‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 50 sur 199 · UNE QUERELLE AVEC LES TIARS · texte numérisé non relu

UNE QUERELLE AVEC LES TIARS

trois chameaux, et nos deux coquins le remplacent, après lui avoir payé sa journée.

Leur opiniâtreté a vaincu , notre droit n’a pas cédé. Nous nous mettons en route... — Mieux vaut eiîusion de paroles qu’elTusion de sang... Je crois que celle-ci n’aurait pas eu lieu : ces gens-là se possèdent, crdculent jusque dans la colère, et ne se mettraient jamais sur les bras une affaire à conséquences. De notre côté, nous n’aurions pas fléchi... mais nous n’aurions tué personne.

Dans les contrées sauvages, il faut que les voyageurs, par respect pour eux-mêmes, par respect pour la justice, par charité chrétienne bien ententendue, créent une loi et la sanctionnent. Que deviendraient nos successeurs dans les mêmes déserts, si, par notre faiblesse, nous donnions une prime à la mauvaise foi?

Antonio chante à plein gosier pour témoigner de son indifférence, peut-être pour donner un sfogo à l’impétuosité de ses sentiments. Les deux Tiahs jettent souvent un regard en dessous sur mon mari, alin de voir s’ils trouveront moyen de se rapatrier ; ils rencontrent ce visage impénétrable qui a déjà glacé le Reiss de la cataracte et tant d’autres.

Les voilà qui parlent bas entre eux ; je me figure qu’ils complotent; nous mettrons ce soir des capsules aux pistolets... Cependant, comme nos deux hommes dévorent l’ample déjeuner que leur pré-

Page 1