ENCORE LE CANICHE
OÙ les pics de granil portent des bonnets de grès, où le grès porte des bottes de granit, où les soulèvements contredisent et abattent nos hypothèses à mesure qu’elles naissent, nous avons d’étranges effets de sables jaunes, de montagnes rouges, violettes et noires. On dirait des lacs d’une eau' limoneuse, avec des îlots de basalte ou de porphyre. Toutes les couleurs y sont, excepté celles dont la nature se sert habituellement. On se croirait dans quelque monde détruit, où il n’y a plus de vie, plus de vert, plus d’eau, où il ne reste que du soufre et des pierres brûlées à tous les degrés.
C’est sur une de ces montagnes de grés imprégné de fer, que nous tentons l'ascension de Sfirabut el Kadim. Nous mettons pied à terre, un de nos Arabes nous guide; il ne sait pas le chemin. Il attaque de front les âpres murailles; la montagne nous présente une face raide, transversalement coupée par des bandes de roches à pic et par des bandes de débris ferrugineux. Ceux-ci craquent, glissent et se dérobent sous les pas. ■ — Je ne m’effraye guère en montagnes, mais ici, quand nous avons grimpé comme des araignées le long de deux ou trois de ces parois vives, passé comme des chats sur quatre ou cinq de ces gouttières mobiles, je commence à trouver que nous faisons une folie, et que tous les temples, tous les Sarabut, tous les Kadim du monde, ne valent pas la tête sur les épaules et les quatre
BNCORB LE CAMICHB.
membres à leur place. — Jeannette a tourné bride dès le premier mur; je voudrais bien en faire autant,
mais oser? et puis il faudrait plus de courage
pour descendre que pour monter. Montons! — Voici la cime, le temple sera là. Nous arrivons en nous traînant: point de temple!
— Où est-il î c
L’Arabe nous montre vis-à-vis, séparé de nou» par une profonde Ouadi, perché sur une autre montagne à pic, je ne sais quel point imperceptible I Pour le coup, le caniche tire la révérence à son bon maître.
Voici ses réfléxions : « — Que m’importe à moi, ce temple? il y est, tant mieux! on ne sait qui l’a bâti, tant pis! il y a des hiéroglyphes, je n’en serai ni plus gras ni plus maigre! J'en ai vu, des temples, et des colonnes, et des aréa, et des dromos ; de celui-ci je ne tournerai pas la patte. •
Mais ton bon maître, caniche, ton bon maître ! Ici, le caniche qui est un peu vexé de ce que son bon maître lui a fait franchir trois murailles à se rompre le cou, se permet une foule de réflexions fort impertinentes, et que pour cette cause je ne rapporterai pas ; seulement, quand revenu dans des régions plus sûres, il se couche sur le sable, et que le museau bien allongé au soleil, il se met à penser ; il a des remords affreux. Il se représente son bon maître en péril; il se déteste! Deux heures après, le