‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 32 sur 199 · LE MONT SAINTE-CATHERINE · texte numérisé non relu

LE MONT SAINTE-CATHERINE

Les bons vieux pères m’eftrayent à qui mieux mieux: * Les cliemins .sont détestables, plus mauvais que la descente du Sufsafeh; impossible qu'une dame fasse cette course; une Anglaise seule l’a essayée, elle n’est parvenue au sommet que soutenue par huit Arabes ! » Là-dessus, je déclare que je n’y vais pas... et j’y vais. J’en étais sûre !

Enfin nous partons ; je supplie Dieu d’avoir pitié de moi : le Seigneur m’exauce. La terre entière serait incrédule, qu’il ne me serait pas permis de douter ; Jésus a trop souvent déployé sa puissance dans ma misère.

Au pied du Sufsafeh, en face de la plaine d’el Raha, on nous montre un grand trou dans le rocher : c’est l’empreinte de la tête du veau d’or. Plus loin, dans Ouadi Ledja, qui sépare le mont Sinaï du mont Sainte-Catherine; non loin du couvent d’el Arbdin, voici, d’après la tradition, le rocher d’où l’eau jaillit sous la verge de Moïse. — La tradition , ne lui en déplaise, est ici contraire à la Bible. La Bible distingue entre l’Horeb, nom général du massif, et le Sinaï, montagne de Dieu. La preuve, c’est que les Israélites partirent de Réphidim, où le miracle avait eu lieu, pour se rendre au désert de Sinaï \ Donc, le désert de Sinaï, la montagne de Sinaï vis-àvis de laquelle ils campèrent, sont autre chose que Réphidim et qu’Horeb.

‘Exode, XVU. — XIX.

LE ROCHER DE l'HOREB.

Mais il y a une autre objection : la vallée de Ledjà,où la tradition place le miracle, est, comme la vallée du couvent, abondamment fournie de sources.

Plus nous grimpons, plus nous tournons autour du Sinaï et plus nous le voyons distinct des montagnes environnantes; plus aussi nous nous enfonçons dans notre idée, que le Sinaï tout entier était le siège des grandes scènes de FExode. Je cite encore ces mots : * tu mettras des bornes pour le peuple tout h l’entour'; • ces mots qui, indiquant un massif, ne peuvent s’appliquer à une pointe dont on ne saurait s’approcher sans gravir préalablement la montagne... et je m’arrête, car j’en ai déjà trop dît là-dessus.

Le couvent d'el Arbdin a des jardins aussi Verts, moins soignés que ceux du monastère. Il est inhabité. Notre frère convers, toujours doux, sobre, silencieux, vêtu d’une méchante robe rapiécée, nous apprend que les frères suivent la régie de Sainte Catherine. Ils peuvent sortir du couvent, retourner chez eux à leur gré, mais non se marier. 11 y a trente ans, ils étaient doitrés; le couvent menaçait de se fermer faute de moines; on a levé la clôture, et les frères reviennent. Ils atteignent à peine, toutefois, àu nombre de vingt-deux.

t Exode XIX, 12.

Page 1