PREMIER CAMPEMENT
La vanité des passions les plus nobles, des travaux les plus sérieux, n’a jamais éclaté de telle sorte. — Une heure, balayer dix-huit ans d’elForts et de courage !
Le gouvernement n’a pas assez fait de sacrifices aux principes, c’est vrai. Hélas! qui en a fait davantage? N’est-ce pas le dédain des principes qui nous tuera? — Qui a des principes aujourd’hui? Sont-ce les royalistes d’hier, républicains aujourd’hui, anarchistes demain, absolutistes après-demain?... Sont-ce les gens qui ont fait la révolution sans savoir ce qu’ils faisaient, entraînés par la puissance des choses?
Nous voici campés. Le soleil plonge dans les sables. Tout le jour, nous avons eu à notre gauche le désert que traversait Moïse avec les Israélites. — La terre de Goscen était située à l’orient du bras le plus oriental du Nil. Les enfants d’Israël suivaient probablement le canal qui unissait la mer Rouge à la branche Bubastique. — Eux aussi étaient troublés; leur avenir les pénétrait de crainte. Moïse a prié là, prié avec ténacité; il a été entendu de Dieu. Nous, enfants rachetés de Christ, ne le serons-nous pas, quand nous lui demandons la confiance, la soumission, le salut de nos patries?
Notre journée s’est passée à marcher lentement au milieu d’une plaine de sable, bornée à droite par une chaîne de montagnes qui côtoie la mer Rouge.