I.F COIONI.I. S.vni.NK
Plus j'ai étudie la vie de UelloL plus j'ai pénétré dans l'intimité de son esprit, de son caractère, de son cœur, par la lecture de ses notes de voyage et de ses lettres familières, par les souvenirs paiticîdiers de ceux (jui ont vécu avec lui ou près de lui, mieux j'ai compris l'enthousiasme que son noble dévonement a excité en Angleterre, la vivacité des regrets que sa perte a causés et les chaleureux témoignages
* L'auteur de celle Notice se réser\e exprcssémcnl !e ilroit de la li'aLlnii e on du la faire traduire à l'étransor.
v,„ josEriï-Rr:NE bellot.
(le svnipadiio (pia rocneillis et que recueille encore chaque
jour sa lamille.
Bellot n'était point seulement en effet, on le verra bien en lisant cette notice, un oliicier courageux et instruit, élevé jusqu'à riKToïsme par la passion de la science et l'amour de la L,Moire ; âme exceptionnelle, nature d'élite, la Providence semblait avoir voulu réunir en lui les plus bautes qualités de rintelligence et de l'esprit, les plus nobles sentiments du cour, les plus admirables vertus du caractère, vertus devenues, hélas! si rares dans ce siècle, où l'on compte plus de grands talents (|ue de grandes consciences. Doué d'un cœur tendre, qui lui faisait aimer avant toutes choses ce qui est l)ien, d'une imagination ardente qui le portait a admirer avec enthousiasme ce qui est beau, d'une raison droite qui savait apprécier ce qui est juste, de cette foi sublime qui prend sa soiH'ce dans le sentiment et s'éclaire aux lumières de la science et du raisonnement, Bellot, dans cette existence de vingt-sept ans, si courte et pourtant si pleine, a accompli sa tâche d'homme de façon a mériter d'être cité comme exemple ii toute la jeunesse de son temps et aussi a la postérit('' : il a enlin. comme il le dit lui-même dans plusieurs de ses lettres, laissé \\ son frère (et a bien d'autres aussi) un bon rxemple ii suivre. « 3Iettez de côté, écrit-il a sa faniille le 21) mai !851, en partant pour sa première expédition dans les mers polaires, tous les journaux anglais où il sera quesi.ioii (le moi. ce sont mes pa|)iers de noblesse : ils feront l'éducation de notre Alphonse ; h défaut d'argent, je cherche a lui donner un bon exemple. »
Josepli-ljeiK' lîellol iiîupiit \\ Pin'is, le J8 mars 182G, ce qui lie lapas enqu'clK' de se diic toujours (Milant de la ville de lUxlicloii. qu il ne commença pourtant a habiter (pi'h l'âge (le (-iu(| ans en 1X7)1 . lorsipu^ s;i famille alla s'v lixer. Itoche-
,)OSKl'il-KKM<: UELLOÏ ix
foi'l lui cil olfet |)oin' lui uihî inrrc ailoplivc. douco ol hii'ii l'aisaulc. cl il aurait voloiUiers dit, si Paris l'avait réclamé : « Ce n'est pas la ville où j'ai reçu le jour, c'est celle (|iii ma vu grandir, celle (lui m'a élevé et instruit, (|ui est ma véritable patrie. » C'est ainsi (piil eut parlé certaiiKMnenl. inspiré par cette recoimaissance cpi'il a toujours tc^noignée a Rochet'ort. et dont j'ai trouvé vingt l'ois des preuves, et dans son journal de voyage, et dans ses lettres, et dans ses notes éparses. et dans l'accueil même qu'il me lit, dès notre pre mière rencontre, sur mon seul titre déniant de Koclierorl. La reconnaissance n'est que le sentiment du juste, et ce sentiment, Bellot en était animé dès son enfance la plus tendre. Juste et bon, tel il se montre aussitôt que son iuwv commence a parler; or la bonté, on le sait bien, c'est toute la vertu de l'enlance. Cette bonté qui. chez l'enfant, commence par la tendresse filiale, par l'amour fraternel, pour devenir chez rhomme. charité pour ses semblables et dévouement i)our l'humanité; cette bonté, il en donna des preuves éclatantes sur le banc même de l'école où il apprenait a lire. Avec quel bonheur, avec quelle émotion j'ai en tendu sa mère et ses sœurs me raconter, les larmes aux yeux, les souvenirs de ses premières années, ces charmants épisodes d'un passé si cher a la mémoire de la famille, mais dont l'évocation est aujourd'hui si douloureuse a son cœur I comme il annonçait bien alors ce qu'il devait être, le plus dévoué des lils, le plus tendre des frères, le meilleur des hommes ! Et comme sa jeunesse tenait religieuseiiient les promesses de son enfance !
