LES ISRAÉLITES AU DÉSERT DE PARAN
Le regard de l’Élernel qui plonge dans les profondeurs de l’âme, ne voit dans celle de Moïse qu’une grande angoisse. 11 le soulage, en répandant l’esprit de sagesse sur soixante et dix anciens qui prendront leur part du fardeau.
Heldad et Médad prophétisent au camp : « — Mon Seigneur, empêche-les! s’écrie Josué. »
» — Es-tu jaloux pour moi? Plût à Dieu que tout le peuple de l’Élernel fût prophète! — » Merveilleux progrès de la foi! Chez la fdle de Pharaon, nous voyons Moïse, homme droit, mais homme naturel: il met la violence à la place de la justice, il tue l’Égyptien. En Horeb, au pied du buisson ardent, il recule devant la mission que Dieu lui impose. Dans le désert, plus de colère, plus d’hésitation, mais beaucoup de découragement, parfois l’ombre du doute qui passe entre ce cœur et Dieu. Ici, le renoncement est complet, l’œuvre s’achève. — Peutêtre y avait-il des moments où la gloire de l’entreprise, où la grandeur de la position éblouissaient Moïse; il en voit la vanité : Plût à Dieu que tout le peuple de C Éternel fût prophète !... et bientôt il intercédera pour Marie, qui avec Aaron s’élèvera contre lui. Dernière amertume, suprême victoire !
« Moïse, » dit la Bible, « Moïse était un homme fort doux, plus qu’aucun homme qu’il y eut sur la terre'. »
I Nombres XII, 3.
LE GRAND SCHKIK DES TIAHS.
L’cnfunl de Dieu va donc laissant son péché à travers les épreuves.
Lundi, 3 avril 1848. — Comme nous faisions à midi notre modeste déjeuner, assis sur le bord d’un de ces lorre.ils desséchés qui vont former à el Arisc-h le grand torrent d’Égypte, arrive notre Sclieik des Tialis. C’est un homme de cinquante ans, à la barbe pointue, à l’œil fin ; un rusé compère, il nous laisse achever sans dire mot; l’exquise politesse arabe ne permet pas d’entamer une affaire avec l’honnête homme qui dîne. Nous lui offrons des dattes. Lorsque tout est mangé, que la gibecière d’Antonio ne montre plus que des flancs aplatis, le Sebeik nous propose de nous arrêter chez lui. — Chez lui, c’est ici : le désert, le lit du torrent, les plantes grillées, quatre brins d’herbe jaune qui poussent dans l’argile fine que les eaux laissent à la surface du sol. Si nous faisons halte maintenant, ce soir sans faute, nos chameaux seront prêts. Nous éviterons Dfukie, son gouverneur, ses gardes coiffés de queues de lapin, les vexations de toute sorte qui nous attendent dans celte forteresse, établie au milieu du désert pour approvisionner la caravane de la Meccjue. Si nous persistons à pousser jusqu’à ISukIe au contraire, nous y passerons la journée entière de demain, nous y subirons la protection du gouverneur, nous y boirons du café, et nous y serons gardés bon gré mal