ÉLUS A
vent la voix, que les tentes où habitent ceux de Kédar, que ceux qui habitent dans le rocher, — Petra — éclatent en chants de triomphe* !... »
Les Tiahs retrouvent sur ces plateaux une jeune chamelle qui avait quitté Nukle depuis plus de trois mois; ils la reconnaissent à la marque de la tribu : une lettre sinaitique fîT) ’• — NosBédouins nous prêchent ici la prudence î nous ne devons pas nous éloigner des tentes; les bêrgers a^es sont des voleurs ; ils nous sauteraient au gosier etnous étrangleraient; nous ne sommes plus dans le désert, etc., etc.
Cent Arabes respecteront un Franc, s’ils le voient accompagné par un Bédouin de leur tribu ou d’une tribu amie; mais que le Franc marche seul, que plusieurs Francs cheminent ensemble sans une escorte arabe, qu’ils s’avancent escortés par des Arabes d’une tribu ennemie, on les attaquera. La nuit, on cherche à voler; cela se fait en douceur, aux dépens des protégés comme aux dépens des ennemis.
Dimanche, 9 avril 1848. — Le gazouillement des alouettes célèbre de grand matin la bonté du Dieu qui les nourrit au désert comme dans les campagnes fertiles, les grillets chantent de toutes leurs forces sous les buissons; les fleurs sortent brillantes
•Ésale XLU, 11.
* Chaque tribu imprime un certain signe sur ses chameaux ; ie mien , chameau Tiah, acheté par ies Taouara/is, porte ia même iettre.
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4i6 LE DER?iIER DIMANCHE AO DÉSERT.
de leurs boutons déjà secs , de leur feuillage jauni qui traîne sur le sable; un vent léger court d’un bout à l’autre de ces horizons infinis. Nous célébrons cette belle journée que l’Éternel a faite. — Oui, Seigneur, tu l’as faite pour que l’âme fatiguée sc repose près de toi, tu l’as faite dans tes compassions, pour que l'homme ait de la joie. Celui dont les soucis ont travaillé le cœur, retrouve les longs entretiens avec toi; il retrouve sa femme, ses enfants, il fait des plans de bonheur; l’ouvrier met des habits propres, il va voir pousser la première herbe; le pot-au-feu répand sa restaurante fumée dans la mansarde... Faut-il qu’il y ait des êtres assez insensés pour s’ôter le dimanche?
Hier au soir, plus d’une voix s’écriait sous la tente: samedi! samedi! demain c’est dimanche, quel bonheur!
Pendant le déjeuner, quelques Arabes, un vieillard centenaire, passent dans notre voisinage avec un âne et une brebis; ils entrent. Antonio leur présente du café; ils s’asseyent et mangent du pain, sans façon, comme aux temps bibliques.
Ce désert, peut-être l’endroit où nous sommes, a vu passer deux figures, toutes deux tristes, angoissées, et deux fois il a entendu la voix de l’ange de l’Éternel > les appeler et les consoler.
La première fois, c’était Agar. Elle s’en allait le cœur débordant d’amertume; d’une main, elle
AOAk. — ÉUR.
conduisaitce jeune enfant, son fils, qui s’était moqué le jour où Abraham et Sarah, sevrant Isaac, avaient célébré leur joie par un grand festin; de l’autre, elle soutenait cette bouteille d’eau, ce pain, qu’Abraham, le cœur brisé lui aussi, mais obéissant, avait mis sur son épaule. Elle marchait. Elle marcha jusqu’à ce que l’eau de la bouteille défaillit... elle coucha l’enfant d^ns un de ces pauvres buissons desséchés que jé vois d’ici marquer le désert de taches grises. — • Qu*as-tu Agar ? » — Toujours cette question si tendre, qui provoque l’elfusion, qui promet le secours. — * Ne crains point. » — Ah ! que tu l’as dit souvent. Seigneur! € Ne crains point I » Ne crains point, pauvre Agar, ne crains point Moïse, ne crains point Marie, ne crains point vermisseau de Jacob, ne crains point Ézécliias, ne crains point, crois seulement Jaïrus; ne craignez point, vous tous qui criez à l’Éternel, vous que l’Éternel veut faire ses ouvriers, vous qui tremblez en regardant à votre cœur'. / '
Dix siècles après, un homme passait dans ce même lieu; cet homme venait d’exécuter l’arrêt de l’Éternel, il avait fait égorger les prêtres de Bahal par un peuple idolâtre, sous les yeux d’un roi perverti; il venait de courir triomphant devant. le char d’Achab, car l’Éternel, à sa prière, avait ouvert les
> Genèse, XXI.
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