‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 73 sur 199 · LA PAIX DE DIEU · texte numérisé non relu

LA PAIX DE DIEU

irait dire à son pays : « Je déplore ce que vous avez fait! » — En dépit du désordre qu’on veut nous faire prendre pour de la liberté, mon mari la servirait, cette liberté ; il la servirait de toute sa puissance, dûtil y être brisé. Eh bien, encore une fois. Seigneur, que ta volonté soit faite; s’il faut passer par les grosses ‘ eaux, nous y passerons; s’il faut traverser le feu, nous le traverserons. — « Les jeunes gens se lassent et se travaillent, même les jeunes gens d’élite tombent sans force, mais ceux qui s’attendent à l’Éternel prennent de nouvelles forces; les ailes leur reviennent comme aux aigles.'»

Nous nous sentons une paix profonde; plusieurs fois le jour, quand nous ouvrons notre Bible, l’Éternel, dans ces mêmes plaines où II parlait bouche à bouche avec Abraham, nous envoie des messages de compassion et d’encouragement. Ce matin, c’était le beau chapitre XLIII d’Ésaïe ; « Ne crains point, car je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom , tu es à moi. C’est moi, c’est moi qui suis l’Éternel, et il n’y a point de Sauveur que moi ! » Et puis, plus loin ; « Ne soyez point effrayés, ne soyez point troublés... y a-t-il quelque autre Dieu que moi? Certes, il n’y a point d’autre rocher, je n’en connais point. »

Les dernières nouvelles nous montrent que l’œu*

> Ésale XL, 30, 31.

DÉl'HKSïË FINANCIÈRE.

vre de destruclion avance à grands pas. La détresse financière est au comble. 11 y a un abîme entre la vérité et les illusions dans lesquelles on plonge la malheureuse population ouvrière... Qui le comblera? du sang, j’en ai peur...

Quand on se voit ici, dans cette calme vallée, entouré do ces Heurs que les abeilles viennent pomper, en face de cette ville biblique, vis-à-vis de ces quelques Arabes qui passent au loin se doutant à peine qu’il y ait une Europe au monde ; on croit rêver...

Samedi, 45 avril 4848. — Je parlais hier de détresse (Inancière; elle nous a fortement atteints. Autrefois, je tenais à une certaine aisance ; je croyais y tenir comme un autre , j’y tenais probablement plus qu’un autre: maintenant, il me semble que les privations ne me coûteront rien... peut-être parce que je les vois à distance, et que nous grignottons notre dernier morceau de pain blanc.

Notre exbürsion au Jourdain est mise en doute. Trois jours, qui devaient nous conduire à la mer Morte, au fleuve sacré, à Jéricho ! et mon cœur en saigne. Je ne sais comment il se fait, mais j’ai des larmes pour les petits chagrins comme pour les grands.

Il se peut que Jérusalem, que la Judée disparaissent aussi de notre horizon ; que la couronne du

DAVID A BÊBRON.

voyage soit brisée, — hélas! avec tant d’autres! — Mon Dieu ! lorsqu’il s’agira de prendre une résolution, fais que je ne sois pas double de cœur, défendsmoi contre moi, je suis mon plus cruel ennemi.

C’est une illusion que de se croire près de l’Europe dans un voyage pareil. La distance n’cst pas immense, mais les quarantaines, mais le laps de temps qui sépare les départs des paquebots, la doublent ou la triplent.

Dans cette ville, devant laquelle tant d’émotions nous agitent, un homme longtemps troublé se reposait de ses angoisses. L’Éternel, sur lequel il s’appuyait, l’avait délivré, et il disait: « Éternel, qui es ma force, je t’aimerai d’une affection cordiale*. » — Il y passa sept ans et six mois. Dieu avait fixé Lui-même le lieu de sa résidence : « Va à Hébron... Et ceux de Juda vinrent, et oignirent là David pour roi sur la maison de Juda*. »

Derrière une des portes de la ville, un drame terrible se passa. Abner, fidèle à la maison de Saül, quitte Isc-bosceth; il vient à Hébron, il y jure fidélité à David. Le roi l’accueille, lui fait un festin. Mais comme il s’en retourne pour rassembler Israël et l’amener soumis au roi , Joab, fils de Tsérujah, le rencontre : Joab dont Abner avait tué le père ! Joab envoie après lui, le fait ramener vers la fosse

> Psaume XVIII. — > 3 Samuel II, 1, 4.

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