‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 34 sur 199 · ASPECTS DU DÉSERT · texte numérisé non relu

ASPECTS DU DÉSERT

Tahem, jeune garçon plein d’intelligence, noir conime un ramoneur, aux dents étincelantes, et qui porte déjà en travers du corps un sabre droit à trancher les montagnes, est entré dans la caravane depuis hier; il prend soin de mon dromadaire, il va lui chercher sur les plus hautes cimes des paquets de plantes appétissantes. Tous les réservoirs d’eau, toutes les oasis, toutes les gorges de montagnes sont connues de nos Arabes.

Les sites me paraissent aujourd’hui d’une désolante monotonie. Dix heures et demie durant, nous passons de Ouadi désolée en Ouadi désolée : les unes comme les autres, entourées de soulèvement granitiques, bas, arrondis, sans hardiesse et sans originalité. Une vue s’ouvre sur les pics du grand massif qui entoure le Sinai; mais nous lui tournons le dos ; pour la regarder, il faut un effort de vertu dont nous sommes incapables.

Quelques pauvres cimetières de Bédouins : tas de pierres et de sable, au milieu des grands tas de rochers et des grandes étendues de sables, viennent couper l’uniformité des aspects. Les tombes sont couvertes de plantes sèches ; nos Arabes en passant, ajoutent quelques touffes vertes aux touffes jaunes.

Dans Ouadi Barrak, nous trouvons trois rochers couverts d’inscriptions sinaïtiques. Tandis que nous prenons les. devants à pied, un serpent jaunâtre, mince, long, traverse le sentier. Lorsqu’il voit que

LBNTEUBS.

nous le suivons, il se réfugie dans une plante épi> neuse, redresse la tête, fixe sur nous son mauvais regard, et darde sa langue pointue: nous ne pouS' sons pas la reconnaissance plus avant.

Nos chameaux paissent comme un troupeau d’oies. Chaque Bédouin s’entortille dans son man-r teau, grimpe sur sa bête en se faisant un marchepied de son long cou, s’assied derrière les bagages et chante à grande volée. Les chameaux se répandent dans les Ouadi, s’arrêtent devant chaque épine, de préférence sur les cols où le vent soufQe avec le plus d’impétuosité; nous faisons un huitième de lieue à l’heure: c’est trop fort; nos Bédouins nous prennent décidément pour des cornichons.

— Scheik Embarrak! je vous ai engagé, vous et vos gens, pour marcher, non pour brouter. Avançons !

A peine le mot lâché, les Bédouins sautent â terre, poussent les chameaux : en trois heures, nous faisons plus de chemin qu’en sept.

La caravane entrera demain sur le territoire des Tihas — gens de la montagne du Tih, — ennemis naturels des Taouarahs , — gens de la montagne de Tor. — Voilà pourquoi nous ne nous séparons plus du gros de l’armée. Nos bons moments sont ceux où nous lisons notre Bible, bien à notre aise, sans que rien nous distraye , pas même les souvenirs bibliques. Comment ne pas sentir, à l’époque où nous sommes, l’impérieux besoin de sonder cette Parole :

l'heure du cahpbmemt.

notre force, notre espérance? Ah! le temps est venu de se préparer à la fidélité positive, de se déprendre des joies d’ ici-bas, pour s’attacher à cette réunion avec Christ qui nous est beaucoup meilleure.

L’heure du campement est douce aussi ; la tente étend ses ailes, nous avons le Home pour un soir.

Nous venons de construire une pyramide de tronçons, de racines, de morceaux de bois retirés du sable; à peine le soleil couché, nous y mettrons le feu et nous dégourdirons nos membres.

Le thermomètre marque six degrés.

SARABUT EL KADIM.

Jeudi, 30 mars 4848, au pied du Tih. — Encore six degrés; mais quel beau feu nous avions hier au soir!

Il était établi tout contre le rocher de granit, bien encaissé, bien abrité; la flamme montait dans les tiges menues, qui pétillaient et se changeaient en une dentelle écarlate. Taliem, qu'IIamad a dressé à la cérémonie du baise - main ^ se régalait de notre belle flambée; il ne se serait pas baissé pour ramasser un fétu ; mais quand nous revenions, Jeannette et moi, chargées de bonnes racines craquantes, 'lorsque nous les jetions, dans le brasier,: -n*aTayb, Tayb! » et le petit drôle nous tapait sur l’épauleJ Le gros de la caravane chemine. lentement,. pendant que nous partons au trot, pour voir le tèmpic ég)^ptien de Sarabut el Kadim. ■ ■■•i >! i.‘

Au moment où le granit cède la place au grès, à ce moment de grande bataille, de grande confusion, III. 7

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