campement d’el Raha?

La montagne ' , dit le texte. — Or la montagne, c’est le bloc granitique qui se redresse entre le couvent, et le mont Sainte-Catherine. — Deux fois il est parlé d’un point particulier : cette exception confirme le

> Exode, XIX.

ou EST LE VRAI SIR AÏ?

fait général. « L’Éternel donc était descendu sur la montagne du Sinaï, sur le sommet de la montagne. Il appela Moïse au sommet, et Moïse y monta'. »

« Sois prêt au matin, et monte ce matin sur la montagne de Sinaï, et présente-toi là devant moi en haut de la montagne ’. »

Ce haut, ce sommet de la montagne, toujours considérée comme une dans l’Écriture, c’est évidemment Gebel Miissà, le pic le plus élevé. — La tradition ici nous appuie : en même temps qu’elle range les Israélites dans Ouadi Sebayeh, elle place en face de la plaine d’el Raha le lieu où Moïse brisa les tables de la loi; elle marque dans la plaine même, celui où Aaron éleva le veau d’or. Ainsi, sans le savoir, la tradition, qui distingue entre Gebel Mùssà et le Sufsafeh, qui appelle celui-ci ïloreb, celui-là Sinaï, la tradition considère le massif comme un, la tradition l’entoure tout entier du campement, la tradition établit sur tous scs pics les grandes scènes de la Révélation mosaïque.

Mon mari nous lit ici, comme il nous avait lu devant la grotte d'Élie, les portions de la Bible qui parlent de ces lieux sacrés. Certainement nous sentons quelque chose de la solennité d’une pareille lecture, faite là; mais que nos cœurs sont faciles à distraire, quelle humiliation que de ne pas nous

I Eïode XIX, 20. X.XXIV, 2.

lE PIC DU SÜFSAFEII.

trouver plus émus! L’Éternel n’a-t-il pourtant pas le droit de dire de nous ee qu'il disait de son peuple : « Je vous ai portés comme sur des ailes d’aigle'! »

Nous redescendons le pic de Gebel Mùssù, pour gravir celui du Sufsafeh. L’intérieur de la montagne est imposant : tours, forteresses de granit, étonnant caractère de puissance.

La vue du haut du pic est telle que nous la supposions, en voyant hier le Sufsafeh d’en bas : nette, majestueuse; moins grandiose cependant que la vue de Gebel Mùssà.

On trouve quelques inscriptions grecques et arabes sur le chemin qui conduit au sommet du Sinaï : pas une sinaïtique; pas davantage, sur le pic du Sufsafeh, — l’IIoreb chrétien. — L’Horeb arabe, nous disent les serfs du couvent, est la montagne qui s’élève à l’orient du monastère. Impossible de se montrer plus ignorant que ces braves gens-là; ils ne savent que ce que savent les moines ; c’est tout dire. Leur demande-t-on où est Gebel un tel, Ouadi une telle, ils répètent le nom, regardent à droite, à gauche, font claquer leur langue, et répondent : Ma fisch! — « 11 n’y en a pas! » — Leur demande-t-on, en leur désignant ce pic, cette vallée, « n est-ce pas Gebel un tel? Ouadi une telle? » — sans hésiter ils répondent : Aijoua! — Oui.

< Exode XIX, h.

CN PtÜ DE COirrROVBRSE.

Halte devant la gorge qui sépare Gebel Miissà du Sufsafeh. Nous pressons le frère convers de s’asseoir avec nous et de manger; après quelques façons, il cèfle. C’est un homme jeune, aussi maigre, aussi pâle que ses supérieurs les prêtres sont gras et frais. Celui-ci ne boit pas d’eau-de-vie; il a l’air doux et triste; nous mettons devant lui des œufs, il les refuse, soumis au jeûne sévère des cinquante- deux jours qui précèdent la Pâque; il ne touche aux olives qu’à la considération du samedi, jour où la règle permet de manger un corps gras; il prend une orange, quelques dattes et une mince tranche de pain.

Là dessus, nous entamons un petit brin de controverse; controverse très amicale mais très incomplète, parce qu’il B’y a rien de difficile comme de faire parler son cœur et sa foi par la bouche d’un drogman qui a ses opinions aussi, lesquelles se mêlent de la partie. — Le frère est convaincu qu’il a raison ; il pense que nous n’avons pas tout à fait tort*. — Non, le Seigneur n’a ordonné ni de faire maigre, ni de s’assujettir à une autre règle que la règle de l’Évangile ; cependant on ne risque rien en allant

* si donc vous êtes morts avec Clirist quant aux éléments du monde, pourquoi vous charge-t-on d’ordonnances comme si vous viviez au monde? Savoir: ne mange, ne goûte, ne touche point, qui sont toutes choses périssables , établies suivant les commandements et les doctrines des hommes, et qui ont pourtant quelque apparence de sagesse, en dévotion volontaire, et en humilité d’esprit, et en ce qu’elles n’épargnent nullement le corps, et n’ont aucun égard au rassasiement de la chair. (Colossicns, U, 20-23.)

SBRVO.

au delà de ses ordres. — Toujours ce perfide : que Dieu !

Notre frère vient de la Servie.

— Serve? siete Serve? — C’était Serbo qu’il fallait dire.

Le frère croit que nous lui demandons s’il est serviteur ? Il répond avec un humble sourire : <i Si, servo , servo! » — Oui, serviteur, serviteur. — Il habite depuis trois ans le monastère. Il n’a pas l’air heureux. Oh! Seigneur! mets ta paix dans ce cœur.

Depuis notre controverse, nous nous regardons avec sympathie, nos âmes se sont touchées.

L’ascension du Sufsafeh, surtout la descente sont pénibles; nous effectuons cette dernière en ligne droite sur la plaine d’el Raha ; il n’y a pas l’apparence de danger, il n’y a que de la fatigue. Arrivés au couvent, nous nous dirigeons bravement vers le fauteuil pour nous faire hisser, mais il n’y a point de fauteuil, il n’y a qu’une grosse corde sur laquelle une fois assis, on se balance en tapotant tout le long du mur pendant que les frères tournent en haut la poulie. Par quelque bout qu’on la prenne, la pendaison n’est pas de mon goût ; Antonio passe le premier pour me prouver que cela n’est rien , je trouve au contraire que cela est beaucoup; Louis renouvelle l'expérience, mon mari après, je ne suis pas convaincue, et nous rentrons, Jeannette, le frère convers et moi, par les jardins en fleurs.

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