LE LONG DU RÊNE
ses? Oui, je suis retournée à mon père, à mes parents, à mes amis; au Rivage, à ses lilas bientôt en fleur, à son lac et à la gloire de son Mont-Blanc. Je suis retournée à Valletjres , sous la solitaire allée de frênes et de noyers qui suit le ruisseau : le long du rêne, comme on dit chez nous; et la vieille chanson des jeunes filles, chanson sans rime, mais que je trouve poétique, pour avoir été mêlée à mes premières années , la vieille chanson se murmurait d’elle-même à mon oreille.
Le long du rêne,
Tout en m'y promenant,
Je rencontrai la flile A mon capitaine.
Voilà comment on rêve d’herbe, d’eau, de patrie au désert... Quant à rêver de désert, — quand on le connaît — dans les près ou vers les ruisseaux,... j’ose bien promettre que cela ne m’arrivera pas.
Et pourtant nous l’aimons! Mais pour en jouir, il faudrait mener la vie bédouine, camper huit jours ici, huit jours là. Le voyage suivi : dix heures de dromadaire chaque jour, par le froid, par le chaud, par la bise, par le simoun, ce ne sera jamais la vie du désert.
Nous marchons angoissés, notre pensée reste fixée sur la France, sur la Suisse; nos yeux cherchent vainement à percer le brouillard qui nous cache les