BETHLÉEM
large; nous lui croyons soixante pieds de profondeur; on y descend, de même que dans les deux autres, au moyen d’un escalier.
Quelques pas, en suivant l’aqueduc, en tournant la montagne, et nous nous trouvons en face de Bethléem.
Voici l’aspect : la ville est groupée sur le point culminant d’une cime qui dépasse toutes les cimes environnantes; dans le lointain, au travers des larges ouvertures que laissent entre eux les flancs des montagnes, on voit la chaîne qui borde la mer Morte : abrupte, droite, teinte d’un bleu plus foncé que le ciel. Les vallées et les pentes tout à l’heure arides, se couvrent de champs en terrasses, de figuiers à la feuille tendre et de vieux oliviers. Le chemin serpente autour des collines; il nous laisse longtemps en face des maisons de Bethléem, assises sur la crête, regardant d’un côté les monts de Juda, de l’autre les horizons de Jérusalem, et la mer Morte au travers des gorges. Nous attachons nos yeux sur ces grises murailles, nous les promenons sur ces sommets où paissent des troupeaux. — Ces mêmes cieux se sont entr’ouverts; là, sur quelqu’une de ces croupes riantes, un ange est descendu au milieu des bergers; la multitude de l’armée de l’Éternel est apparue, et ce cri d’amour a retenti: « Gloire soit à Dieu au plus haut des cieux, paix sur la terre, bonne volonté envers les
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hommes! » Ce cri, nous l’entendons, il vibre encore dans cette sereine atmosphère. Seigneur, tu dis encore, oui, tu dis : Paix sur la terre, bonne volonté envers les hommes'.
Il y ‘a beaucoup d’autres souvenirs, mais cette parole les domine; elle remplit notre âme, comme la voix d’une cloche puissante remplit la campagne de ses ondes; les vagues sonores se succèdent, elles s’atteignent, elles se confondent et ne forment plus qu’un son immense, qui pénètre l’air d'un horizon à l’autre.
Dans ces champs, Ruth glanait après les ouvriers de Booz. Elle allait à l’écart, ramassant dans le pan de sa robe les épis échappés aux moissonneurs; et Booz commande à ses garçons, disant: « Qu’elle glane même entre les javelles, et ne lui faites point de honte, et vous lui laisserez, comme par rnégarde, quelques poignées, vous les lui laisserez et elle les recueillera, et vous ne l’en reprendrez point*. »
Sur cette montagne vivait, au temps de Samuel, un homme qui était mis au rang des gens de qualité^. Il avait deux (ils à l’armée du roi, le troisième paissait les brebis de son père dans les pâturages d’alentour. Un jour, le prophète Samuel monte vers la ville. Il entre dans la maison d’Isaï. Qu’y vient-il faire?...’ Sacrer un roi à la place du roi rebelle; et
Luc II. ‘Hutli II. — «Samuel XVII.
VXVID.
comme il est près de verser l’huile sur Éliab, beau de visage , à la taille élevée , Dieu l’arrête. Ici même où le Sauveur avait choisi de naître dans une étable, Dieu dit : « L’Éternel n’a point' égard aux choses auxquelles l’homme a égard, l’homme a égard à ce qui paraît à ses yeux, mais l’Éternel a égard au cœur*. » Et l’on envoie chercher David anX champs. Plus tard, ce roi-berger, humble, ignorant ses futures grandeurs, descend vers ses frères ; il porte au capitaine de leur milice un épha de froment rôti, dix pains et dix fromages de lait*. La colère d’Éliab s’enflamme : « Je connais ton orgueil et la malice de ton cœur, que tu es descendu pour voir le combat!... »
« — Qu’ai-je fait, maintenant? y a-t-il de quoi se fâcher? — » Et puis la proclamation, et' les trois cailloux polis ramassés dans le torrent, et le géant abattu d un seul coup au nom de rÉlernèl.
Rien des années après, David roi, David qui ' a goûté les joies et les amertumes de la' puissance, se tient, environné de ses capitaines,' dans la forteresse de Hadultam. Les Philistins, battus partout, possèdent encore Bethlcein. Alors, le souvenir des jours d’autrefois, de ces longs jours solitaires passés dans la vallée, sur les sommets parfumés, monte au cœur de riionirne de guerre Qui est-ce qui me ferait
> Samuel XVI. Ibid. XVII.
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LE COÜVENT.
boire de l’eau du puits qui est à la porte de Bethléem? » Trois vaillants hommes passent au travers du camp des Philistins et vont en puiser: « Boiraije le sang de ces hommes* ? » Et David, magnanime avant Alexandre, la répand en présence de l’Éternel.
Nous nous hâtons vers Bethléem ; pourtant, nous savons bien que notre plus forte, que notre plus pure impression est reçue là, devant cette ville, au milieu de cette campagne en fleurs.
Après, nous sommes entrés dans Bethléem, nous sommes entrés dans le couvent, dans l’église, dans les chapelles grecques, latines, arméniennes. Un père capucin nous a fait descendre au fond des caveaux, nous a fait arrêter devant trois ou quatre sanctuaires revêtus de marbres précieux, d’images, de cierges, de fleurs artilicielles.
Les pèlerins et les pèlerines se précipitent sur nos pas pour contempler ces lieux qui leur sont rarement ouverts; ils baisent dévotement les pierres, l’or, l’argent.
— Ah! quella gente!... — dit en les bousculant le bon padre, puis il se tourne gracieusement vers nous : « — Qui, la grôtta di san Girôlamo! qui, la sùa tomba! qui, sepolcro di sànta Paùla! qui l’oratôrio dôve preghàva san Giusèppe! quà, il luôgho dôve fùron’ sepolti gV iiinocènli sanüss'mi ! »
1 2 Samuel , XXIII.
LA HANINA.