Ainsi elles s'exprimaient, cette mère et ces sœ'urs, qui ne peuvent ni ne veulent être consolées, parce qu'il n'est plus, comme dit l'Ecriture ; ainsi elles parlaient avec cette éloquence des douleurs vives et profondes, en effeuillant devant
\ .inSEPlf.RENÉ HELLOT.
moi les llem.s l(3s plus parruniiios de leurs souvenirs. Je craindrais que le récit de ces mille petits riens par lesquels se révèle le cœur d'un enfant ne perdit en passant par ma plnmc toute la i^ràce que savent lui donner une mère et une s(enr qui pleurent un mort aimé ; je citerai seulement celui de tous ces Irails d(! l)onl('î (pii m'a le plus vivement frappé.
Après que lielloteul fait ses premières études élémentaires il une école d'enfants, son professeur. M. Riclier. tit de lui, de ses dispositions et de son travail un tel éloge, que la municipalité crut devoir s'intéresser a l'enfant et faciliter a son père, sunple artisan (vétérinaire et maréchal), et chargé d'une nombreuse lamille, les moyens de lui faire donner une instruction ])ropre a développer de si heureuses facultés. Sur la proposition du maire, il lui fut accordé' une demi-bourse au collège de Rochefort. Cette ])remière iaveur. dont la ville n'a jamais eu qu"a se féliciter, puisqu'elle lui a permis d'être j)our (pielqne chose dans l'éducation d'un homme supérieur el lui a donné le droit de s'illustrer elle-même en le reven- «Tupiant pour un de ses enfants, cette première faveur fut pour les parents de Bellot une occasion de sacrifices pécuniaires et de gène . car elle les obligea a compléter le prix du droit universitaire. Si peu considérable que fût la somme il débourser tous les ans, elle ne laissait pas que de grever le budget de M. lîellot. déjà père de quatre enfants ; son tils ne l'ignorait point . aussi cherchait-il toutes les occasions, tous les |fr(''te\tes pour témoigner a ses parents sa vive réconnaissance. Ardent et assidu au travail, il se distingua bientôt entre tous, et il payait a la lin de chaque année les sacrifices de la municipalité et ceux de sa famille par une ample moisson de couronnes. Pendant sa troisième année de colb'gv. une circonstance particulière, un petit fail carac-
.lOSKlMI-UENK MELLOT. xi
(('ristlquc. vini inouvor (pie le (MiMir, clic/ col enfant, était au moins a la hauteur de rinlellii»encc.
].e père d'un de ses condisciples, désolé de la paresse incurable de son lils, iniai>ina un jour d'essayer a son égard d'un nouveau systèuïe d'énndalion ; il pensa qu'en lui donnant pour compagnon d'(''lude et de travail un enfant laborieux et inlelligent on pourrait réussir a piquer l'amourpropre de l'écolier apathique et indolent. H demanda en conséquence au proviseurdu collège s'il connaissait dans son établissement un sujet propre a servir de modèle et d'aiguillon a ce lils rebelle, et susceptible de consentir a ce rôle. Le proviseur pensa aussitôt h lîellot et promit de proposer a sa lamille une combinaison qui ne pouvait manquer d'être acceptée. Pendant deux ou trois mois en effet, Joseph l^ellot alla passer, tous les jours, les heures qui séparent la classe du matin de celle du soir chez l'élève en question. Ce système produisit jusqu'à un certain point le résultat qu'on espérait. Stimulé par 1 exemple de l'enfant studieux , qui était plus jeune que lui , l'écolier paresseux se décida a travailler, a apprendre ses leçons, a faire ses thèmes et ses versions, et le père n'eut qu'a se féliciter de son ingénieuse idée. Ouand vint l'époque des vacances, il voulut, avant de partir i)our la campagne, témoigner sa reconnaissance au laborieux condisciple qui avait rendu a son (ils et à lui-même un si grand service. 11 le remercia, l'embrassa sur les deux joues et lui mit dans la main un cornet de bonbons. Le petit Joseph, enchanté du cadeau, remercia a son tour avec effusion; puis, sans prendre le temps d'ouvrir le cornet, il court a toutes jambes chez lui pour le donner intact a ses sœurs. Il entre cbezson i)ère en sautant et en criant d'une voix joyeuse : « Ah ! je vais joliment faire rire les gamines ! vois donc, maman, ce que ce bon M. X... m'a donné! » Ans-