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sa renommée, el d'une limidité pleine de réserve auprès des femmes, pour lesquelles il professait aussi une admiration et \ni respect vraiment chevaleresques.
Quant a la fréquentation des cercles et des cafés, il faisait tous ses efforts pour l'éviter. Son bon sens et le sentiment de ses devoirs envers sa famille, envers lui-même, envers la ville qui l'avait adopté et que, du reste, il aimait et tenait surtout h honorer, a illustrer par sa conduite et ses travaux, tout se réunissait pour lui faire comprendre les dangers de celte vie de café, véritable tléau des villes de province. On est d'abord attiré au café par le plaisir d'y rencontrer quelques amis, des camarades dont on aime la conversation. Les premières fois, on y reste une heure ; on boit un verre de bière, on cause. Puis insensiblement on prolonge ses séances; on remplace la conversation par le jeu, la bière par les liqueurs ; ce qui n'était d'abord qu un passe-temps devient bientôt une habitude, puis un besoin, souvent une passion irrésistible. L'argent qu'on y perd, qu'on y dépense, est de peu d'importance , si on le compare au prix du temps et de l'intelligence qu'on dissipe. « Le temps est de l'argent, » disent les Anglais, dans leur langage positif: mais l'esprit, les facultés intellectuelles, ne sont-ils pas aussi un capital pour ceux-là qui, après avoir eu la peine de naître, comme dit Figaro, ont encore celle de gagner leur vie par leur travail? Car cette vie de café dans laquelle s'abrutissent les trois (|uarts de la population intelligente ou soi-disant telle des villes de province, cette vie de quatre à cinq heures par jour an milieu d'une atmosphère malsaine et d'une température de trente-cinq degrés, est encore plus nuisible \\ la santé de rintelllgence qu'a celle du corps : si le corps s'énerve, la pensée s'obscurcit, le cerveau devient stérile, l'esprit s'abêtit, le cd'ur s'émousse. la sensibilité se perd dans ce n)ilieu où
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la vie intollecUioUe ci spiriliiollc suspend eu (pi('l(|U(^ sorte SOS fondions. Jleureuxencoïc les iionnnes a imagination vive ot h âme ardente, si les jeux de hasard, essayés d'abord comme distraction, passés ensnile ii YcVaI d'habitude, ne font pas naître chez eux la i)lus dangereuse, la plus absorbante des passions, celle qui, parla perspective de la facilité du gain, conduit bien vite au dédain, au mépris, a la haine du travail l
Bellot avait compris ces vérités, et il se tenait en garde contre toutes les séductions du désœuvrement; il voulait travailler, mais il sentait qu'a l'intrépidité de son coîur il fallait la lutte qu'a l'activité de son imagination il fallait le spectacle des grandes scènes de la nature ^ qn'a toutes ses lacultés, enfin, il fallait le voyage a travers des pays nouveaux, inconnus. D'ailleurs, n'était-il pas né essentiellement , passionnellement , voyageur , comme me le disait hier Toussenel; ne devait-il pas se sentir tait pour marcher sur toutes les terres, pour causer avec tous les habitants de ce globe, ce jeune homme que la Providence semblait avoir doué tout exprès d'une incroyable facilité pour comprendre et pour parler toutes les langues ; ce jeune homme qui avait appris, presque sans le secours d'aucun maitre, quatre langues, et qu'on a entendu, a Paris, soutenir en même temps quatre conversations dans ces quatre langues? « Je ne sais pas le russe, disait-il a M. Luneau, avant de partir pour son dernier voyage ; je m'arrangerai, dans cette expédition, de façon h l'apprendre avec les baleiniers. » Ce que j'ai déjà dit de l'àme, du caractère, de l'esprit de Bellot, suflit a faire comprendre que son imagination se soit exaltée h l'idée des écueils et des périls dont est semée la navigation dans les mers arctiques, que son cœur ait été profondément touché au récit de l'admirable dévouement de
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cette épouse héroïque, de cette sublime lady Franklin, dont la conduite sans exemple dans les fastes de la piété conjugale est l'honneur de toute une époque et de toute une nation. Dans son projet de coopération aux voyages organisés pour la recherche de sir John Franklin, le jeune homme vit non-seulement une occasion de se dévouer a une sainte œuvre d'humanité, mais encore il comprit que cette association d'un Français a une pareille entreprise était une première application des grandes idées d'union internationale qu'il commençait a pressentir dès l'époque où, encore presque enfant, il avait combattu pour ainsi dire sous la même bannière que les Anglais a l'affaire de Tamatave.
