LES ORGES
descendu depuis le sommet du Tih. Le désert se présente à notre esprit comme divisé en trois plateaux immenses : l’un, bas, prenant du Caire et mourant aux racines du massif sinaïtique; l’autre commençant au massif et se terminant au pied de la montagne du Tih; le troisième s’étendant du sommet du Tï/i jusqu’aux montagnes deJuda.
Dans le lointain, au nord. Antonio nous montre une ligne bleue : c’est le mont d’Hébron.
Bientôt nous traversons des orges, pauvres orges fluettes, en épis déjà, quoiqu’elles ne s’élèvent qu'à un pied du sol. Des Bédouins en haillons les gardent; une vieille femme, à moitié couverte d’un lambeau qui n’a plus de couleur, se dresse à notre approche; ses deux bras décharnés levés contre nous, elle maudit les Arabes qui font passer la caravane dans son orge. Comment faire? L’orge est plantée en travers de la direction. Nos Arabes ne font que rire à l’apparition de cette lamentable figure. Je n’ai jamais vu de créatures si dignes do pitié que ces Bédouins. Maigres, affamés, obligés de défendre leur semence, depuis le moment où elle est en terre jusqu’au moment où on la récolte, contre la dent des troupeaux ou contre la main des voleurs.* f Après une légère culture donnée à la terre, l’orge est èemée dans le lit des torrents; les buissons restent parmi. Tout Arabe qui défriche un morceau du désert en acquiert par cela même la propriété;
LES BiOODINS n’ont POINT DE CDLTE.
personne ne viendra sur ses brisées ; le sol cultivé passe à ses enfants*.
Il n’existe guère de population plus destituée de culte que la population bédouine. Pas un lieu de prière, pas un acte d’adoration, pas un brin d’enseignement religieux. Veut-on se marier? on arrête l’article on déclare devant témoins
qu’on s’unir' à üt^^|^ou à une telle, et le mariage est consacrét Veuli^ faire divorce? on renvoie sa femme avec la fcrtïffiule usitée en pareil cas, et tout est dit. ^
De Mtinds troupeaux de chameaux broutent les buisso^^^^ns ; les cbamelets blancs ou gris tendre font bande à part. — Le Bédouin le plus riche possède rarement au delà de vingt à vingt-cinq chameaux. Ce n’est plus le temps d’Âbrabam et de Loth, que la même t^re ne pouvait porter ensemble; du puissant Abrah^, qui avait trois cent dix-huit serviteurs nés dans sa maison, et qui battait Kédor Lahomer, roi d’Hélam, Tidhal, roi des Nations, Amraphel, roi de Sinbar, et Arjoc, roi d’Ellasar*. Ce n’est plus le temps d’Isaac, qui possédait tant de gros et de menu bétail, un si grand nombre de ser-
* Antonio me raconte une coutume arabe. Il arrive souvent que les tribus faibles cherebeut à se fortifier en faisant alliance avec d’autres tribus plus, considérables. L’affaire négociée, on choisit un jour, on rassemble les principaux scheiks des tribus contractantes, on tue un chameau, on l’écorche en lui coupant la tête; cela fait, tous les scheiks entrent dans la peau par l’ouverture du cou , et dès lors l’alliance est indestructible.
«Genèse, XIV.
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