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Et d un ton mielleux, en nous montrant une petite main de cire : « — Ècco una manina, una bellissima manina, ritrovàta prôprio in questo posto!
Signor pàdre, questo mi pare, non fù mai carne! »
Mais d’une voix plus douce, avec un regard plus paternel . « Miràcolo, Madama, miràcolo ! » Les pauvres femmes s’agenouillent, couvrent de leurs baisers la châsse de verre qui renferme la manina, et le père, plus impatienté que jamais de leur dévotion, leur tire au nez les volets de l’armoire.
Un peu plus loin ; le lieu où Marie mit au monde le Sauveur. — L’étoile qui guidait les mages était venue à' elle-même se fixer dans la mosaïque qui pave le sanctuaire. Le padre nous montre la place vide.
— I Greci ! signori miei, i Greci l’hanno rubata !
— S’ils l’ont volée, où donc l’onl-ils mise? demande naïvement mon mari.
Le padre se retourne, et avec l’imperturbable solennité monastique: . — Quelle che rùba, nasconde il fùrto! » Celui qui dérobe cache son larcin.
A dater de ce moment, le padre se tait. Nous sommes, cette fois, dûment atteints et convaincus d’hérésie.
Hélas! mon Sauveur, où est-elle, cette modeste hôtellerie où Marie ne trouva point de place? Je ne vois ici que magnificence, qu’imagés peintes, que tromperie , rien qui rappelle à ces chères âmes ac-
SOS Disn EST ESPRIT ET VÉRITÉ.
courues en foule, que tu es' Esprit et Vérité... Oui, tu es Esprit, oui , tu es Vérité, et c’est justement pour cela que tu nous as dérobé les lieux et les choses dont nos cœurs se seraient fait des idoles. Tu nous aimes trop, tu nous connais trop pour nous laisâer' prétexte à‘ regarder en terre, au lieu de‘ regarder au ciel. — Poür moi, je trouve plus d’édification' à contempler de loin Bethléem, et à me dire : c’est là, qu’à contempler je ne sais quelle excavation somptueusement déguisée, et à me dire : ce n’est probablement pas ici; et, si c’est ici, le Seigneur, qui a voulu s’envelopper d’humilité, voit’ sa volonté trahie.
On n’entend à Bethléem que le chant des maçons, que le bruit du marteau des tailleurs de pierre; les maisons se bâtissent en foule; c’est un aspect saisissant. On dirait que le Seigneur fait préparer les logements pour son peuple!
Bethléem est presque exclusivement habité par des chrétiens; les marchands de chapelets bénis, de croix bénies, de coquilles bénies, de médailles bénies nous poursuivent.
— Celui-là vous' la donne pour vingt piastres; moi, je vous la laisse pour dix. — « Pigliate, pigliate. Molto buono! Mollo santo! » — Cela fait mal.
Nous reprenons notre route. Le sépulcre de Rachel — ‘mosquée* en ruine — se montre à notre gauche dans la solitude. '<r Jacob l’ensevelit' sür le
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ifenSALBM.
‘ chemin d’^p/irai, et 'dressa un monument sur sa sépulture*.
Maintenant, les pèlerins chrétiens couvrent le sentier; plusieurs ont des palmes en leurs mains; les petits enfants les portent à grand’peine. Ils nous ^saluent d’un ; Buona sèra; qui^nous semble un signe de fraternité en Christ.
Mais nos cœurs nous pressent.
Encore, encore; l’horizon s’agrandit, de vastes champs sans arbres' revêtent les pentes qui s’élargissent ; nous montons : Jérusalem !
Dans le lointain , une muraille grise, quelques tours qui la dépassent, puis des collines, entre lesquelles on sent que la ville va se 'perdre.
