RETOUR A BORD
31 MAI. — Ainsi que je l'ai dit avant d'écrire le journal de notre voyage, la plus grande partie de nos hommes ont été attaqués par le scorbut; seuls le capitaine, M. H. Anderson, le troisième officier, MM. R Grate, G. Smith et Linklater en sont exempts ; l'état de plusieurs des autres est effrayant; le docteur et M. He}'burn sont assez bas. i.es jambes démesurément enflées et contractées, la peau des extrémités inférieures d'un bleu noirâtre, sont les signes repoussants de cette maladie, dans laquelle les gencives sont également affectées. Leur petite provision de lime-juice a été d'autant plus vite épuisée, qu'ils ont trouvé le bai'il congelé, et l'essence de lime-juke concentrée dans une sorte de boule au mdieu, le reste insipide comme de Teaii ordinaire.
1^' JUIN. — Nous ne pouvons décidément nous trouver bien malades près de ceux qui le sont beaucoup plus que nous, et j'oflVe à M. Kennedy de conduire une partie de nos hommes valides et des convalescents à l'endroit où nous avons laissé le renfort que nous destinions au navire.
Nous partons dans la soirée du mardi avec une brise du nord
VOVACE AUX MERS POï.Aini-S. r,2r>
à laquelle nous ne nous serions pas exposés impunément fjuelques mois plus tôt. mais dont nous ne taisons pas grand cas maintenant. Un traineau esquimau et les einq chiens transportent rapidement notre léger bagage; et, après avoir dormi pendant la journée du mercredi sur la glace, nou> sommes le jeudi matin, 3, à notre dépôt, où nous retient un coup de vent du nord pendant la journée du 4. Nous devions tâcher de prendre avec nous le JoHij-Boat ou Yoiujou, laissé sur la côte en octobre 1851; mais un des côtés a été déchiré à belles dents par un ours, dont les traces accusatrices sont là et nous confirment enore dans nos idées de vengeance, si l'occasion s'en présente.
Nous traînons l'embarcation au pied de la ravine où se trouve déjà le canot de Gutta-Percha , et force nous est de l'y laisser, à cause du mauvais état de la route, ce que nous regrettons fort , c'est la plus utile de nos embarcations sur une rade. Nous voyons une bande de blae-ivearies ou outardes (oies du Canada, anser Canadensis), qui se dirigent au nord, avant-garde sans doute d'un nombreux corps d'armée ; j'écoute, sans trop savoir pourquoi, les cris que nos hommes poussent à l'envi et de t(uite la force de leurs poumons, et, à ma surprise, je vois toute la bande répétant les mêmes cris, s'approcher, tourner au-dessus de nos têtes plusieurs fois, et reprendre enfin sa course sans être in([uiétée, notre fusU n'étant pas en étnt. Ces oiseaux, dit le naturaliste Audubon, passent l'hiver en bandes nombreuses dans les savanes de la Floride et de l'Arkansas, et commencent leur mi gration au nord à la première fonte des neiges entre le 20 mars et la fm d'avril. J'apprends également que rien n'est plus facile que de les attirer avec des guenilles disposées en forme d'oiseaux.
Le vendredi 4 au soir, nous nous remettons en route, et il n'est pas ditticile d'observer une dissolution rapide dans l'état de la glace, bien difl'érentdéja de ce qu'il était il n'y a [)as huit jours. Nous voyons quatre ours sur notre passage, et, pendant que nous dormons sous notre tente, un animal de la même es-
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pèce vient flairer noire bagage à vingt pas de la tente, et, sans que nos chiens, trop fatigués sans doute, se réveillent; deux jeunes chiens qui nous ont suivis du navire donnent enfin l'alarme et le mettent en fuite. Nous avons souvent au commencement de la campagne ri des frayeurs que les ours inspiraient à d'autres voyageurs; mais une expérience plus complète nous a démontré qu'au moins n'est-il pas prudent d'être tout à fait sans précaution à leur égard, surtout à l'époque où les femelles ont leurs petits, et où elles rôdent partout pjur trouver leur nourriture. L'un de ceux que nous voyions était couché sur la glace, épiant l'apparition d'un phoque. On dit que, se tenant en arrière, ils passent leurs pattes autour du trou et étréignent l'animal lorsqu'il s'élance hors de la glace. M.John Smith me dit avoir vu un ours se jeter à l'eau et en sortir teiiunt un phoque dans sa gueule, ce qui prouverait qu'ils peuvent nager plus vite ; mais je ne sais jusqu'à quel point la chose est authentique. — Les cris et la présence de plusieurs oiseaux de mer au-dessus d'une carcasse sanglante nous firent penser que l'ours du 30 était mort de sa blessure, mais ce n'est que le squelette d'un phoque qu'un (urs a traîné pendant plus d'un mille (ainsi que le prouve une trace sanglante), pour le dévorer plus à l'aise. Les trépignements dont la neige est couverte, de nombreuses marques de chutes, imnoncent que l'amphibie a du se débattre longtemps avant de mourir sous la dent d'un adversaire, implacable ([uand la pèche est si peu abondante.
0 JUIi^. — Dans la matinée du 0 nous arrivons enlin à bord, joyeux d'avoir fait ([uelque chose d'utile, si nous sommes bien fatigués, et ne nous trouvant pas plus mal de cet exercice. Le bruit de notre traîneau fait plonger une bande de seize phoques, paresseusement étendus au soleil, sur les bords d'une crevasse du ftoe. Nous avons vu une seule piste de renard, ce qui n'est plus très-commun maintenant, et un hibou hhnc {white-oiul).
Je vjiis maintenant insérer ici le récit de ce qui s'était passé
à bord pendaiil nouv absence, c'est-à-dire depuis le 17 mars, jour où j'ai Inissé le navire avec un renfort de provisions pour me rendre à Furv-Beach.