Bellot trouva dans lady Franklin un cœur qui le comprit tout d'abord, et c'est vraiment chose remarquable et digne de hxer l'attention des psychologues, que cette aflinité, cette communion soudaine qui s'établit entre ces deux âmes, toutes deux si profondément pénétrées de la religion de la famille : l'âme de celte femme d'élite qui avait élevé l'accomplissement d'un grand devoir jusqu'à l'héroïsme, de cette épouse qui consacrait sa fortune, sa vie tout entière a la recherche de son mari ; l'âme de ce jeune officier qui, animé parla tendresse hliale, par l'amour fraternel, voulait demander la gloire pour son nom et le bien-être pour sa famille a des fatigues sans précédents, a des pc'riîs inconnus! Il faut lire la correspondance échangée entre eux pour comprendre, pour apprécier toute l'estime que lady Franklin devait avoir et avait pour le caractère généreux qui venait ainsi se mettre à son service.
Aussitôt que lady Franklin eut vu Bellot, eut causé quelques instants avec lui, l'estime se confondit avec l'amitié, et bientôt cette femme supérieure éprouva pour lui une sorte d'affection maternelle, qu'il lui paya bientôt en tendresse véritablement liliale ; ils se comprirent en se voyant bien mieux
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encore (ju'ils ne ravuienl fait dans lenr échange de hydres. Voici ce (|ne l'entreprenanl voyai'eur écrivait de l.ondres, a un de ses amis, le 10 mai 1851, après deux entrevues avec la femme de l'illustre navii>afeur.
« Je trouve a l'Amirauté, connue chez lady Franklin, Tempressement le plus cordial : on no comptait pas sur moi, et l'on me croyait bien certainenuMit découragé par l'exposition du peu de confortable (pi'olfre le Prince- Albert . Eusséje éprouvé la moindre hésitation, et vous savez combien j'en étais éloigné, que rcntrevue avec lady Franklin m'eût irrévocablement déterminé a partir. (]ette noble douleur, si courageusement supportée, cette infatigable ardeur dans la poursuite de projets que beaucoup regardent comme désespérés , la chaleur enfin des remerciments et des sympathies dont je suis l'objet, viennent redoubler mon enthousiasme et mon dévouement a celte sainte entreprise. »
C'est merveille, du reste, de voir la réception qui lui est faite partout où il se présente, les sympathies qu'il rencontre de tous côtés sur son passage et rélonnement plein de modestie que lui causent tous ces honneurs. 11 est l'objet de la cordiale bienveillance des Anglais, de l'encouragement des Français, de la curiosité de ces hommes de toutes les nations, à Londres a la même épocjue, en mai 1851, pour l'exposition universelle. « Quel est donc ce jeune oflicier de la marine française, a la tournure décidée, qui porte si gaillardement sa décoration précoce? demande Jules Janin a quelqu'un. — C'est, lui est-il répondu, M. Bellot, l'enseigne de vaisseau qui a demandé a faire partie de la nouvelle expédition qui part pour la recherche de Franklin. » Et aussitôt Janin de courir après lui et de lui dire : « 31a foi, monsieur, je désirais beaucoup vous connaître; vous êtes un brave jeune homme, permettez-moi de vous serrer la main.» — « Je l'aimai
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tout de suite, ce cliarmaiit garçon, que je n'ai vu que deux ou
trois heures, » me disait Janin en me racontant le fait.
