‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 51 sur 199 · LES PLEURS DC DÉSERT · texte numérisé non relu

LES PLEURS DC DÉSERT

sonie Antonio, il faut croire qu’en vertu du sel niangé de concert, nous sommes désormais sacrés à leurs yeux.

L’immensité du désert s’étend tout le jour devant nous. Nous n’avons qu’une montagne à l’occident. Le sol est tour à tour noir, miroitant, jaune, et blanc d’une blancheur mate, selon que le silex, que le sable, ou que la croûte desséchée du limon le recouvrent. De temps en temps les bras d’une Ouadi s’étendent en travers ; il s’y épanouit des touffes de fleurs jaunes, quelques camomilles blanches, une fleur lilas tendre dont les dromadaires sont friands. Quelques jeunes plantes montrent un vert moins glauque -, des lamarisques nains élèvent çà et là leurs tètes sablonneuses. Dans ces Ouadis volent, en rasant le sol, des hirondelles qui semblent de velours noir; il s’y promène quelques jolis oiseaux à ventre jaune. Nous apercevons parfois des lièvres, et au pied de la montagne, dans l’éloignement, parmi les derniers lamarisques, trois gazelles qu’on reconnaît à leurs bonds. Le ciel s’appuie partout sur le désert; aucun arbre, aucune cime n’en fait mesurer la profondeur. La surface éthérée s'unit étroitement à la surface pierreuse et le regard glisse entre elles, jusqu’au moment où il se perd à l’extrême horizon.

Les Tiahs sont plus armés que les Taouarahs. Chacun porte sur l’épaule un fusil à pierre ; l’un deux III. 9

LES TIAHS.

vient d’abattre un oiseau de proie devant nous. Ils n’ont pas la ligure loyale de nos Taouarahs. Ils ne reconnaissent aucune autorité, ni au dehors, ni au dedans de la tribu. LeurScbeik n’est pour eux qu’un homme qui les rassemble lorsque arrive une caravane, et auquel ils demandent conseil dans l’occasion. — En passant à Nukle nous aurions peut-être évité la querelle de ce matin , encore ne sais-je pas bien? Mon frère et ma belle-sœur, qui avaient pris ce dernier parti, furent arrêtés près de Gaza par une tribu de Tiahs qui prétendait lever sur eux un impôt. Après deux heures de contestation, on les satisfit moyennant six piastres — trente sols — à se partager entre tous.

Quant au Scheik Hyde, c’est un maître fripon que nous aurions dû contraindre à nous accompagner lui-même, en dépit de ses trois moutons rôtis.

OUADI GHEROUR.

Jeudi , 6 avril 1848. — Je crois que j’ai hier un peu laissé parler le cœur naturel.

Les Tiahs font ce qu’ils peuvent pour rentrer dans nos bonnes grâces; ils aident à tendre les tentes; ils arrachent du bois:... tout cela ne leur ôte ni leurs physionomies, ni leurs manières farouches.

Le Sapajou est décidément une création grotesque. 11 se livre aujourd’hui à des manifestations tantôt guerrières, tantôt courtoises.il met flamberge au vent, court sus à Tahem , fait mine de le pourfendre, et quand il voit Tahem silencieux, dédaigneux, affecter de regarder ailleurs, il lui tire un pied de langue par derrière. Après le sabre, le mousquet. Il le bourre de poudre, de balles, met en joue le tiers et le quart, exécute quatre où cinq cabrioles, et saute sur la croupe d’un chameau où il s’accroupit derrière les bagages, sur un espace grand comme la main. Un peu plus tard , il tue une misé-

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