OUADI EL ARISCH
Samedi, 1" avril 1848. — Ce matin, une couclie de glace couvre l’eau dans nos lentes. Le vent est moins fort qu’hier; il l’est assez cependant pour nous contraindre à faire à pied la moitié du chemin.
Nous trouvons au bas d’Abùm Tégani une source qui s’étend en nappe devant le rocher; quelques laniarisqnes y baignent leurs branches , quelques palmiers nains poussent çà et là.
Dés lors, plus rien qn’un plateau tantôt couvert de cailloux noircis qui miroitent au soleil, tantôt sillonné par le lit desséché d’un torrent où végètent des lainarisques ensablés, tantôt couvert par places de plantes ligneuses, dont les rameaux blanchis se tordent sur le sol. C’est l’horrible végétation d un cercle du Dante. — A l’orient, nous avons un éblouissant mur de craie; à l’occident, une muraille de craie aussi, mais sombre; au nord, des ce'tnes blancs
LA GLACR Aü DÉSERT.
et noirs dans la plaine sans borne. — Depuis quelques jours, le soleil a perdu son éclat; le vent lui emporte sa lumière avec son calorique. Il n’y a pas un nuage, mais sa clarté s est faite si morne que nos yeux le fixent sans en être éblouis.
Pas moyen de lire. Nos chameaux trouvent, eux, toujours moyen de brouter. Les Bédouins vont leur cueillir quelques tiges fraîches sous les lamarisques ; ils daignent à peine en tordre deux brins, et se hâtent vers ces bonnes épines coriaces qui feraient horreur, même aux ânes.
Nous passerons ici le dimanche. Nos tentes sont plantées dans un lit de torrent; elles s’abritent derrière l’espèce de genêt qui couvre les Ouadis et sous lequel Élie s’étendit, criant à l’Élernel : * C’est assez, retire mon âme, car je ne suis pas meilleur que mes pères. »
Celte Ouadi , pierreuse et désolée , se prolonge jusqu’à el Arisch.
Dimanche, 2 avril 1848. — On trouve ce matin un gros glaçon dans la bouilloire. Voici quatre nuits et plus que le froid nous empêche de dormir. Âh ! c’est bien ici le grand et affreux désert de Paran*.
L’on peut, dans une vie très tranquille, très
< Deutéronome I, 1 i 19.