Puisque aussi bien je tiens cette lettre assez longue du 10 mai, écrite h un ami, on me permettra sans doute de taire une légère digression pour en citer quelques passages et donner ici un spécimen des pensées et du style familier de Bellot. Nature poétique et sensible, le jeune officier français avait emporté avec lui, outre ses ouvrages de science, quelques livres de littérature. Il seprésentehladouane, et voici ce qui lui advient : « Des agents de la douane, dit-il, s'emparent de mes effets et les transportent a Custom-House pour les visiter. En voyant ma mai le plus remplie de livres et de papiers que de linge, on ma sans doute pris pour un contrebandier de brochures prohibées; car en un clin d'o-il je vis mes pauvres bouquins passer de main en main ; des paroles échangées a voix basse m'inquiétèrent, et je supposai qu'un de mes compagnons de voyage m'avait glissé furtivement une marchandise interdite, d'autant plus qu'a distance je voyais un certain nombre de mes livres mis a l'écart, tandis que le reste était jeté dans une balance. Hélas! le pauvre Byron, que j'emportais pour me réchauffer sous les zones (jlaciales, avait été changé en nourrice ; il avait le grand tort d'avoir été imprimé h Paris et de venir faire ainsi concurrence aux enfants légitimes de l'imprimerie anglaise. J'étais convaincu, je l'avoue, et battu, quoique peu content. En vain j'offrais de payer une amende convenable; toute prière était inutile. Quant au reste, mathématiques, littérature, poésie, ce n'était que du français imprinu' légalement en France, et ce n'était estimé qu'au poids du papier et du carton : 7 shilliuijs G pence, ce qu'aurait coûté de droits d'entrée le même nombre de volumes de Paul de Kock, du Parfait Cuisinier ou de VArt de la correspondance »
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Voiilez-vons voir, dans un antre fraiinicnt non nioins caracléiislicine, le jeune homme, heureux d'avoir vu lout concourir, lanta Londres qu'a ParivS. au succès de son enfrepri^c de voyai^e arctique, manifester h sa laçon hi reconnaissanc<' dont il est pénétré, et préhider. par un trait remanpiahh', ii ces éUnations religieuses par lescpielles il aimera souvent ii rallermir son àme pendant ses deii\ périlleuses expéditions?
« Tout me réussissait, vient-il de dire a son ami, et je remontais la gamme des couleurs vers le clair et le rose. Aidetoi, le ciel t'aidera! » Et plus loin, il ajoitte : « Dimanche, je suis allé a l'église protestante; lot'licier qui s'est hienveillamment fait mon cicérone me dit d'un air si naturel : « A quelle église irons-nous? » (pie je n'osai pas lui dire combien il y avait de temps que je n'allais pas a la messe, et. tant pour ne pas lui donner mauvaise opinion de moi que par disposition réelle, je m'y suis rendu. D'ailleurs, il se produit chez moi un effet opposé a celui que l'on observe généralement : dans l'aftliction ou la simple contrariété, je me révolte contre la verge qui châtie, et me venge de mon impuissance par la protestation et la négation : le bonheur, au contraire, dispose l'àme chez moi aux salutaires impressions, a la reconnaissance, et je baise la main qui s'est ouverte. »
Voyez a quel point cette âme était née pour la lutte, et combien elle avait de chances de vaincre dans cette grande bataille de la vie! Elle cherchait dans les sentiments religieux, non point, comme tant d'autres, la consolation et la résignation, mais la force et l'encouragement. Ames grandes et bien douées celles qui se révoltent au lieu de s'effrayer a l'idée du châtiment, et se raffermissent, s'exaltent a la perspective de la récompense!
Savez-vous par quel mot Bellot termine la lettre qu'il