‹ Journal d'un voyage au LevantChapitre 75 sur 199 · NOS GARDIENS · texte numérisé non relu

NOS GARDIENS

Le cimetière est couvert de tentes; nous avons devant nous la pelouse entourée de tombes, avec les trois campements; vis-à-vis, les maisons grises percées de rares fenêtres, serrées entre les oliviers et la montagne; à droite et à gauebe, à demi cachés derrière les flancs de la chaîne contre laquelle nous nous appuyons, deux vieux faubourgs dont les minarets sortent d’un bouquet d’oliviers. De quatre en quatre heures, la voix du muezzin se répand à grande volée dans les airs; c’est un chant large, éclatant, que renvoie et module le flanc rocailleux de la montagne. Le soir, les chakals hurlent de tous côtés; les aboiements des chiens répondent à leurs lamentations.

Les trois caravanes ont leurs gardiens. Hier au soir tous les drogmans, chacun flanqué de son agent sanitaire, fumaient en rond, se passant le chibouck l’un à l’autre.

— Et la peste !

— Oh ! pourvu qu’on ne se touche pas ! — A la bonne heure.

Ces gardiens seraient dignes de flgurer parmi les premiers dignitaires de la cour de Schaha-Baham. Nous en avons un blanc et un ronge: larges pantalons qui prennent à la cheville et montent jusqu’au cou , petites vestes de trois doigts à manches ouvertes et flottantes, gâteau de Savoie sur la tête en façon de turban, une barbe qui a l’air postiche à

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