LE MON!' DES ULIVIEHS
que je comprends ce travail qui faisait suer goutte à goutte le sang sur ton visage !
« — Que cette coupe passe loin de moi, s’il est possible; toutefois, qu’il en soit, non comme je le voudrais, mais comme tu le veux! »
K’arrivera-t-il jamais le moment où cette prière, toujours et pour toutes choses, pour la coupe pleine comme pour l’imperceptible contrariété, pour la grande épreuve comme pour le brisement journalier du cœur, sera ma prière?
Et le Seigneur s’est prosterné là, et là les apôtres, appesantis par le chagrin, n’ont pu veiller une heure.
Mais il faut passer outre; nous ne pouvons ni prier ni ouvrir notre Bible.
Nous gravissons le mont des Olives; il est élevé, les oliviers y sont antiques, clair-semés, la terre y est jaune, aride. — Le Seigneur y montait aussi. Que de fois 11 y est venu avec ses disciples; que de fois, quand la nuit tombait, fatigué, altéré d’isolement. Il s’est retiré dans ces solitudes! Aux approches de la dernière Pâque, « Il enseignait dans le temple pendant le jour, et, sortant le soir. Il passait les nuits sur la montagne des Oliviers*. »
Alors, Seigneur, tu intercédais pour cette Jérusalem qui apparaît là dans sa gloire, et tu intercédais aussi pour nous, pécheurs.
< Luc XXI, 37.
216 JÉnOSALEU VUE UL UuiNT UES OUVIERS.
Un mot de Jérusalem; car, Seigneur, tu nous permettras de revenir ici, seuls avec toi, d’y revenir pour toi.
En voyant Jérusalem du haut du mont des Oliviers, on la comprend reine du monde. Elle domine entièrement les collines; elle trône, noblement assise, au milieu des montagnes qui, en arrivant à elle, s’élargissent et viennent lui faire une large ceinture, comme un vêtement ample et royal, de champs et d’étendues sans borne. Les fentes des vallées qui la partagent ont disparu; elle s’élève sur une surface qu’on dirait égale; elle remplit le regard. Devant, la mosquée d’Omar, avec son dôme immense, son parvis de marbre blanc à ciel ouvert, ses pavillons légers qui en dessinent les contours, ses cyprès noirs et ses gazons verts. Le temple était là. 11 devait resplendir ainsi, au front de Jérusalem; les parvis en devaient briller comme cette place, éblouissante sous le ciel bleu.
Autour se rangent les édifices, colorés d'une teinte sérieuse : les dômes sortent, les minarets s’élancent, l’église du Saint-Sépulcre s’arrondit au fond, la muraille dentelée fixe le plan de la cité sainte. Tout ici a ce caractère de solennité, profondément empreint sur Jérusalem , de quelque côté qu’on la regarde; mais il y a de plus une magnificence de posilioti, je dirais presque d’attitude, devant lequel on n,‘ste saisi de respect.
LA MKR MORTE VUE 1)U MOVT DES OLIVIERü.
La tradition signale l’endroit on Jésus pleura sur Jérusalem. Elle a placé, contrairoment à la Révélation, le lieu de l’Ascension au sommet de la montagne', elle y a construit une église, maintenant mosquée. C’est de Béthanie que Jésus monta au ciel : « Il les mena ensuite hors de la ville, jusqu’à Béthanie, puis élevant les mains, 11 les bénit. Et il arriva, comme II les bénissait, qu’il se sépara d’avec eux et fut élevé au ciel. » Saint Luc ajoute dans les Ac(es, que les apôtres s’en retournèrent à Jérusalem de la montagne qu’on appelle les Oliviers, qui est près de Jérusalem, l’espace de chemin d’un Sabbat. — Deux sentiers mènent à Béthanie, l’un traverse le mont des Oliviers au quart de sa hauteur, l’autre passe sur sa cime. Saint Luc donc pouvait dire des apôtres revenant de Béthanie, qu’ils retournaient à Jérusalem, de la montagne des Oliviers'.
Nous atteignons le sommet. La mer Morte .se montre à nous : désert jusqu’à ses eaux bleues; les montagnes tourmentées, blanchâtres, à peine tachées de vert dans quelques étroites vallées, vont entassant croupes désolées derrière croupes déso-
* Bélhanic est située cllc>ni6inc — et ceci complète rcxplication du verset — sur le versant oriental du mont des Olives, non loin du sommet. II ne faut pas une deuii-heuref à pied , pour monter de Béthanie au point culminant du mont des Olives. Ce mont, vu de Jérusalem, semble n’étre qu’une colline. Du côté de la mer Morte, il atteint aux proportions des hautes montagnes. Béthanie domine les chaînes qui dercciuiciu à la plaine de Jcrico et au Jourdain.
248 LES TOMBEAl'X DES ROIS.
lées, se denteler sur ce fond d’azur. Au delà, le rempart de Moab. D’un côté, la royale Jérusalem, de l’autre ces mortes ondes, enchâssées dans cette morte nature. — Je ne crois pas qu’il y ait deux aspects pareih, réunis sous la puissance d’un même regard, dans le monde entier.
La crête du mont des Olives'que nous suivons, nous amène sur les plateaux du Nord. La gloire de Jérusidem semble s’être de nouveau voilée. La campagne sombre, largement ondulée, dépouillée d’arbres et de verdure, va se perdre dans les horizons de Galilée où l’on devine plutôt qu’on ne le distingue, Uanatoth, patrie de Jérémie*.
Une ligne foncée marque à l’orient la vallée du Jourdain. Jérusalem, veuve, se tient comme accroupie, la tête enveloppée, au milieu de ses montagnes qui ont repris leurs rudes escarpements.
Un détour, pour aller chercher les tombeaux des rois : cour spacieuse creusée dans le rocher, avec une caverne, dont le fronton sculpté représente une guirlande de feuilles et de fruits. La caverne sert d’entrée aux chambres sépulcrales : on croit avoir retrouvé là, d’après Joséphe, le tombeau d’Hélène d’Âdiabène.
En revenant, nous jetons un coup d’œil sur la grotte de Jérémie, puis sur sa prison : creux, fosse
* Jérémie XXIX, 27.