A ce moment,' je n’ai plus rien pensé, je n’ai plus rien regardé. La croix de mon Sauveur,' et' mon Sauveur sur la croix, voilà ce que j’ai vu, et je n’ai VU' que cela! — Jésus cloué au bois," là, dans ces murs, Jésus mourant pour nous, 'Jésus disant : ‘ « Venez à moi, et vous serez sauvés. »
Nous ne pouvions pas parler, nous ne pouvions pas nous regarder ; mais nous nous sentions profondément unis au pied de cette croix.
M. Gobât, évêque protestant, ses 'deux enfants, M. Schafler, — un de mes compatriotes, ministre de la parole de Dieu, — viennent à notre rencontre.
‘ Genèse, XXXV.
204 l'église évangélique.
M. Gobât nous emmène chez lui. Nous passons la porte de Sion. Vis-à-vis du château de David, voici l’église évangélique de Jérusalem, blanche, simple, assise sur la colline de Sion. Enfin, la Bible, sans additions, sans retranchements, ouverte dans son lieu, à la face du monde. Il y a de quoi répéter : « Gloire à Dieu, au plus haut des cieux ! »
.Mardi, 48 avril 4848. — M. Schafter a l’extrême obligeance de venir nous prendre ce matin de bonne heure pour nous faire faire le tour extérieur de Jérusalem; il est impossible d’y mettre plus de cordialité. — M. Schafter habite Jérusalem depuis dixhuit mois; il a étudié les lieux, les livres, il sait dire : « Je ne sais pas. » Cela vaut mieux qu’un diplôme de science.
Nous sortons par la porte de Damas, haute, profonde, crénelée comme les murs de la cité sainte; elle date de l’époque de Saladin.
Nous descendons à l’étang supérieur de Guilion, qu’Ézéchias boucha avant et après le siège des Assyriens', et autour duquel on suppose qu’était campée l’armée de Sanchérib. « Puis le roi des Assyriens envoya Rabsçaké avec de grandes forces, de Lakis, qu’il assiégeait, à Jérusalem , contre le roi Ézéchias, et il se présenta au haut de l’aqueduc du
< 2 Chroniques XXXU, A, 30.
l'étang de ccihon.
haut étang, au grand chemin du champ du Foulon » En effet, les armées conquérantes ont presque toujours attaqué Jérusalem par le nord et par le nordouest, ses côtés les plus faibles. — Titus, les Croisés, la prirent par là.
L’étang de Guihon, lac artificiel qui ne se remplit que par l’eau de pluie, est creusé au sud de la porte de Damas. Les remparts qui s’élèvent au nord, les plateaux déserts, s’élèvent jusqu’aux horizons les plus reculés; on croit entendre encore la terrible voix de Rabsçaké, alors que son camp immense couvrait l’étendue et que, se tenant debout vers la muraille, il criait en langue hébraïque, afin que tout le peuple l’entendit : « Tu te confies en l’Égypte, à ce bâton qui n’est qu’un roseau cassé sur lequel si quelqu’un s’appuie, il lui entrera dans la main et le percera... Suis-je monté sans l’ordre de l’Éiernel contre ce lieu pour le détruire?... N’écoutez point Ézéchias, quand il voudra vous persuader, disant : Le Seigneur nous délivrera ! — Les dieux des nations ont-ils délivré chacun leur pays de la main du roi des Assyriens. Où sont les dieux de Hamath etd’Arpad?... » Le peuple se tut et ne répondit pas un mot*.
Jamais Satan a-t-il plus habilement touché l’une après l’autre les cordes de notre pauvre cœur? — Vous
•Ésale XXXVI, 2.-» 2 Rols, XVUI.
LA VALLÉE DE niN-NOH.
ne lui répondrez rien!... Grand secret contre la ten-., tation.
Ézéchias monte à la maison de Dieu, il déploie la lettre de Sanchérib nous les yeux du Seigneur : voilà la , foi. L’ange de l’Élernel défait à lui seul l’armée Assyrienne: voilà la réponse*.
