‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 52 sur 199 · S LE SAPAJOU · texte numérisé non relu

S LE SAPAJOU

rable perdrix d’un coup de pierre, me la plume au nez, et me l’offre; il m’offre aussi la main pour monter sur mon dromadaire, et s’étonne naïvement de ce que je préfère celle de mon mari : tout cela avec une assurance, une gaucherie, une satisfaction de soi , qui rendent plus baroques les regards de ses deux yeux inégaux.

Le ciel est splendide, le vent tourne au midi. Nous cheminons dans l’étendue, apercevant à notre droite des montagnes bleues qui deviennent rouges quand nous nous en approchons, qui redeviennent bleues quand nous nous en éloignons; les horizons du plateau se teignent parfois de violet. Ce soir nous campons dans le lit d’un torrent, sur un tapis de sable tin, entre deux haies de tamarisqucs. Les monts de craie ont reparu ; ils forment un cirque à distance. De bizarres contre-forts, élevés comme par la main des hommes, se di essent au milieu de la plaine.

Nous avons rencontré un petit campement d’Arabes : deux chameaux, deux hommes, une femme et quelques enfants. Sur le sable se promène un lézard, la tète noire, le corps gris, la queue mince comme un fil et cerclée de lignes brunes. Deux lièvres sont partis du gite, presque sous les pieds de nos chameaux.

Nous voyons à deux reprises et de près, trois gazelles se dessiner en silhouette sur la crête d’un monticule.

Page 1