LA SOIF
de terre : c’est délicieux. — La citadelle non loin de laquelle nous voici campés renferme une abondante source salée. Nous y avons mené boire nos chameaux; c’était la première fois depuis quinze jours. Ils mangeaient l’herbe verte au Caire, et l’ont quitté sans tremper leur museau dans un liquide quelconque; ils boivent, mais avec une parfaite indifférence. Le mien se fait même tirer.
Les stations ne possèdent que l’eau nécessaire pour les besoins du transit; elles n’en vendent pas.
A dater de ce soir, nous trouverons tous les jours de l’eau plus ou moins saumâtre; nous ne nous servirons que de celle-là pour la cuisine, et s’il plaît à Dieu, nous arriverons au Sinaï sans trop souffrir.
Après ces journées suffoquantes , imprégnés de sable que nous sommes, nous voudrions pouvoir, sinon nous baigner, au moins laver nos membres. Eh bien , non , il faut se contenter d’un verre d’eau pour faire ses ablutions, et encore regarde-t-on de mauvais œil ceux qui le prennent trop plein.
Sauf l’article eau, nos Bédouins sont les meilleures gens du monde : sobres, actifs, marchant neuf à dix • heures par jour sans manger autre chose qu’un biscuit, quelque portion de notre pitance à midi, et le soir des lentilles que nous leur donnons , ou de la bouillie de farine, lorsque Habib, pressé par la nuit, n’a pas le temps de faire cuire les lentilles. Ils se montrent serviables, attentifs : bonnes et simples
COSTl'MB DES BÉDOLINS.
natures que nous aimons de tout notre cœur. Ils font partie de la tribu générale des Taouarahs, qui couvre la péninsule; ils s’intitulent : enfants de Séid, et membres de la famille du scheik Hussein
Le costume des Bédouins se compose d’une chemise à manches pointues qui traînent jusqu’à terre, et qu’ils lient derrière leur dos pour l'aciliter la marche; une large ceinture de cuir brodé serre cette chemise à la taille; ils y passent un poignard recourbé. Le scheik y a lixé sa paire de pistolets. Un seul de nos Bédouins porte un fusil à mèche, soigneusement enveloppé dans son étui de peau. Pardessus la chemise, quelques-uns jettent la couverture de laine à raies brunes et blanches; ils posent sur leur tête, couverte du tarbousch et du turban, une pièce d’étoffe souple, foncée, qu’ils replient avec grâce pour se garantir des ardeurs du soleil. — Tous sont bronzés, presque noirs; tous ont de nobles ligures. La plupart portent au pouce un anneau de cuivre.
Voici l’ordre de nos journées : à quatre heures du •matin, le bras de Louis ou d’Antonio passe armé de la lanterne au travers de l’ouverture de notre tente. Gémissements, protestations. On se lève ; à peine levés, nous accommodons l’intérieur de notre tente de
* Le scheik Hussein est un des scheiks protecteurs du couvent du Sind. li applique son cachet sur tous les contrats passés entre les voyageurs et les Bédouins : c’est sur le vu de ce cachet , que le couvent du Caire remet aux voyageurs uné lettre d’introduction pour le couvent du Sinal.