L’étang, sans eau maintenant, est entouré de, tombes musulmanes. On montre, au midi, le sépulcre d’Hérode; rien ne prouve que c’en soit l’emplacement. — Chaque Jeudi, les femmes de Jérusalem viennent avec leurs enfants respirer, l’air de la, campagne, et, sous prétexte de pleurer leurs morts, manger des friandises sur les tombeaux.
Un second étang s’ouvre plus bas.
Nous descendons la vallée de Hinnom ; elle sépare le mont de Sion du mont des Mauvais-Conseils^ pro-, fonde, étroite, verte, plantée, d’oliviers et de grenadiers. Dans ces jardins, Acbaz’ et Manassé’ faisaient passer leurs fds par le feu.
Jérémie achète, un vase de potier, prend avec luj les anciens du peuple, les sacrificateurs, et sort dans, la vallée des fils de Hinnom : « Ainsi a dit l’Éternel des armées : Je briserai ce peuple-ci et cette ville-ci, de même qu’on brise, un vase de potier! » Alors P^ischur frapppa le prophète et le mit dans la prison.
«Ésale, XXXVU. — * 2 Chronique», XXVIH. — > /iW. XXXIII,.
UACELDAXA.
qui est à la haute porte de Benjamin, dans la maison de l’Éternel'.
Le mont de Sion se redresse abrupte, avec le château de David. Morijah s’élève derrière avec lagrande mosquée d’Omar. Les murs crénelés de l’enceinte courent sur la crêt^ des collines. Le mont du Mauvais-Conseil se lève au midi; il porte au sommet la maison de Caipl^e, et sur ses flancs le Champ du Sang: Haceldama. Un bâtiment sépulcral, voûté, qui contient, dit-on, des ossements, passe pour être la tombe d’Ânanias. Le Champ du Sang s’appuie contre cette ruine. 11 est entouré de rochers percés de tombeau.\; quelques vieux oliviers, quelques rouges chardons, croissent au milieu du blé resserré dans cet étroit espace.
Les trente pièces d’argent avaient été consacrées à l’achat d’un lieu de sépulture pour les étrangers; il y a ici des tombes, il y en a tout le long de la vallée, sur les flancs du mont des Mauvais-Conseils; Haceldama est peut-être là.
Plus je vais, plus je me convaincs, la Bible à la main et les localités sous les yeux , que Dieu, dans sa sagesse, nous a caché la connaissance précise des lieux où se sont accomplis les grands événements de l’histoire sainte. On peut dire avec raison d’une ville, d’une position prise en grand : c’est ici, c’est
» Jérémie, XIX, XX.,
LE PUITS DE NÉnÉHIE.
sur ces collines, sur les bords de ce fleuve, sous les oliviers de cette montagne; mais c’est: sur cette p/me, c’est au pied de cet arbre, c’est dans celte maison. Dieu ne l’a pas permis. Les communions qui prétendent fixer les moindres localités, non pas au moyen de la Bible, c’est impossible, mais en vertu de la tradition , ces communions nous donnent le triste spectacle de l’idolâtrie chrétienne. La pensée ne s’élance plus aux cieux pour y chercher Celui qu’ils doivent contenir jusqu'à son glorieux retour, elle reste clouée à la pierre et au bois : c’est ce morceau de marbre qu’on baise, qu’on vénère, auquel on accourt ; il détrône Dieu. — Je parle de ce que nous voyons tous les jours.
La vallée de Josaphat qui court du nord au midi, rejoint celle de Ilinnom en faisant un angle avec elle vers le puits de Néhémie. Ce puits, profond, recouvert d’une ruine à laquelle s’attachent des clématites et des lianes, remonte à une haute antiquité, peutêtre au temps de Salomon ; le travail est beau, les blocs employés sont énormes.
Le lit du Cédron se devine par place au fond de la vallée qu’occupent dans sa partie la plus large des jardins et des champs : les jardins des rois, dit la tradition.
Le mont du Scandale, où les femmes de Salomon dressaient des autels à leurs dieux, oppose ses flancs rapides et nus à la montagne de Morija.