‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 62 sur 199 · AGAR. — ÉLIE · texte numérisé non relu

AGAR. — ÉLIE

bondes des deux, sauvé les Juifs de la famine. Maintenant, une parole de Jcsabel a fait fondre son âme. « Que les dieux me traitent avec la dernière rigueur, si demain, à cette heure, je ne te mets pas au même état que l’un deux. » Etie s’en va comme son cœur lui dit; il vient à Béer-Scébah, il y laisse son serviteur, et puis seul, défiant, il s’avance au milieu de ces grandes solitudes. 11 va le chemin d’une journée sous ce soleil brûlant; il s’étend au pied d’un genêt. — « C’est assez, prends maintenant mon âmè! » — C’est assez, prends mon dmel... C’est assez mon Dieu!... plus d’épreuves, plus de tentations, ôte-moi de ce train de guerre, qu’y ferais-je?... suisje meilleur que tant d’autres, qui y ont péri?

« — Lève-toi et mange ! — » Lève-toi, nourris-toi de ma parole, et puis recommence à marcher, au travers du désert s’il le faut !

Mon mari vient de lire la Bible avec Habib; quelques-uns de nos Arabes ont conduit les chameaux dans une Ouadi voisine, les autres cherchent l’ombre le long des tentes ; le reste de la troupe cause, et de telle sorte qu’il est impossible d’écrire deux mots.

OUADI EL KALIL.

Lundi, 10 avril 1848. — Hier j’avais l’âme tourmentée. Je veux servir le Seigneur, mais j’ai des racines qui vont trop profond en terre. Est-ce que cette parole de Jésus n’entrera jamais dans mon cœur ? « ne vous mettez point en souci du lendemain, car le lendemain prendra soin de ce qui le regarde. » Est-ce que cette tente, qui s’enlève chaque matin en ne laissant pour toutes traces qu’un petit carré dans le sable, ne me donnera pas eniin une leçon de détachement?

Antonio répète souvent un proverbe arabe que j’aime bien : Aujourd’hui, Dieu merci! Demain, Dieu est grand !. . .

Nous lisons, nous prions, nous causons avec mon mari. Comme la foi des hommes est plus simple que la nôtre, à nous femmes !

Nous avons donné hier au soir du café aux Arabes; au Sapajou, au grand Tiah blanc comme aux autres.

l’évangile LG AUX TIAHS.

Mon mari leur a lu quelques portions du onzième cliapitre de suint Luc : t Si un fils demande du pain à son père, lui donnera-t-il une pierre? s’il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent? s’il lui demande un œuf, lui donnera-t-il un scorpion?» Les Arabes étaient accroupis, la tête dans les deux mains pour mieux écouter; leurs yeux brillaient, les paroles de Jésus tombaient claires dans leur esprit, ils en percevaient immédiatement le sens profond. A chaque question: lui donnera-t-il une pierre, lui donnera-t-il un serpent? ils s’écriaient Lah! — Non. — Il faut les voir saisis avec cette promptitude, pour comprendre à quel point les enseignements du Christ conviennent à ce peuple. Mon mari a terminé en récitant la prière dominicale; les Bédouins l’ont bien comprise.

— Je souhaite que tu vives plusieurs siècles ! s’est écrié le grand Tinh blanc.

— Nous vivrons aux siècles des siècles, mais pas sur cette terre.

— L’homme n’est qu’un pécheur, a dit Embarrak, qui en aurait compassion, si ce n’est Dieu?

La lune s’est levée dans son ciel, entourée d’étoiles ; les feux se sont allumés, les Bédouins se sont rangés autour, et la flamme a jeté ses pittoresques clartés sur ces scènes que nous ne verrons bientôt plus.

Nous partons ce mutin de bonne heure. Le désert

BÉEBSCÉBAU.

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