‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 37 sur 199 · LA PLANÈTE ÉTEINTE · texte numérisé non relu

LA PLANÈTE ÉTEINTE

gaia de café moka dans toutes les Ouadi. Méhemet en tira vengeance. Après sa victoire la paix fut jurée, à la condition pour les vaincus de rendre le café, pour le pacha de faire escorter la caravane par les Taouarahs. — La clause du café était d’une exécution difficile, on remplaça le moka par du charbon.

Nous courons de toute la vitesse de nos dromadaires, sur la plaine fantastique qui s’étend jus< qu’au Tih.

Le Tih se dresse en travers de la péninsule, comme un bastion de géant ; la régie semble en avoir nivelé le sommet Des soulèvements de grès jaunes, noirs, coniques^, isolés, sans racines, sans épaulements, sortent à droite et à gauche dans l’étendue; un ciel clair s’étend sur ce tableau bizarrement taché.

L’âme se sent effrayée, dans ces solitudes ou la lumière, les teintes, les formes ont un caractère inconnu. Il nous semble marcher au milieu des débris de quelque planète brûlée , seuls vivants parmi ses décombres, enveloppés de toutes les splendeurs de la destruction. Les bagages nous attendent au campement. Nous dévorons l’espace,* points noirs perdus dans cette immensité. Nous passons à cûlé, des îlots orangés, des pics blancs; nous traversons les zones irrizées ; nos yeux ne rencontrent que les couleurs éclatantes de l’horizon embrasé^ de la terre incendiée. — Nous atteignons la muraille du

LB CAMPBHCNT.

Tih. Bonheur! au fond d’un repli, les tentes déjà déployées I

Vite à l’ouvrage : le vent est froid ; ramassons, arrachons; malheureusement il n’y a pas trois touffes d’épines. Jeannette fait des prodiges de travail : nous aurons une flambée.

OUADI ABUM TÈGANI.

Vendredi, 31 mars 1848. — Voici la plus terrible journée du voyage.

Hier, le vent qui d’ordinaire se calme vers le soir, redouble de violence. La tente semble au moment d’être emportée ; on l’assure par de nouvelles cordes, on replante les pieux qui la fixent, on entasse des pierres sur le rebord de la toile qui adhère au sol. Pas moyen d’allumer du feu, le vent se dévale avec furie par la gorge de montagne où nous nous sommes réfugiés.

Nos Bédouins grelottent le long des rochers ; nous les réchauffons avec de la soupe, cela ne les empêche pas de se morfondre; il fait un froid glacial, nous passons une nuit blanche. Les tentes se tordent sous les rafales qu’on entend descendre en mugissant du haut du Tih.

À quatre heures nous nous levons congelés ; pas un brin de feu ; les Arabes .sont pâles sous leur teint noir: le thermomètre marque deux degrés.

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