‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 45 sur 199 · LA BIBLE LUE AUX BÉDOUINS · texte numérisé non relu

LA BIBLE LUE AUX BÉDOUINS

Arabes attentifs saisissent tout; ils expriment leur intérêt en répétant aux plus beaux endroits les derniers mots d’Antonio; parfois ils s’écrient: Allah, Allah! — J’ai rarement vu de scène qui m’ait tant touebée. Le ciel avait une sérénité parfaite; de temps en temps un chameau passait derrière le cercle; le soleil, qui éclairait la montagne de craie à l’orient, la faisait ressembler à de l’albàtre; un oiseau de proie, ses larges ailes étendues, restait suspendu sur nos têtes; Antonio, dans son pittoresque costume, la tête entourée d’un riche mouchoir de Damas, la veste brodée d’or, se tenait dans une fière attitude auprès des Arabes absorbés par le récit. Et la Bible, la Bible lue, simplement, fraternellement à ces (ils d’Ismaël 1

La parabole achevée , le Scheik , les Bédouins se sont écriés que c’était bon, très bon. « — Le monde disparaîtra, a dit Embarrak, il ne restera plus rien, plus rien que Dieu et l’homme. » — De ces sujets sérieux, nous passons à notre affection réciproque: nous ne nous oublierons jamais, nous nous retrouverons devant Allah. liebi qui doit nous suivre jusqu’à Datieh, déclare en pleurnichant à moitié qu’il n’aura pas le courage de se séparer de nous. Antonio lui passe silencieusement sa pipe en guise de consolation, et Behi, toujours l’œil humide, tend la main pour avoir encore la blague à tabac.

Ce malin il n’y avait pas de glace, mais il s’en est

LES TIARS.

fait pendant que nous déjeunions. Le vent règne, moins froid qu’avant hier : l’absence de la souffrance est une jouissance vive.

Mardi, A avr.l 1848. — Bakscitich et tendres adieux aux Taouarahsl

Hier au soir, le Scheik des \Tialis : llyde, — singulier nom pour un scheik arabe, — régale nus hommes de deux moutons. On a causé jusqu'à minuit autour des feux.

Les chameaux Tiahs devaient être au campement après le coucher du soleil; ils n’y sont venus que ce matin.

La grande affaire des chargements commence. Les Tiahs soulèvent nos malles avec des contorsions; ils les laissent retomber épuisés ; chacun refuse la charge pour son chameau. Scheik Hijde et Scheik Embarrak usent de toute leur éloquence. Scheik Hyde prend un à un scs suhordonnés, les attire à l’écart, les pérore longtemps en leur rendant de petits services d’amitié, comme de leur ôter quelque insecte posté en vedette sur leur mouchoir, quelque autre tapi dans leur sein.

La question des chargements n’est pas la seule : le passage d’ Embarrak avec trois dromadaires Taouarahs sur le territoire des Tiahs, a bien plus d’importance. On parvient à s’entendre; tout se passe avec dignité. Les paroles sont données, nous voilà en règle.

SCUEIK nTDE ET LE SAPAJOU.

Les Tiahs m’ont l’air d’assez pauvres sires. Ils sont méchamment vêtus de la chemise blanche; peu y joignent la couverture de laine ; le Scheik seul porte le turban, les autres fixent, au moyen d’une corde, quelque morceau d’étoffe sur leur tête. Cette coiffure est large et noble. Presque tous ont des fusils; une poire à poudre recouverte de cuir, ornée de cuivre, leur bat les hanches.

Vient le moment du départ. Scheik Hyde , sur lequel nous comptons, auquel nous avons déjà payé cent .soixante piastres d’avance, nous fait la révérence et nous remet à Monsieur son fils, espèce de sa[)ajou couleur de café, vêtu de la chemise traditionnelle, d’un vieux mousquet dans son étui de peau, et d’une espèce de guenille tricolore, fixée sur sa tête par une autre guenille blanche. Ce joli garçon, porteur d’un nez en trompette, nous servira de Scheik! Nous qui nous étions t int soit peu enflés, à l’idée de [ osséder en tête de notre caravane le grand Scheik des Tiahs! — Notre Sapajou, l’œil gauche planté un demi -pouce au-dessus du droit, marche lièremenl devant nous; personne ne le respecte, personne ne lui obéit; en revanche, il obéit à tout le monde. Quoi de mieux?

A peine en route, le vent du nord recommence. La guerre, toujours la guerre! Nous regelons dans nos manteaux, la figure plus enveloppée que jamais dans nos foulards, et plus soufflée, plus resoulflée

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